‹ Types d'architecture gothique, empruntés aux édifices les plus remarquables construits en Angleterre pendant les XII, XIII, XIV, XV, et XVI siècles (volume 2)Chapitre 14 sur 20 · MAISON DÉC.\NALE DE WELS, COMTÉ DE SOMERSET · texte numérisé non relu

MAISON DÉC.\NALE DE WELS, COMTÉ DE SOMERSET

Ce tyi)C curieux de notre architecture domestique au X\'' siècle fut prcsqu'entièrement l'œuvre de John Gunthorpc. élu doyen de la cathédrale de \\'clls en décembre 1472. Ce docteur avait fait ses premières études au collège Balliol d'Oxford, et s'y était distingué par son application et son intelligence. Étant allé plus lard visiter l'Italie, il suivit à Ferrare l'enseignement liltéraire du célèbre professeur Guarini , cl cet ardent promoteur de la renaissance classique s'était épris pour lui d'un attachement tout paternel. Gunlhorpe se lia alors d'amitié avec plusieurs autres notabilités littéraires de la Péninsule, et, après s'y cire fait recevoir docteur en droit civil et en droit canon , il revint dans sa patrie , où l'avait devancé sa réputation d'érudil. Nommé chapelain d'Edouard IV en 1466, il fut bientôt après appelé au rectorat du collège royal de Cambridge et chargé de plusieurs missions diplomatiques sur le continent. En même temps que d'autres bénéfices , l'archidiaconat d'Essex et les prébendes des cathédrales de Londres , de Lincoln , de Salisbury et d'York lui furent successivement

( 1 ) D'après V Archœologia (lonie XXV, page 313) , le nœud d'or, le cygne d'argent, le lambrequin d'azur et l'antilope sont tous des attributs héraldiques de l'illustre ramillc des Buckingham.

lî)

conférés. Devenu, en 1478, grand aumônier du roi en même Icmps que secrétaire de l;i reine, il fut élevé, deux ans après, à la dignité de lord garde-du-sccau privé, ce qui lui valait 20 shillings par jour.

L'avénemcnt de Richard III au trône d'Angleterre, en 1483, n'interrompit point le cours de la prospérité de Gunlliorpe. Le nouveau roi le garda comme lord gardedu-sceau privé et le laissa dans la jouissance de tous les bénéfices attachés à ses dignités ecclésiastiques. La victoire définitive de la branche de Lancastre ayant ensuite mis la couronne sur la (ête d'Henry VII, ee changement de dynastie ne porta nulle atteinte au crédit du savant docteur, cl c'est ainsi que l'histoire du temps nous le montre chargé par son souverain de traiter, en 1486, avec le roi de Caslille et de Léon, et, en 1490, avec celui de France. Il mourut en 1498 et fut inhumé dans la cathédrale de Wells.

On lit dans Leiand , qui fut presque le contemporain de Gunthorpe, que le roi Edouard IV tenait ce savant docteur pour l'homme le plus capable de son temps , et que c'est grâce aux faveurs royales dont il fut l'objet, qu'il put déployer dans les édifices qu'il fonda un degré de splendeur auquel ne put atteindre aucun de ses prédécesseurs et successeurs. La maison décanale dont il est ici question est un beau souvenir de sa magnificence; mais, hélas! en considérant les délicieux détails qui y abondent, nous ne pouvons nous défendre de regretter que des restaurations modernes en aient tant altéré le caractère arehiteclonique primitif (1).

N". 45. Planche I. — Elévation et plan de la façade du nord.

L'édifice entier consiste en un quadrangle qui enclôt une petite cour dont le côté nord est formé par le corps de logis dont nous reproduisons ici la façade extérieure , c'est-à-dire celle donnant sur le jardin. Cette façade très-pittoresque est surtout remarquable par la riche ornementation de ses principales fenêtres. Le rez-de-chaussée

(1) En lb52, sous le règne d'Edouard VI, le doyenné fui enlevé à l'église de Wells et cédé au roi , en même temps que d'autres propriétés , par l'évéque William Barlow ; et cela , dit Strype , pour complaire à quelques courtisans affamés ! Deux ans auparavant , le doyen John Goodman avait été privé de son bénéfice , mais il lui avait été restitué à l'avénemenl de la reine Marie. ( Voir le Mémorial Ecclésiastique de Strype , ainsi que les Fastes de Le Nève.

— 7'i — ni est occuiK' pur une cuisine cl \ku- crmilres offices ; à l'iiiic (uri.lciilMc >c Ir.uivc 1)11 escolicr iini iiieniiit oiigiiiiiircnicnl à une très-belle siille à niuiiger (iiii cnil)rnssuil les deux tiers du premier étage ; mais celle salle , maintenant divisée en plusieurs petites pièces , est loul-à-fail défigurée. Le haut bout en était éclaire par deux oricis , ou grandes fenêtres en loge, d'une n.agnifiquc construction cl dont l'une se voit au centre de la présente façade; l'autre tiers de l'étage était occupé par un salon de retraite. Au second étage se trouve une suite de chambres. A l'extrémité sud-ouest du couronnement crénelé , s'élève , au-dessus de la cage d'escalier , une petite lour (pii se terminait, à l'origine, par des créneaux cl pinacles d'un irès-bon style ( 1 ). Quelques parties , maintenant mutilées , ont élé rétablies sur cette planche ; mais nous avons reproduit dans leur état actuel les deux fenêtres qui nanquent la porte et donl les meneaux et tympans ont été détruits ; la même réserve a été gardée relativement aux deux souches de cheminées qui ont également disparu de l'édilice.

^^ 4G. Planche il. — Élévation cl coupe de la fenêire en loge (oriel) qui occupe le centre de la façade nord.

>^ous avons déjà dit que cette fenêtre, remarquable par sa grande élégance, éclairait le haut bout de la salle à manger du premier étage. Son soubassement simple et solide s'élève jusqu'à la hauteur du plancher. Les panneaux qui décorent le mur d'appui portent quatre écussons sculptés, donl deux onl pour sujet la rose et le soleil rayonnants, emblèmes d'Edouard IV, protecteur du docteur Gunthorpe, tandis (jue les deux autres représcnlcnl un canon d'arquebuse dans sa forme primitive et grossière , c'est-à-dire composé de barres de fer brasées entre elles et consolidées au moyen de cercles. La banderole enroulée sur ce canon peut n'être qu'un simple ornement ou bien signifier la courroie qui servait à fixer l'arme à son fût. Si l'in-

(1 ) On trouve , dans le recueil publi(3 par Angus sous le titre de : rues des résidences seigneuriales et aristocratiques , une vue du doyenné de Wells , prise du côté nord-ouest et dessinée par John Carter. On y remarque que la tour est cantonnée de quatre pinacles angulaires surmontés de girouettes. Le même ouvrage contient une courte notice sur cet édifice et sur Gunthorpe ; le dessin est bien fait , mais il est inexact en quelques points.

(crprctalion est exacte, cet emblème est donc un rébus sur le nom de Guntliorpe (9'MH = canon), tel qu'on avait alors la puérile liabilude d'en faire. On retrouve les mêmes emblèmes dans les panneaux du couronnement crénelé , et l'on remarque en outre, sur la plinthe sous-jacente, quatre gros canons en saillie qui semblent être placés là pour dire à tout passant le nom du fondateur.

N°. 4.7. Planche III. —Élévation intérieure, voussure et détails de la même fenêtre.

Comme cette charmante fenêtre a été bouchée et que son ornementation intérieure a beaucoup souffert, nous avons du prendre le dessin du plafond de la fenêtre absolument pareille qui fait pendant à celle-ci dans l'autre façade du même corps de logis et qui éclairait également le haut bout de la salle à manger du premier étage.

La figure 2 représente le fleuron qui termine l'un des trois pendentifs du plafond, du côté de l'arcade intérieure. C'est une rose portant en cœur un petit fanon ; cet emblème, adopté par les princes de la famille d'York, figure également comme meuble sur les partitions de l'écusson qui décore le centre du plafond de cette fenêtre ; or , comme cet écusson est celui du fondateur , il est probable ([ue Guntliorpe avait obtenu d'Edouard IV la faveur d'en meubler son blason.

N". 48. Planche IV. — Plans et détails de la même fenêtre.

Le plan A est pris suivant la ligne marquée -f -{- sur l'élévation de la planche II , tandis que celui B est une coupe horizontale faite suivant la ligne marquée -|- j- sur la même planche.

!\°. 40. Planche V. — Façade du sud; élévation, plan et détails de l'une des tourelles

angulaires.

Des quatre façades extérieures de cet édifice, celle qui fait l'objet de la planche I est la seule qui ait deux étages outre le rez-de-chaussée ; les trois autres n'en ont qu'un. On voit que toutes les fenêtres de celle-ci ont été transformées à la moderne, mutilation bien regrettable, si l'on juge de ce qu'étaient ces fenêtres dans leur état ])rimitif d'après celles que nous venons d'admirer à la façade nord. Les deux toui-elles qui cantonnent la façade ici représentée sont carrées à leur base et s'amortissent par une élégante flèche octogone. Nous les considérons comme de beaux types de l'espèce , et c'est pourquoi nous avons cru devoir en reproduire une à l'échelle amplifiée et avec ses détails principaux.

iV. ;)0. Pi.ANC.iiF, \'l. — Fcnriro en cncdiliollciiiriil et ;'i deux rlnijes ik- In farailc nord.

Il exislo loil pcii (le l'eiH'lrt's il;iiis le j^i'inc ilu icllc-ri. I.;i |)luiiclic I luil voii' son ciiipliiLTiiii'iit (liMis l;i l'iu.'iiilo. Ainsi i)uo le montre la cou|>e , son cncorbelleinenl l'sl i\ peine d'un pied, et, malgré son élévation, aucune partie de la fenêtre ne se trouve en retrait sur les autres. L'encorbellement porte sur ilcux consoles réunies par un arc ogival. Dans les tympans de cet are, comme dans ceux de la fenêtre du premier étage, on retrouve les emblèmes et le rébus (|ui ont déjà été cxplicjués- Le réseau des ileux parties de celle fenêtre est d'une grande élégance et a beaucoup de ressemblance avec ceux des fenêtres de l'église Sainle-Marie , à Oxford (I).

N°. 31. Planche VII. — Détails principaux île la même fenêtre.

Le réseau ornemental de la voussure est d'un travail remarquable. Les emblèmes liéraldi(pies y sont encore les mêmes que précédemment.

iN". 52. Planche VIU. — Fenêtre géminée appartenant à la même façade nord.

dette cbcminée éclaire la ciiambre qui occupait autrefois, avec la salle à manger déjà décrite, tout le premier étage du corps de bâtiment dont la façade extérieure fait l'objet de la planche I. Comparativement aux autres fenêtres de cette façade , celle-ci est simple dans son ornementation extérieure. Les moulures y sont peu nombreuses , et sur les tympans sont sculptés les emblèmes béraldiques et le rébus dont il a déjà été plusieurs fois (pieslion. A l'intérieur, le jambage de l'embrasure est tout-à-fait nu ; mais, par contre, le plafond en est orné d'un fort joli réseau . ainsi que le font voir les projections verticale et horizontale que nous en donnons ici. Cette fenêtre fait une saillie de un pied et demi sur le mur de façade et se trouve à plomb de la souche de cheminée qui l'avoisine. Nous avons tracé , parmi les détails que comporte cette planche , le profil du larmier mouluré qui couronne l'amortissement de cette baie.

( i ) Voir les Spécimens et les Types d'architecture gothique de Pugin , tome I.

Page 1