Coin chartrain et berrichon
L'étoile à six pointes , composée de deux triangles cléchés, reparut, comme nous l'avons remarqué, sur la monnaie (de Charles-le-simple 898-922 ) dont la localité est indéterminée , presque avec la dissolution de l'empire frank , et la formation de la féodalité. Par des recherches , on retrouvera son rayon luisant sans interruption dans les ténèbres des siècles suivants, dans quelques usages ou cérémonies. Pour les connaissances actuelles de la numismatique , elle s'offusque un certain temps ; ensuite elle jette sa lumière sur Déols dedous (pi. Xll, 34) situé sur l'ancien territoire des Bîturigs. Quelques seigneurs de Ghàteauroux , du nom de Roui radvlfvs, prirent cet astre sur la pile de leur monnaie forgée à Déols et le transmirent à Philippe-Auguste quand il devint possesseur de Déols (1188-1203). Un de Roui prenant sur sa monnaie le titre de nvx milick, donna à cet astre la forme d'un pentagone à cinq pointes (44) ^^ l'identifia au pentagone gaulois qui avait été connu sur les espèces biturigues inscrites y^uro, Cam (pi. VIII , 4) ; qui accompagnait l'oiseau gaulois (pi. VII, 58).
Cet oiseau tient dans ses griffes une croix perlée au bout de ses trois branches. Il est singulier qu'une croix analogue , feuillue au bout de ses trois branches , forme le coin de la monnaie de Bourges vrbs bitvmca (1107-1314) (pL XII, 40), de l'an-
(44) Tobiesen Duby, récréations num.
DU TYPE GAULOIS. Ui
clenne capitale des Biturigs, et ne se fait voir nulle part ailleurs sous cette forme éminemment caractéristique. La coiflure de la tête de la monnaie à l'oiseau , nous engagea dans les investigations du type gaulois de rapprocher l'oiseau au pays des Biturigs et des Garnutes (45). Or, c'est dans la localité même, que le pentagone et la croix réapparurent dans des siècles de féodalité. En descendant les eaux qui arrosent les murs de l'ancienne capitale des Biturigs, on se rapproche des frontières des Garnutes, du diocèse de Ghartres , et on y estarrétéà Gelle (1077-1189) à Saint-Âignan (avant lOSO), à Romorantin (116M191 ), rob
DE CEL , SAITTI AIJXAXJXO (pi. XII , 89) , T CO REMOR (Tlléobald),
par une pile de monnaie infiniment caractéristique. Elle est commune aux coins de Blois blesis gastro, de Vendôme vedobie CASTRO, viNDocino (pi. XII, -41), deGhâteaudunDVNiscASTELA,de Ghartres cartrisgivitas, et de Perche perticensis; et en général à la monnaie du diocèse de Ghartres entier. La figure qu'on y voit n'est aucunement un produit de la maladresse, de la barbarie, de l'ignorance des graveurs, mais elle offre des traits auxquels les graveurs étaient obligés de se conformer.
Cette figure composait en même temps les armoiries de l'évôché* Elle servait de coin à la monnaie par le droit de monnayage que les évéques possédaient dans l'étendue de tout le diocèse. C'est donc l'emblème de ' Tautorité épiscopale, c'est le symbole du diocèse chartraîn ou carnute.
n est entouré sur la pile , du mutisme. Ce n'est que lorsque la dépravation et l'insubordination s'ingéra dans le diocèse , qu'un comte de Vendôme, Jean (vers 1200), inscrivit son nom autour de ce symbole. Plus tard à Châteauroux, Robert et Roui (1258- 1802), à Blois, Jeanne (1279-1292) et Gui (1807-1842) , osèrent l'entacher de leurs légendes. Une religion locale l'entoura d'un respect silencieux , partout ailleurs , dans tout le diocèse , dans tout le pays carnutois. Ce symbole servait d'enseigne aux étendards des combattants, au cri de Chartres.
Plus il est ancien , d'autant plus ses traits se rapprochent de la conformation d'une tète , dont la chevelure ou coiffure est crénelée ou dentelée (pi. XII, 89). Nous avons trouvé dans sa formation des traces d'une tète diadémée mérovingienne (46).
(45) Chap. 79, 80.
(46) E. Cartier , essai sur les monnaies chartraines, Tours 1833, mSo, — Num. du moyen âge, l'^^ partie, p. 168.
ut RÉAPPARITIONS
Peut-être , celle-ci concourut à sa réformation , mais cette tète de Chartres ofSte ton les traits de la tète gauloise , an firont repressé, aux joues pendantes, ridée et tirant la langue (pi. 11,8).
Ghâteaudun et Vendôme (pi. XII, 41) en la reproduisant, n*en ont pas négligé Fesse , qui dans la tète gauloise serpente au front comme une tresse de la chevelure.
On a pu donner différente interprétation à cette tète , on a pu la qualifier de la tète épiscopale, du diocèse, d'un saint ou d'une sainte, mais son origine gauloise n'en est pas moins patente (47).
Dans des traditions obscures, cette enseigne chartraine se confond avec la protection spéciale de la sainte-Vierge , donnée à Chartres. A côté de la chemise de la sainte Vierge, la cathédrale de Chartres gardait dans son sanctuaire, le voile de 1^ Vierge t non moins miraculeux. Il était enrichi de plusieurs frises dans le goût asiatique et parsemé de symboles hiéroglyphiques, disent les descriptions de ce voile (48). La tradition portait qu'à Char* très, dans une chapelle, on avait une image gauloise. Peut-être c'était soUtnara (49). Sans vouloir préjuger sur ce qu'on dit de la nature de cette tète , nous avons suivi ses traces depuis son
(47) M. Cartier, dans son essai, p. 23, 24, a voulu assigner à ce symbole une origine gauloise, sans admettre quUt représente une tête.
(48) Gilbert, descr. hist. de la cathédrale de Chartres, 1824, 8», p. 113. Cette bannière du voile fut chantée dans le poème de Jehan-le-marchand, en 1262 (Cartier, essai, p. 22).
(49) ^' ^^ Saulcy explique SoUmara par grande-sage. — soli xabi à pu donner une lecture sctâ maria. — u La plus singulière de toutes les opinions émises sur la religion gauloise, est celle du père Lescalopier , qui , dans son traité de la religion des anciens Gaulois, à la fin deson commentaire sur Tonvrage de Cicéron, de Natura deorum, Cassure gravement, que dans le territoire de Chartres, les Gaulois rendaient un culte à la Vierge qui doit enfanter (cornutum dea^virgo paritura. Un chanoine carme, le père de Sainte-Thérèse, a soutenu le même paradoxe : » Les driiides, selon Diogène Laërce , étaient, dit ce moine, nommés «-i/Ared'cei, non pas tant à cause de la religion quHls rendaient aux Dieux, qu^à cause du culte quMls rendaient à Mctrie» Ces gens demeuraient en notre France, et poussèrent Priscus, roi des Chartrains , à loi dédier son royaume ; et pour en rendre témoignage à la postérité, il en fit Uïtt Timage qui fut posée dans une chapelle avec cette inscription : virgtni pariturae. Cette chapelle se nommait aussi semnaeum, et à cause qu*elle était desservie par les druides, ils furent appelés semnolhei; » Schayes, les Pays-Bas 1. 1, p. 117). — Ces hypothèses extravagantes sont le résultat des traditions. Il est bon de les rechercher, peut-être elles ramèneront au mode dont on se servit dans ce temps pour convertir les Carnutois.
origine celtique que nous assignâmes au pays earnutois , centre du druidisme, de la doctrine et de la hiérarchie ; nous les avons suivies dans sa progéniture variée, dans sa reproduction et réapparition successive dans des sceattas saxonnes , dans des tiers de sol mérovingiens; enfin nous la voyons présider toujours dans les traditions des pays chartrains et servir de symbole , du drapeau local , des armoiries et du type de la monnaie.