Mélanges des usages, payens, avec le christianisme
Le coin de la monnaie romaine ne manifesta aucune réminiseence directe de druidisme ou de nationalité. Des souvaiirs plus-
(6) Dans ces aigles p signifie pocunia; m. moneta; B aignata*y o officina* Lugdunum, LD. LVG. LVGIf. LYCPS. PL. PLG OU PLC PLM OU PLU. ML. APLG. — A signifie officina prima.
Treyeri , tb. ns ou tis. ts. pth. shtr. smts. swes. Tsa trob. — b. signifie officina sécunda. t. r. tertia Roma.
CabeUio, cà. cb. — Antipolis , atit. — Narbo , nar. — Bononia morinotum B. — Atrebates, atr. — Ambiani, AHB.
Arelate , ar. àrl. PAR. PARL. SAR. sarl. aqs. aqps. — Q signifie officina quinia.
Massilia, ras. fut signée du temps de Garas, vers 283, et trois siècles plus Urd sous Maurice Tibère (582-602).
(7) Quentovic, Dorestat , Monturel, marquèrent successivement leur coin d'un navire*.
(S) Sur la monnaie coloniale et impériale, voyez Mionnet , médailles anc. ei rom. ; Cartier danti la revue numism., 1. 1, p. 155-160. Conbrouse.
An RÉAPPARITIONS
déclarés, se conservaient dans les mœurs, dans le culte, dans la pratique religieuse.La qualification des druides, ne discontinusât pas de désigner les prêtres de Belen-Apollo (9); les inscriptions votives démontraient une fusion du culte introduit avec la croyance antique et les cérémonies invétérées ; de temps à autre , on parlait de sacrifices sanguinaires , clandestinement pratiqués ; le peuple s*obstinait' à garder son idiome , ses coutumes et ses superstitions qu'il augmenta par celles du nouveau culte. Lorsque les oracles des divinités grecques, perdaient leur voix, les augures et les présages des druides, étaient encore recherchés; les empereurs ne dédaignaient pas de consulter les prédictions des druidesses (10). Une nouvelle doctrine se répan^ dait alors dans Ten^ire, et depuis que Constantin (en Bii)f se déclara pour le christianisme , elle devint dominante.
Elle avait ses écrivains qui appréciaient toutes les doctrines antérieures , s'efforçant ordinairement de les déconsidérer. S'ils s'entretiennent du druidisme , ils en parlent comme s'il existait dans son entier. C'était une espèce de philosophie suivantleor opinion (1 1 ); un tel explique qu'ils judaïsaient ( i a), un autre raconte que la puissance des druides était supérieure à celle des monarques qui régnaient avant l'invasion romaine (i3). Ces écrivains assu» rent que des pratiques sanguinaires , des sacrifices humains inondaient les autels de Jupiter latialis à Rome (i4) 9 comme les autels du culte druidique en Gaule (i5). Mais on serait dans^e^ reur , si l'on croyait que la doctrine druidique était debout , tdle qu'elle était du temps d'Ambigat ou du temps de Vereingétorix. Comm0 toutes les autres à leur agonie, ne présentaient qu'une confusion décrépite, se trouvaient défigurées par d'innombrables fusions et interprétations , aussi celles qu'on qualifiait encore de druidique n'offrait plus qu'un ramas de mythes romains , grecs 9 orientaux, coloriés d'infusion celtique. Objet
• (9) Au8on«, â/9 prof, bardegal. car. 4, 18.
(10) Lampridii Alexander 60 ; Yopisci Aurai. 44, Numerian, 15.
(il) Clem. alexand. strom. l ; Cyrill. alexand. contra Julian. IV; Diog. laert. in proemio.
(la) CeUus, ap. Origen. l .
(i3) Dio Chrysost., orat. 49.
(i4) TertuUian. scorpi. 7, apologet. 9; Lactani., de faUa relig. 1»
(i5) n«pà KiA^ois lu* xf^9ei yntla.!. Euseb. praepar. evanç , IV , W^ l'an 367.
chéri du peuple, regretté lorsqu'il expira , et inconnu au fond. L'empire allait périr, et la faute en était à la nouvelle doctrine selon l'opinion des vieux - croyants. Des pénibles sentiments travaillaient les esprits. La capitale menacée (en 409), par Âlarik, fut déchirée entre le désespoir et l'espérance. La ruine et l'anéantissement parurent irréfragables, on comptait cependant que le roi barbare relèverait les dieux renversés. On retrouva avec peine les augures étrusques qui assuraient que le rétablissematt de l'ancien culte pouvait en effet sauver l'empire. L'évéque même ne s!y opposait point, mais il n'y avait personne qui eût osé relever les autels abolis.
Le même sentiment agitait le peuple gauloi.^. De magnifiques temples , Yernemet à Bordeaux, Vasso à Augustonemet des Arvernes, Daurade à Tdosa , Isarnober au versant du Jura , Librosse (16), désertés par les vieux-croyants , ne laissaient au peuple que le regret. Saint-Martin renversait (vers 870), les statues et ruinait les sanctuaires payens ; le christianisme chaque jour prenait plus de consistance; les barbares d'au delà du Rhin, ravageaient et dévastaient tout. Le peuple désolé , sans reconnaissance de soi-même, déplorait le passé , se résignait à son sort futur , observait et gardait ses habitudes , et avait recours à la superstition. C'était sa seule consolation, la seule chose qui lui restait de tout ce qui lui était cher.
L'Armorîk, lasse des vexations des légionnaires^ s'était débarrassée (en 408), de leur présence , et se soutenait en révolte ; la Bretagne fut évacuée (en 409) par les Romains et abandonnée aux indigènes ; la Narbonnaise fut émancipée, et forcée de se régir par elle-même.
Mais bientôt, les Wissigothes, cantonnés près de Tolose, con-* quirent les parties méridionales ; les Franks s'emparèrent ( 486-607 ) du centre et du nord ; en Bretagne , les Saxons et les Angles, appelés à défendre l'ile, subjuguèrent les indigènes. Les WissigoÛies étaient déjà chrétiens , avant la conquête ; les Franks se baptisèrent en s'emparant delà Gaule; les Anglo-Saxons n'entravaient point la parole des apôtres.
Dans cette perplexité , quand le prêtre du vieux culte grécoromain désertait les autels , la réminiscence du peuple revenait
(16) Fortonat. carm. 9; Greg. turoD. hiftt. I, 30; glor. marlyr. I, 62 ; ¥l(a sancti Eugendi I, 50; Sulpic^ Ser. vite sancU Mart. 12.
à d'anciennes traditions , tacitement conservées et disait soi- Tre avec plus d'éclat ses pratiques. Il n'avait ni or ni argent à submerger dans des lacs , mais il jetait dans des étangs , des vêtements, du lin, des draps, des toisons, des fromages, de la cire, des pains (17), et il croyait toujours adorer les divinités celtiques, sous des n<mis de dieux latins. Le culte fut détruit et le christianisme fut affecté de tout ce que ce culte avait confondu. Le peuple baptisé, substituait aux divinités tutélaires l'adoration des saints personnages; aux simulacres du paganisme, les reliques et la croix ; mêlait à la piété chrétienne , ses pratiques absurdes et ses superstitions.
Dans tout l'empire cette .nouvelle fusion des croyances religieuses commençait à s'opérer. L'opinion des pères de l'^^se, se partageait à cet égard : les uns la condamnaient , les autres, surtout ceux de l'occident, l'approuvaient, en laissant calquer dé nouvelles pratiques analogues aux anciennes. Les conciles, pour arrêter la licence et les excès auxquels le peuple fut habL tué dans certaines fêtes, prescrivirent un jeune, des litanies et des supplications (18) ou bien instituèrent après les fêtes, des jours d'expiation e( de pénitence. Le peuple avait donc en même temps la satisfaction de se gorger pendant des réjouissances mithriaques , bacchiques, et de se réconcilier avec le ciel ; il était content quand le calendrier chrétien portait sur la liste des saints , les épithètes des divinités et des jours de fêtes (19).
Lorsque le pape Grégoîre-le-grand expédiait (en 591) des missionnaires pour prêcher la foi du Christ chez les Anglo-Saxons, il les instruisit, qu'en allant dans ce pays des anges (angll, angeli), ils devaient avoir de l'indulgence pour leurs coutumes; qu'en les convertissant par le langage de la persuasion , ils ne devaient point abolir leurs temples,où ils avaient coutume de s'assembler, mais les consacrer en églises ; qu'ils ne devaient pas interdire les fêtes ni*les sacrifices des bœufs, qu'on célébrait en honneur du démon , mais les changer en repas religieux pour la gloire
(17) Greg. taron. gior. confen. 2.
(18) Concil. 2 turon. can. 17.
(19) Les bolUndistes, et autres ooltecteon dei Tiet des aainti, ayaimit grand peine de distinguer les saints apocryphes, inTentés par la poésie duétienne au temps des croisades, ou créés antérieurement par la transmo. tation des idéesdes gentils, en fiction chrétienne- La mémo tranaformation avait lieu avec plusieurs fêtes et difiiéronts usages.
de IHeu : car en leur laissant .leurs réjonissanees extérieares , ils consentiront plus facilement à des réjouissances intérieures (20).
165. Réapparition des images gauloises dans des sceattas des Anglo-Saxons.
On conçoit bien , comment dans cette disposition du siècle , les images de l'idolâtrie pouvaient quelquefois se mêler arec des signes du christianisme. La monnaie primitive des Anglo- Saxons donne l'exemple d'un mélange semblable. Elle est en argent appelée seeatta. Elle est de petit volume , offre un coin varié et une physiononde qui lui est particulière. Elle précéda les heptarques : Ead^vald de Mercie ( 716-787 ) , Ethilbert de Kent (748-760) et Etelwerd de Wessex (726-741). EUe fut frappée à Kent et en Mercie après la conversion , et sans doute son commencement devança la conversion.
La croix y est fréquente , réunie avec différentes figures : cependant les pièces privées de la croix ont le coin le plus varié. On pourrait dire que l'installation du christianisme , introduisit dans le coin , la croix qui , ne pouvant pas épouvanter tous ces monstres du type , s'allia avec eux , pour les exorciser et les faire partir insensiblement. Malgré ces efforts de sa part , les sceattas jusqu'au dernier jour de leur existence, ne sont pas débarrassés de ces marques singulières provenant du paganisme, et même dans les derniers jours de leur existence, ils introduisirent dans leur coin un quadrupède cheval (pi. XII. 9, 10).
En examinant ce coin , on est étonné de voir une série d'i-
(30) Fana idolorum destrui in eadera gente minime debeant sed ipsa ,
qnae in eîssunt^ idola d«struantur. Aqua benedicta fiât, in eisdem fanisasper-
gatnr, altaria €onstraaniur^ reliquiae ponantar : quia si fana eadem bene con-
strocta lunt ^ neoesae est a cuHu daemonum in obsequium veri dei debeant
•commotari, ut dum gens ipsa eadem fana non Tidet destrui , de cordb erro-
rem deponat, et deum ^erum cognoscens ac adorans , ad loca quae consue-
vit, familiarius concurrat. Et quia boves soient in sacrificio daemonum mul-
tos occidere, débet his etiam hoc ad re aliqua solemnitas immutari : ut die
dedicâtionis Tel natalitiis as. martyrura, quorum illic reliquiae ponuntur, ta-
bernacula sibi circa easdem ecdesias, de ramis arborum faciant, et religiosis
conTi?ii> aolemnitatem célébrant ; nec diabolo jam animalia immolent, sed ad
laudem det in esnm suum animalia occidant, et donatori omnium de satietate
•uagratias référant, ut dum eis aliqua exterius gandia reservantur, ad interio-
ra gaudia consentire faoilîus Taleant. Nam duris meutibus simul omnia ab-
scindere impossiblle esse non dubium est (Gregorii magni XI, ep. 76; Bedae
faift. eccl. angl. 1, 30).
4â6 ftÉAPPARlTIONS
mages , qui dans des temps trés^recnlés , étaient très-familières à la monnaie gauloise: tète symbolique (pi. XII, 7,8), tète d'une bète haletante et béante (5,6), bouc ou cheval ( 11 ) , oiseau dans l'attitude latérale , accompagné d'une croix , on placé sur une croix ( 2, S , 4) , espèce de triquètre composé de serpents (pi. XII, 1) (ai).
Ces images ne furent jamais reproduites par la monnaie gallo-bretonne , elles n'étaient en vogue , que dans le type celtique du continent : comment donc se retrouvent-elles dans le type anglo-saxon , après un laps de sept siècles et demi, depuis l'extinction de la monnaie gauloise, jusqu'à la cessation de ces espèces heptarchiques* En supposant même une durée de deux siècles de ces dernières, onaurait plus de cinq siècles d'intervalle entre les monnaies gauloise et heptarchique, cependant tant d'images surannées réapparurent dans des sceattas. Si c'était encore un produit des indigènes eux-mêmes , qui , cinq siècles , auparavant donnaient refuge aux émigrés gaulois, asyle à la doctrine et à la hiérarchie druidique , qui suivaient le rite des druides, on concevrait facilement cette réapparition : mais cette monnaie heptarchique était un produit des étrangers venant
(9i) Ayant de si frappantei similitudes poussées jusqu'à l'identité de deux types, saxon et gaulois, on est entraîné à une analyse plus détaillée , et on y prendrait à juste titre pour laproTenance gauloise, les formes carrées, crnciformes, les disques, les perles, les petites garnitures ; on y retrouve non-seulement les formes gauloises , mais la pensée comprise, différemment coordonnée quand on voit (pi. XII, 4) réunis, Toiseau, la croisette et le serpent cernant l'oiseau et sa croix : ces trois objets composant réellement Tantique coin gauois de Toisean à la pose latérale. — Les figures nombreuses de cea sceattas , te trouTent dans Touvrage de Ruding annals of the ooinage of Britain ; dans la petite brochure de Rethaan Macaré, Terhandling oTer de bij Dombnrg ge- ?ondene munten. Middelburg 1838, 8* pp. 1-13, et cinq planchée. — Rigollot, en faisant connaître la pièce n» 4 de notre planche, la rapportait an régne de Clovis, et y voyait Foiseau , la colombe apportant la sainte ampoule pour le sacre. Cartier n*08e y croire , mais la pièce lui parait plus mérovingienne que les autres (revue num., t. IV, p. 420). Cette pièce se retroave aussi fréquemment en Angleterre que les autres , quoiqu'on n*y trouve pas de tiers de sol mérovingiens; or, cette pièce appartient aussi au sol bretono-aaxon. Si même cette pièce était mérovingienne , la fable de l'ampoule ne pourrait se rapporter à une pièce aussi ancienne. Pendant les trois siècles qui ont suivi la conversion de Clovis , aucun auteur n^a rapporté cette fable. Uincmaret quelques auteurs du neuvième et du dixième siècles , parlent les premiers de la fiole dliuile céleste. Or, la fable est postérieure à la monnaie , il serait difficile même de lui assigner une existence contemporaine.
d*aa delà de l'ooéan , produit des adorateurs du dieu Odin , qui venaient exterminer les indigènes Bretons , et asservir ceux à qui ils laissaient la Tie , qui ravageaient et détruisaient le sol et les monuments bretons et druidiques : ce sont ceux qui inventent le type composé de la plus grande partie des éléments celtiques, galliques.
En reprenant ces images monétaires de la race celtique, voulurent-ils complaire aux indigènes asservis ? non, car la monnaie gauloise sous tant de coins , était inconnue aux insulaires et après tant de siècles ne circulait plus; les insulaires indigènes* n'avaient devant eux que la monnaie romaine. Les sceattas heptarchiques réunirent quelque peu des manières de cette dernière, mais créèrent leurs propres figures et en reproduisirent plusieurs des anciennes gauloises.
Ont- ils par la circulation, par, le commerce , par des réfugiés qui parvenaient dans leurs habitations au fonti de la Germanie , reçu dans son temps le numéraire gaulois , et onMls réservé chez eux pendant cinq siècles quelques pièces aussi variées , qui leur servirent de modèle dans la Bretagne conquise ? e*est impossiUe.
La réminiscence d'une monnaie antérieure à la monnaie impériale , se soutenait cependant en Bretagne , puisque l'écrivain de l'époque, Gildas (en 563), raconte que du temps de l'empereur Claude , dès que la Bretagne fut changée en province , il n'y avait d'autre monnaie que la romaine (22). Or, les indigènes privés de leurindépendanceetde leur monnaie nationale, n'enauraient-ils pas gardé quelques pièces, comme chose sacrée, comme talismans, n'enauraient-ilspascachécomme objets de vénération- Les Anglo-Saxons, en le remarquanl,ne se seraient-ils pas décidés à imiter leur coin? N'auraient-âs pas employé pour confectionner leur monnaie^ des graveurs bretons qui, autorisés à créer un type, auraient préféré chercher un modèle dans quelques pièces surannées, obscures, incompréhensibles, au lieu d'imiter le coin impérial ? C'est peu probable , vu l'espace des siècles écoulés.
Enfin , serait-il possible que les dnûdes , traqués de tout côté par les Romains, réduits à la dernière extrémité dans les journées
(22) lia nt non britannica, sed romana insula censeretur, et quidquidhabera potuisset aeris, ari^enU et auri, imagines Caesaris notaretur. Gildaftjde excidio Britanniae 5.
8aBe^te$ de Hona , éehappés en petit nombre, Ifonvèr^eit asyle chez les Germains ancêtres des Saxons, et les eBdoclrina»t, leur Gommoniqnèrent tous ces symboles de leurs mystères ?
Le foit est que les Saxons et les Angles dominant en Bretagne, les introduisirent dans le type de leur monnaie, qa'à la même époque, les espèces mérovingiennes constituées sur d'autres bases, reproduisirent parfois ces images gauloises ; que les adorateurs du dieu Odin , dans les siècles postérieurs , dans toute la Scandinayie, façonnaient des figures analogues, quadrupèdes, oiseaux, festons , croix , entourages , serpents ou dragons.
La monnaie beptarchiquQ , les seeattas , en reproduisant la tète béante et baletante de la monnaie gauloise au pégase ( pi. YI , 89 ; VII , 64) ; prouve qu'elle a pris cette tête qualifiée de tête de loup ou de chien , par les numismatistes , qu'elle Fa prise pour la tète d un serpent ou d'un dragon (pi. XII , 5 , 6 ). Le dragon est fameux dans les traditions de tous les peuples. Selon les Grecs , il fut tué par Persée. Ches les chrétiens, bien des légendes s'en occupent : ^ l'ardiange Hidiel précipite sous cette forme, le mauvais démon dans les enfers; saint George ^les autres saints de différentes localités , combattent le dragon ; la poésie Scandinave chante les aventures et les progàaUures du dragon. La monnaie mérovingienne ne Ta pas reproduit comme celle des Saxons exk Bretagne.
166. Réapparition des images gauIoîaeS') dans des tiers de sol des.
Mérovingiens.
A l'époque de la fabrication de la monnaie saxomie , se formaient les espèces mérovingiennes. La pensée de la première était plus indépendante que celles de ces secondes. Les Saxons ^traient dans une province pins reculée , évacuée par l'administration romaine depuis un demi-siècle , ils exterminaient les populations indigènes, par conséquent prenaient possessicm d'un sol plus dépouillé des souvenirs de l'empire. LesFranks, s'^aparant de la Gaulé, recevaient cette province directement des mains des Romains , et même avec Fadmimstration romaine ; ils ne se croyaient pas légitimes possesseurs, sans l'autorisation de l'empire.
Us se servaient de la monnaie impériale ; quand ils la fabriquaient ils contrefaisaient Fimpériale. Théodebert (584-1(48), autorisé à battre la sienne , copia l'empreinte impériale à son propre nom. Les noms des empereurs Justin II (565-878) et de
Maurice (it8S-60S) , doBnaient la valeur aux tiers de sol forgés à JavonI gabalorth. hyaiiOrvii. à HarseOle hassiua. ma. et à Vienne , tieitka ornciif a layhenti.
Peut^tre l'exemple de l'empreinte heptarehiqne , décida les rois mérovingiens à créer nn type pour les &oU d*ar, et Hers de 9ol, qu'ils mettaient en circulation. Ce type fut façonné sur le modèle romain, et ne se distingua que par la fabrique plus barbare , par les noms des fabricants moitsjarivs , et par la localité FIT.
Toutefois on y observe parfois une déviation remarquable* Soit la vue du type saxon druidisant , soit le réveil donné par quelques traditions druidiques » le coin de certains tiers de sol offre des empreintes analogues au type antique des Gaulois» £a y voyant une tète ( pi. XII , 13 ) (a3) , conforme à celle qui décore l'argent heptarchique ^ et l'oiseau dans sa pose latérale à- Cahors cadorca fit. hagnvs mo. et à Laon lavdvho gloato. (pi. XII, 14, 15, 16) (24)9 on dirait que les sols d'or contrefaçonnaient les soeattas saxonnes. Mais il faut avouer que tous deux ne font que puiser à la même source , lorsqu'on distingue desimages druidiques dans des sceattasqui ne s& retroaventpas dans le coin de tiers de sol^ et on remarque des figures assises étage» nouiUéeSy des vases, une tiranche de gui , qui ne sont pas admis, dans le type heptarchique , et qui sont connus k L'antique monnaie gauloise.
Les figures assises sur une chaise , tenant une couronne, une m^ix , une massue , eu une fleur , sont très-analogues au gaulois Pixtil assis (pU VU, 63 , 62). Ces figures se trouvent dans les pièces de Loudon LEvnvico sigihvdid ; de Rouen rotoko vvlzoLEirvs^de BaugéBAi<GiACo p&odvxfo ; de Rennes ebdonis gan- TBasLLVs;' d'Angers ANDECAVis levita&dvs (pi. XII, 21) (^S).
Les vases qu'en appelle avec raison calices , sont fréquents
(a3) Il conyient de compter dans le nombre des (êtes reproduisant les formes gauloises, plusieurs têtes difformes,. qui sont plus conformes et façonnées difformémeut a? ec intention. De ce nombre est la tête carnutoise du tiers de sol mérovingien , planche III , 33 , de la numismatique du moyen âge
CARirOTASG BLinOMTlfDO.
(ii4) Voye», pi. IX, 2, 3, par de Crazannes , dans la revue num., t. IV. — Bouterone, p. 195. Le Blanc, n» 30.
(a5) Revue num., t. I, p. 37; pi. III, 29 bis; IV, 61, Bouter. ; Le Blanc j Hardouin .— Duchalais, revue num., t. IV, p. 208.
4S0 REAPPARITIONS
8or des tiers de sol de Soissons svcssioms slaliys ; de Luxenfl L088OTITS HON ASTBBiYH ; de Cahors CADOKCA LE , de Ganat du pays des Arvernes canit ago Victoria cy (gothica) (pi. XEI, 20); sur plusieurs pièces royales deDagobert,cANToviAKo; de Sfgebert en Gevaudan, gayalbtavo , et de Gherebert à Bannassac de la Ganourgue enGéraudan, BAiniAciAco, maximinys, lkvgosis-, plusieurs monétaires... HONCOM (pi. XII, 19) plaçaient un calice dans l'enfreinte , surtout ceux de Bannassac en Gevaudan, te-
LAnVS,TELA¥IVSPAX, MAXIHINVS, BANNAaACO, GAVALSTAITOBAir.,
GAVALBTAHO, BAN N AGiACO sa MAKTiif I (a6).Gecalice, cevaseleplu^ firéquent à Ganat des Arvernes et à Bannassac des Gabales, rappdle ce vase gaulois au-dessus duqud se cabre le coursier arveme (pi. VI , 1 ; VH , «9).
La figure agenouillée de Rufbc en Alsace &vb£acos (pi. Xn,^), est analogue à celle du bronze gaulois qu'on retrouve en France depuis Breteuil jusqu'à Trêves , dans des cantons touchant les bcMxis de la Moselle.
Enfin, la branche du gui , aussi eonibnne, à la branche que nous l'offire l'antique monnaie des Morins KVBnro (pLYI, 28), figure sur la pièce du monétaire Dagulf , fabriquée à Doninda ou Donincum (Doullans)DONi3iA AoiT(fit)DA6VLFvs(pl.XII, 2S)(27).
Ges rapprochements donnent de faibles indices de la réapparition de quelques images et figures gauloises dans le type mérovingien (38).
L'élément firank des Mérovingiens et de leur monnaie était trop disparate avec l'antique esprit de la Gaule ; il était trop romain , trop christianisé. Germain d'origine , romain par transmutation, il se fondait dans la corruption des provinciaux, sans pouvoir s'identifier aux indigènes Gaukns; les formes chrétiennes inspirées par l'empire, n'étaient pas là pour coopérer une fosion. De faibles manifestations gallisantes ne sont point le produit des Franks , mais les premiers symptômes de la prochaine ré-
(26) Bouter. , Le Blanc , Harduin , Mader ; revue numism., 1. 1, p. 321 \ t. m, p. 57; t. IV, p. 152, 191 5 1. V, p. 214.
(27) oovuiAAOïT répond à dovoviabiti du monétaire Borsa monita. On a attribué ce] Dononia a Boulogne-sur-nier. Deschamps , revue num., t. Il , p. 19-34, pi. Il) 2; Bouter., Le Blanc, Hardouin28; numism. du moyen &ge, 1. 1, p. 79.
(aS) Il est probable que la salamandre ou le quadrupède de Childebert (Bouter., Le Blanc, Hardouin 5) , os^ aussi de la progéniture gauloise.
surrectîon du génie gaulois , qui profitait de leur faiWesse pour reprendre son énergie perdue. Le type de la monnaie est le reflet de l'état social , et les démonstrations qu'il fit dans le sens gaulois, sur les espèces mérovingiennes, sont d'une certaine importance pour l'observateur, quand il les rapporte au type des siècles suivants.
167. Goût breton dans la monnaie anglo-saxonne; la monnaie carlovin-
gienne répugne à la réminiscence gauloise.
Les sceattas saxonnes et l'or mérovingien allaient expirer presque en même temps que le système monétaire et son type. Eadwald, roi de Mercie (716-787), Etelward de Wessex (726-741) et Ëtelbert de Kent ( 748-760) augmentèrent le volume de leur argent, renoncèrent à toutes les figuresprovenant du paganisme, s'enfermèrent dans des marques tout à fait chrétiennes et dans l'épigraphique monétaire.
Chose singulière , dans ce changement le goût breton semble diriger les Anglo-Saxons. Ils façonnent leur coin, comme s'ils avaient devant eux les pièces gallo-bretonnes de Gunobélin , de Tascia , de Ségo , de Gamul , de Yerlamio , d'où ils tirent la disposition des épigraphes et des décorations. Leur coin, au fond, simple et modeste, est cependant riche et infiniment varié. Deg garnitures cruciformes, perlées, feuillues, des enquadrures, des carrés cléchés (pi. Xll, 12) {29),des triangles cléchés, tripartites en triquôtre, entourages, s'échangent sans fin ; l'inscription est placée diamétralement. Aucune des monnaies de l'époque n'a donné d'idée à une semblable création , aucune d'antérieures n'est plus analogue sous ce rapport , que la gallo-bretonne. Quoique les Bretons soient asservis, le goût breton préside à cette création, inspire l'invention aiiglo-saxonne ; avec le temps se communique aux. Danois et aux autres Normands ; dans les siècles suivants , il engendre grand nombre de coins sur différents points de l'univers , et donne l'impulsion au grand nombre des types (3o).
£n Gaule, les Franks carlovingiens (vers 750), renoncent à l'or, commencent à fabriquer presque exclusivement leur argent ; ils augmentent aussi Son volume, abandonnent presque tout à fait les têtes et toutes les autres diversités ; ils réduisent
(39) A rinstar de Verlamio et Tascia.
(3o) Voyez, numîtm. du moyen âge, lU partie, p. 97-113.
4t0 RÉAPPARITIOiNS
sur des tiers de sol de Soissons svESSioms elaliys ; de Laxenfl L0680T1TS HONASTEKiTH ; de Cahors CADO&GA LB , de Ganat du pays des Arvernes CAim aco yictoeia cy (gothiea) (pi. Xn, 20); sur plusieurs pièces royales deBagol)ert,GANTOYiANo;de Sigebert en Gevaudan, gayaletako , et de Cherebert à Bannassac de la Ganourgne en Gevaudan, BAinrAciAco, maximii^ys, i£ygosis; plusieurs monétaires... MOKCOM (pi. XII, 19) plaçaient un calice dans l'empreinte , surtout ceux de Bannassac en Gevaudan, te-
LAFnrS,TBLAFiySPAX, MAXIMIirVS, BAKHACIACO, GATALSTANOBAK.,
GATALETAHO, BAKiTAciAco SGI MARTiH I (^}.Gecalice, ccvaseleplu^ fré<iuent à Ganat des Arvernes et à Bannassac des Gabales^ rappelle ce vase gaulois au-dessus duquel se cabre le coursier arveme (pi. VI , 1 ; VH , 89).
La figure agenouillée de Ruffiac en Alsace KyBEAGos(pl. XII,Î2), est analogue à celle du bronze gaulois qu'on retrouve en France depuis Breteuil jusqu'à Trêves , dans des cantons touchant les bords de la Moselle.
Enfin, la branche du gui , aussi eonferme, à la branche que nous Fofifre l'antique monnaie des Horins mvriko (pLVI, %S), figure sur la pièce du monétaire Bagulf , fabriquée à Doninda ou Donincum (Boullans)])ONioiA AoiT(fit)DAGVL¥Ys(pl.XII, 2S)(27).
Ces rapprochements donnent de faibles indices de la réapparition de quelques images et figures gauloises dans le type mérovingien (28).
L'élément firank des Mérovingiens et de leur monnaie était trop disparate avec l'antique esprit de la Gaule; il était trop romain , trop christianisé. Germain d'origine , romain par transmutation, il se fondait dans la corruption des provinciaux, sans pouvoir s'identifier aux indigènes Gaulois; les formes chrétiennes inspirées par l'empire, n'étaient pas là pour coopérer une fîision. Be faibles manifestations gallisantes ne sont point le produit des Franks , mais les premiers symptômes de la prochaine rè-
(26) Bouter., Le Blanc , Harduin, Mader; revue numism., 1. 1, p. 321 ; t. III, p. 57; t. IV, p. 152, 191 ; t. V, p. 214.
(27) Doiri3iAAOiT répond à domoviaeiti du monétaire Boraa monita. Oa « ottribué ce] Dononia à Boulogne-sur-nier. Deschamps , revue num., t. II , p. 19-34, pi. Il) 2; Bouter., Le Blanc, Hardouin28; numism. du moyen &;e, 1. 1, p. 79.
(28) Il est probable que la salamandre ou le quadrupède de Childebert (Bouter. , Le Blanc, Hardouin 5) , 08| aussi de la progéniture gauloise.
surrection du génie gaulois , qui profitait de leur faiUesse pour reprendre son énergie perdue. Le type de la monnaie est le reflet de Tétat social , et les démonstrations qu'il fit dans le sens gaulois, sur les espèces mérovingiennes, sont d'une certaine importance pour l'observateur, quand il les rapporte au type des siècles suivants.
167. Goût breton dans la monnaie anglo-saxonne ; la monnaie carlovin-
gienne répugne à la réminiscence gauloise.
Les sceattas saxonnes et l'or mérovingien allaient expirer presque en même temps que le système monétaire et son type. Eadwald, roi de Mercie (716-7*7), Etelward de Wessex (726-741) et Ëtelbert de Kent ( 748-760) augmentèrent le volume de leur argent, rononcèront à toutes les figures provenant du paganisme, s'enfermeront dans des marques tout à fait chrétiennes et dans l'épigraphique monétairo.
Chose singulière, dans ce changement le goût breton semble diriger les Anglo-Saxons. Ils façonnent leur coin, comme s'ils avaient devant eux les pièces gallo-bretonnes de Gund[)élin , de Tascia , de Ségo , de Gamul , de Yerlamio , d'où ils tirent la disposition des épigraphes et des décorations. Leur coin , au fond, simple et modeste, est cependant riche et infiniment varié. Deg garnitures cruciformes, perlées, feuillues, des enquadruros, des carrés cléchés (pi. XII, 1 2) (a9),des triangles cléchés, tripartites en triquétro, entourages, s'échangent sans fin; l'inscription est placée diamétralement. Aucune des monnaies de l'époque n'a donné d'idée à une semblable création , aucune d'antérieures n'est plus analogue sous ce rapport , que la gallo-brotonne. Quoique les Bretons soient asservis, le goût breton préside à cette création, inspire l'invention aiiglo-saxonne ; avec le temps se communique aux Danois et aux autres Normands ; dans les siècles suivants , il engendre grand nombro de coins sur différonts points de l'univers , et donne l'impulsion au grand nombre des types (3o).
En Gaule, les Franks carlovingiens (vers 750), renoncent à l'or, commencent à fabriquer presque exclusivement leur argent ; ils augmentent aussi son volume, abandonnent presque tout à fait les tètes et toutes les autres diversités ; ils réduisent
(ag) A rinstar de Verlamio et Tascia.
(3o) Voyez, numîim. du moyen Age, ll« partie, p. 97-113.
An BÉAn'ARITlONS
leur omn à Fépigaiphiqoe et i quelques marques poiement liâmes. Aatant le type est simple, autant il reste maigre , et oioDofoiie.
La race firanke , débordant de Festi plnsieors reprises , n'a pu prendre de consistance du temps de Mérovingiens. Chaque fois elle perdit sa Tiguenr, elle fut absorbée , laissant sapr l'idée romaine et se débattre imperceptiblement le génie a&issé de rantiqne Gaule. Ole avait j^ns de force et prit un terrain plus aoBde dans la partie rhénane. Les Austrasiens, gagnant de l'ascendant avec lesGarlovingiais, opérerait la dernière inondation , qui jeta définitivement en Gaule les fondements d'une France qu'on vMt ressortir de l'empire d'occident ; l'action devient purement franke , ne se courbe plus sons Fautorlté de l'empire , mais domine cette autorité dont elle s'est emparée.
Par l'effet de cette action , le type de la monnaie prit un caractère exclusivement frank (chrétien). U ny a que deux choses qui gallicisaient certains deniers carlovingiens.
C'est d'abord cette espèce d'étoile formée de deux triangles ou angles déchés , à six ou cinq pointes (pentagone) , connue à la^ monnaie gauloise. Cette étoile reparait extraordinairement sur] quelques pièces de Pépin (756-768) et de Charles4e-simple (898-9S2) (3i). Elle reparait au commencement et à la fin de cette période^ comme suite de la faible reproduction des éléments gaulois par le type mérovingien ; comme l'ouverture de leur reproduction qu'allait faire le prochain ordre social , le féodalisme.
La seconde, diose extrêmement analogue à l'antique manière gauloise , ce sont les lettres cantonnées dans les cantons de la croix monétaire , ce qui a lieu surtout au midi de la France â Narbonne, Avignon n. r. b. o. ; a. vi.m.o. à Toulouse c.a.r.I'. (Cari) et semble ressusdter les antiques oboles gauloises de ces régions et le goût du type cruciforme des Volks-Teetosags (33). Tant que l'esprit austrasien prédominait soutenant sa
(3iy Voyez numism. du moyen âge, l'e partie, p. 166, pi. VI, 2.--Elle figurait auHÎ extraordinairement dans la monnaie anglo-saxonne , sur certaines {Mèces de Offa, roi de Mercie (737-796). Ruding, pi. Y, 39.
(3a) Voyez num. du moyen flge^ ire partie , p. 155.— On pourrait compter au nombre de la reprise des anciennes manières gauloises , le rix au liea de tes; et Ton peut relater la hache ou la hallebarde carlovingienne de Dorestad «t de Bona, à la figure qu'engendra la têto hachée larror belç.
vigueur, le coin restait invariable, sans admettre d'objets hétérogènes, d'objets gaulois qui pouvaient être du goût de la race indigène. Cet état de choses ne pouvait durer toujours. Dans les premiers siècles de l'établissement des Franks , le coin décela quelques symptômes de la renaissance du génie gaulois , délivré de la contrainte imposée par l'empire ; la pression des Carlovingiens devait bientôt fléchir et laisser revivre l'esprit local déjà éveillé.