‹ Type gaulois ou celtiqueChapitre 95 sur 113 · S<Mrt des espèces gauloises · texte numérisé non relu

S<Mrt des espèces gauloises

Besphilippesstatèresetdidrachmes, parvinrent de bonne heure en Celtique et y furent copiés, imités (vers 830 ou 300). Ils y circulaient avec la monnaie locale fabriquée chaque jour en plus grand nombre , quelques siècles de suite. Beux cents ans après leur apparition en Macédoine (vers 180), ils avaient leur nom , leur cours et leur haute valeur ( surtout les statères ) en Orient, en Asie , d'où ils parvenaient dans les Gaules en certaine quantité ; et deux siècles après rétablissement du monnayage celtique (vers 130), ils servaient encore de modèle, pour le type gaulois, ainsi que [leur nom, leur valeur', et leur (circulation se perpétua jusqu'à l'invasion de Jules César. Dans le troisième siècle, ils ne cessaient donc de représenter les richesses de la Celtique, se mêlant avec les espèces de tous les métaux, empreintes de type nouveau étrusco-italique.

Les rapines des Romains détruisirent d'abord (vers lâO) la monnaie du midi de la Gaule, puis , le brigandage de Jules César dépouilla (entre 58 et 50) le reste de la Gaule de toute sorte d'espèces qui avaient leur cours simultanément, produit d'autant de générations rapprochées , que de générations antérieures remontant jusqu'à l'origine du monnayage , qui ne discontinuaient decirculer depuis trois siècles. Ce brigandage fut consommé dans l'obscurité de la poussière soulevée par les combattants , de la fumée des incendies qui offusquaient les régions désolées ; à la lueur de la flamme qui consumait des cités et de beaux pays, embrasés par la cruauté de l'ennemi et le désespoir des défenseurs de l'indépendance ; quand toute la Gaule fut immergée sous le sang de ses enfants. £n peu d'années il manqua des espèces anciennes.

Pour le besoin du jour de cette époque de calamités , le nou- Teau numéraire fut fabriquée en immense quantité , sur un nouveau pied, à un poids différent de l'ancien. Bientôt ce dernier monnayage s'épuisa .Trente années ne s'étaient pas écoulées depuis

rinvasionde Jules César,que ce monnayage expira (en â7), ayant produit des monnaies innombrables, enfouies ou courant dans les mains des indigènes asservis. Certainement, quelque temps encore, elles eurent une valeur , et circulèrent conjointement avec le numéraire romain , mais après un certain laps de temps, eUes disparurent , laissant un triste souvenir. Le cuivre et toute sorte du bas métal , à coup sûr avait perdu toute sa valeur. S'il arrivait qu'une somme en argent était exhumée , on appréciait le métal , sans que les pièces elles-mêmes pussent se faire valoir dans la circulation des deniers romains.

11 semble que Tor seul , dans le courant des siècles , soutenait son cours, malgré la diminution excessive de son nombre, et sa valeur nominale prévalait dans le vulgaire malgré l'or impérial qui était une monnaie réelle. Des pièces gauloises , surtout les plus anciennes, ayant un type tout à fait national, passant de mains en mains isolément, étaient une douce réminiscence pour les nationaux , et servaient de talisman, dans différentes occasions, à la superstition ou à des souvenirs populaires. Les pièces en or , avec leur valeur intrinsèque , ne pouvaient pas être désappréciées durant les quatre siècles depuis la cessation de la monnaie nationale, elles soutenaient mainte fois une concurrence vénérable avec les monnaies impériales (i) , et quand un empereur voulait offrir un petit présent agréable à nn Gaulois , il lui donnait de préférence les pièces gauloises en or , appelées philippes , biges , géryons (a).

165. Type gaulois oublié, n'entre pas dans des combinaisons du coin

romain.

La circulation prolongée des pièces gauloises en or , est avérée et patente , cependant la présence de leur coin pendant

(i) Ansone, consul en 379, fait évahier la somme due d^an de ses débitenn par 14 pièces gauloises en or, qu*il appelle royales, dariques ou philippetf . Bis ■eptem rotilos régale nomisma philippos,.. Ergo aut praedicios jam nunc rescribe darios (epit. 4),

(3) Le grammairien XJrsul obtint un présent de 6 pièces gauloises appelées royales ou philippes, qui équivalaient à 3 biges gaulois , ou à 2 géryons gaulois , selon Âusone, ep. XVIII. Si c*étatent des philippes réels statéres de Macédoine, on ne trouverait pas dans toute ta monnaie grecque de pièce forte de trois statères qui répondrait au gétyon, dé la comparaison d* Ausone. Noos avons donné Tévaluation du présent impérial et du passage d* Ausone dans le chapitre 122 du type gaulois.

plusieurs siècles , n'influença nuUement le coin de l'empire. La monnaie coloniale dans les Gaules se multiplia ; elle était fabriquée à Gabellio, Némausus, Ruskino, Antipolis , Arelate, Narbo, Lugdonum, Yienna (3) ^ elle porta les noms de Lépide, de Marc Antoine, d'Agrippa ^ d'Auguste; celle de Lugdunum célébrait par son coin , le fameux autel , érigé par fixante peuples à Aur guste-dieu , et l'on n'y voyait rien qui rappelât les antiques traditions nationales, les manières mortes auxquelles on renon^ çait à tout jamais : à l'exception des noms des localités , et de la forme carrée (des Tectosags ) dans certain bronze de Gabellio, il n'y avait rien de gaulois, absolument rien. Bientôt les noms des eeloniesdisparurent de la monnaie.

La Gaule entière devint indifférente pour les pièces romaines,, elle fut noyée dans l'unité de l'empire, ce n'est que par intervalle que son nom retentit dans des commotions de TÉtat ou dans des manifestations monétaires. Quatre-vingt-quinze années depuis la cessation de la monnaie nationale, le nom de la Gaule parut dans la monnaie romaine pour- la première fois. Le gouverneur del'Espagne» Galba, poussé à l'empire par Vindex, gouverneur de la Gaule , honora la monnaie de ces deux provinces nommées ensemble ou séparément galua. rnspAsiA. Il décora même quelques pièces de trois tètes des trois Gaules : t&es gaixias (4). En même temps, un municipe , Vesontio, mvh. visvktivm. avait, l'honneur de ressortir sur une monnaie.

Cependant la Gaule, dans le numéraire romain, retomba aussitôt dans une obscurité profonde. Deux ans après la mort de Galba (en 70 ), quand de graves commotions semblaiept réveiller le génie gaulois , quand on souleva l'étendard de l'empire gaulois et que des druides sortaient de leurs ténébreuses retraites, avec leur doctrine , leurs mystères et leurs présages (5) , on ne.

• (3) Cabellio, CâBBou col. cabb. — Nemausus, col. rbk, — Eu8kino,cOL. Bvs. IMG,. VI. — Antipolis, ABT. — Arelate, CQL. abblat. sbxtan . — Narbo , GOL. iVL. FATBB. RAB. — Vienoa c. V. — Lugdunum c. LVG.; col. boi. lyc; coriA.; c. c.

(4) 8B1. ou 8BBV. GALBA. IIP. Galba à cbeTal ( on cavalier lancier). TBB8 GALUAB.Tfoii lêtes de fismme, sur trois globes, avec trois épis. (Mionn., mëd.. rom., t. lyp. 143). Conbrouse a publié dans son atlas des monnaies nationalea, un denier des trois Gaules, sans la légende impériale , et sans les trois épis. Ce denier publié pour la première fois , offre un cavalier analogue aux cavaliers gaulois 8*agitant et brandissant.

(5) Fatali nunc (année 71) igné signum coelestis irae datum et possessio-

pensait gaère à la monnaie nationale. Au moins, aaimn vestige n'est encore venu suggérer l'idée de découvrir et de déterminer les pièces de circonstance de ce mémorable ébranlemeni. On avait sous les yeux l'antique numéraire , marqué éa lype national , et on ne pensais plus à sa r^énération. La Gaule resta oubliée dans la marcbe monétaire du moment.

Soixante-dix ans plus tard, les espèces romaines rqirirent éphémèrement le nom delà Gaule. Hadrien (mortel. 1-88) célébrait par la monnaie, son arrivée en Gaule, Anvranm galmab; il se qualifiait de restituteur de la Gaule, vssntviomi gaulas. Soixante ans après, Glodius Albinus , désigné césar en Bretagne, appela (en 194 ) dans son coin , le génie de la capitale gauloise Gsif . LV6. Gos. H. Ce génieneviutpoint àsQnsecouTslorsqu'ilpâît (en 197)sousles murs de cette capitale. SeptîminsSevems triomphant , comprenant peut-être que le génie était inanimé^ aima mieux célébrer la fidélité de l'armée de la Gaule lyonnaise : fiuei

BXSRQITVS GALIi. LVG.

Après un laps de s<Hxante-dix autres smnées ^ tsois empereurs en même temps se qualifièreniderestîtuteurs delaGaule : BssTiTVTORi GALUARVHc Postumus (tti 367 ) , doutTempîte réel se bornait à la Gaule , se glorifiait avec certaine raison du titre de restituteur, en défendant cette province. Son coll^[ue Yictorinus, suivit son exemide et subit le même sort (en 267) avec lui. Gallien, plaisantant sur ce qu'il possédait un empire ouvert aux excursions des barbares , déchiré par cent compétiteurs, se qualifiait aussi de restituteur, et termjna sa vie l'année suivante (en 268).

Postumus fabriquant le numéraire en abondance , dans laprovince même, fut le seul qui donna à la monnaie une teinte locale. Elle ne consistait point en innovation de c^elques ràniniscences druidiques, mais en manifestation du culte de l'empire introduit depuis trois siècles et pratiqué par quelques coutumes particulières, où figurent entre les nombreux Hercules, les . Hercules deusonien et magusan : hergvli devsonieicsi, magvsaiio. Postumus n'osa célébrer la fidélité militaire de l'armée , comme le fit son compétiteur Lollien, nnss militvh exbrcitvs gall. qui fut massacré par ses soldats.

nem reram hamaoaruiii transalpinis gentibus portendi , superstiiione fana » druidae canebant. (Taciti hist. IV, 54; Joseph, dobello jud. prol.)

Dans le courant d*un siècle qui suivit ( 292-890 ) , la gloire de Farmée gauloise , gloria bxb&cit. gall. ( en 807 ) et plusieurs fois ( entre 650-863 ) sa vertu , vibtvs exsegit. gall. furent applaudies par les premiers empereurs de la famille flavienne , par le coin de leur monnaie ; et plusieurs localités gauloises marquées par des initiales (6) , étaient les ^seules manifestations de la province , prouvant toujours que le type de Fempire s'obstinait constamment à admettre quelque chose de celtique , de druidique.

Un médaillon en bronze de cette époque, frappé sous Gonstans (840-850) , en commémoration de son expédition en Bretagne , en nommant le port morin Bononia , boitonia ocejlsev , présente plus d'intérêt pour la localité gauloise , créant un type naval pour le littoral des environs , par la galère dont il fut empreint (7) : mais il n'y avait rien de gaulois.

£n observant les espèces romaines de quatre siècles on dirait que toute réminiscence du type druidique était perdue à jamais, et ne se présentait à la vue du vulgaire par aucun monument , si l'on ne savait qu'un desFlaviens^yalenlinien li (mort en 891), donnait en cadeau aux savants gaulois , des pièces gauloises qu'on qualifiait de pbilippes, de biges, de géryones, qui n'avaient pas perdu de valeur, qui, étant encore en course, se changeaient en souvenirs et talismans précieux pour les indigènes (8).

Page 1