Fusion du paganisme avec le christianisme
Convertir, c'était chasser le diable, purger les temples payons du démon , persuader au peuple de renier l'esprit infernal et adorer le vrai dieu. Le peuple consentait à cette dernière condition , il ne s'opposait point à qualifier Diane et toutes ses anciennes divinités de démons infernaux , mais il ne voulait pas renoncer à ses coutumes, à la superstition, craignant le courroux de ces démons, regrettant les distractions et les divertissements dont il jouissait en leur honneur, il persistait dans ses habitudes et dans ses croyances populaires.
Si dans les premiers siècles, les pères de l'église parlaient du druidisme , à cause de la fusion de ses pratiques avec le polythéisme gréco-romain , les conciles et les ordonnances qui fulminaient contre les superstitions et les usages payens, qui les interdisaient , pouvaient aussi les qualifier de druidisme ; et comme le peuple s'obstinait jusqu'à nos temps dans ses habitudes, on peut dans la suite des siècles , voir une continuation ininterrompue du druidisme. Quoique sa doctrine n'existait plus, ses cérémonies, ses emblèmes, ses symboles incompréhensibles, ses figures et images , ses idées , ses appellations existent toujours disséminés dans une multitude d'usages. Sa fusion s*étant effectuée avec le culte gréco-romain , sa pensée s'était perdue, ses formes changèrent et se dépravèrent , son langage reçut une interprétation différente , conforme aux mystères mithriaques, bacchiques.
On peut dire que le peuple baptisé effectua une autre fusion de son druidisme dégénéré avec le christianisme , qu'il adopta et barbouilla de ses croyances acariâtres. Adhérant à une nouvelle doctrine , et ne renonçant nullement à ses habitudes , il reportait et reconciliait ces dernières à la nouvelle croyance. Il
s'assemblait dans les mêmes temples où l'eau bénite chassait le
démon, où il voyait les cérémonies changées ; le clergé y a remplacé les druides ou prêtres payens ; à la place des vases sacrés des divinités, sont employés les vases sacrés de Féglise; les fêtes payennes coïncidaient avec les fêtes de l'église ; an lieu de divinités , il adorait les saints.
Saint Martin, le plus grand 3aint de la Gaule, reconnu par les Gaulois indigènes et les Franks nouveau-venus, augurait bien de l'expédition de Clovis (en 1506) contre les Wissigothes, il bénit son cheval du haut des cîeux , ce qui procura la victoire de Vouillé, une biche indiqua à l'armée le passage par la Vienne , et le feu de l'église de Saint-Hilaire, conduisit sa marche à cette journée mémorable (33). Le peuple observait ses divinations particulières , et l'oiseau saint-Martin lui présageait les accidents (34). Le nom de Saint-Martin parut dans le type mérovingien, sur plusieurs points de la Gaule (35), (conmie antre/ois Hercule dans le coin de Postume) ; le type carlovingien lui donna congé avant qu'il reparut dans des temps postérieurs dans sa localité touronaise. Mais les fêtes et les réjouissances de la Saint-Martin, se confondaient partout dans la pratique populaire avec les festins gréco-romains (36).
(33) Greg.,taron., II, 35, 37.
(34) Cornix vel falco cyaneus. Jacob Grimm , deuUche BIytholo|^ie, édition 1835, p. 657, 710.
(35) Cartier, renie nuro., t. III, p. 257.
(36) G. Leber, sur Torigine dei réjouissances de Saint-Martin. ^J. RigoIIot, essai sur une monnaie de Saint-Martin aux jumeaux d'Amiens. — a St.-Martin n'est pas le seul qui tienne dans le calendrier , la place occnpée jadis par les fêtes de Baccbus : on a remarqué que le 3 octobre se trouve un Saini'Denis (Dionysius), dit Paréopagite ; que le 7 du même mois , on indique la fêle de Samt-Bacchus ou Bacque, et le 8, celle de Saini-Demeirius qui répondait aux dionysiaques urbaines ou déméiriades, Demetrius étant un surnom de Baccbus ^ comme fils de Gérés, la Demeter des Grecs. Le 9 octobre, le calendrier payen indiquait: festum Dionysii eleutherii rtisticum^ cl^tsi-k-àite , petites dionysiaques, ou dionysiaques des champs en llionneur de Baccbus , libérateur, qui donne la liberté. Le martyrologe romain indique pour ce jour : festum êoneiorum Dionyni, Eleuiheri et Rustici. On sait qu'au mois de décembre, on célébrait autrefois des dionysies. On trouve au 6 décembre une Sainte- DiaiNftia ou Denise. On donnait à Baccbus le surnom de soter, saWator. C*est à cette fête qu*on rapporte celle de Séante- Soière, le 10 février. Nous ferons observer que ces saintes Denise et Sotére , que St.-Rustique et St.-Eleuthère, ont été passés sous silence par les savants bénédictins dans Part de vérifier les dates. On a encore regardé la fête de SainU' HUaire de Poitiers, qui tombe le 13 ou lé 14 janvier, et on Thonneur duquel on buvait de Peau et du vin sur le bord
DU TYPE GAULOIS. 4â5
Il avait d'autres solennités, souvent isolées des fêtes de Féglise. Il promenait en procession des simulacres enveloppés dans du linge (37) ; il se couvrait de mastruca, s*habillant en baladins, jongleurs ou pantomines, jotticos, il se masquait imitant les animaux (38). Longtemps, surtout dans les cantons rapprochés aux Ardennes, il se rappelait Diane, et Hérodias qui raccompagnait. Mais sa nature avait changé. Diane faisait des courses nocturnes^ avec des sorciers montés sur des boucs, elle était une divinité in* fernale;elle s'était associé une bonne compagne Hérodias, fille ou femme de Hérode, dont la danse fit périr saint Jean-baptiste (89)..
L'interprétation des anciennes croyances, des anciennes superstitions, des antiques traditions se changeaient ; la confusion défigurait tout. Les divinités gréco-romaines se confondaient, avec la mythologie chrétienne ; leurs simulacres devenaient des manequins pour la réjouissance innocente du peuple, et dans cette mixture des éléments hétérogènes , les traditions du druldisme , son langage , ses emblèmes et symboles , reparaissaient et se perdaient, noyés dans l'océan de la folie humaine.
d*une fontaine , à Croustelle , près PoitieFS , qomme remplaçant celle de Bacchus hilaria, ou inspirant la joie, et il y a jusqu*à Saint-Giles , Oegidius , composé d«î^K^ iiM ou à mine de chèvre, qui, dit-oo, a rapporta Bacchus , représenté vêtu de la nébride. La nébride est, comme on sait, une peau de faon, et St.-Gille8 est représenté avec une biche sur ses images. • — RigoUot a fait, cette énumération à Toccasion de la monnaie de mah. sr.i. gemellos^ croyant qu^elle a été fsbriquée sous les auspices de St.-Martin aux jumeaux. Depuis, qu'on a retrouvé un moné taire (remeZ/oJ (revue num., t. III , p. 261), elle n'appartient plus à Amiens, mais Texplication du coup qui forme le coin de la monnaie, existe dans son entier, et elle est corroborée par les tiers de sol de< Magnus à Cadorca (pi. XII, 15), dont le coin présente un oiseau tenant dans son bec une grappe de raisin , ayant par derrière une branche de vigne, ou. des oiseaux qui boivent à une coupe de vendange aussi sur des tiers de sol de. Cahors.
(37) De simulacre quod per campos portant (indiculus superstitionum 28 , concilii leptineosis de a. 743).
(38) Isid., orig. XIX, 23; concil. II turon. can. 17;^ S. Eligii, derectitu> dine conversionis.
(39) Ratherii («f 974) prœloquia in Marten et Durand IX, 798 et in Belerinî, p.20,21;BurcharddeWormac. (-(-1024), canonistae XII, sec, I, 10. 19; J.Salisberi (-|-1 182) polycratic. Il, 17 ; statuta eccliae Gonseran. e XIII seculo. — Dom Martin; Du Gange voce Diana; Reinard, I, 1139, 1164; Grimm, deutsehe Mythol., p. 175. «— Diane était domina, hera, L^épithéte de hera , engendra certainement jfferodias, Hérodias aussi qualifiée de hera et de lensosia ou bcn-socia, bona socia.