‹ Types d'architecture gothique, empruntés aux édifices les plus remarquables construits en Angleterre pendant les XII, XIII, XIV, XV, et XVI siècles (volume 2)Chapitre 15 sur 20 · PALAIS ÉPISCOPAL DE WELLS, COMTÉ DE SOMERSET · texte numérisé non relu

PALAIS ÉPISCOPAL DE WELLS, COMTÉ DE SOMERSET

On croit que le premier fondateur de ce pahiis fut Jean de Villuia , aussi appelé Jean de Tours , d'après le nom de sa ville natale. Nommé évé(iue de Wells en 1088, il transféra trois ans plus lard son siège à Balli , à raison , sans doute , de la jilus grande étendue et du plus d'im|)ortance de cette dernière ville. Il y érigea une église magnifique , celle de l'abbaye ayant été détruite quatre ans auparavant par un incendie. Malgré la translation de son siège à Bath , ce prélat fit abattre , dit-on , le cloitre et la demeure épiscopale fondés à Wells par son prédécesseur , l'évèque Giso , et érigea sur le même emplacement , pour lui et pour ses successeurs , l'hôtel ou palais qui fait l'objet de la présente notice. lAIort subitement à Bath vers la i\oèl de l'année 1122, il y fut inhumé dans la cathédrale. La chapelle de ce palais, si parfaitement conservée jusqu'à nos jours , a été fondée par l'évèque Joeelin , qui mourut en 1242 , après avoir occupé ce siège pendant trente-sept ans.

Le fondateur de la splcndide halle que nous allons immédiatement examiner fut Robert Burell , mort en 1292, après avoir régi ce diocèse pendant dix-sept ans. C'est l'évèque Ralph de Salopia ou de Shrewsbury qui fortifia ce palais en l'entourant d'un mur d'enceinte crénelé et d'un fossé; il occupa ce siège depuis lô2'J jusqu'en 1563. On dit que Ralph de Erghum , qui fut évèque de Wells à partir de 1588 et jusqu'en 1400 , augmenta les ouvrages défensifs créés par son prédécesseur. Le généreux prélat Thomas Beckington , élève et digne imitateur de l'illustre William de Wykham, évèque de Winchester, fit de grandes améliorations au palais épiscopal , ainsi qu'à la cathédrale et à la ville de Wells. C'est lui qui fonda , au prix de 200 marcs au moins, la belle porte d'enceinte, et qui construisit les cloîtres, l'appartement des étrangers , la grande cuisine avec ses conduites d'eau , la laiterie , le cellier et les réservoirs à nourrir le poisson. Il consacra à ces travaux plus de douze mille livres sterling, somme énorme pour ce temps-là (1).

(1) Vide icinerarium Willelmi de Worcestre, t'dil. Nasmilh , in-8°. 1778, pp. 386, 287, etc.

li nu |P()iir suci'csscm' l'i'\c(iii(' Ik'ckinj^loii , i|ui siégea de I4i." à liCi'i- ou (]',') [ I ). Leliuiil , (|ui visita lo palais cpiscopal île Wells en l.'i4"2, nous en a laissé, dans son llinvraiie , la eouile ilesciiplion (|ue voiei : " l^a cour d'entrée du palais de l'évéque » est située au levant du uiarclié aux ciicvaux ; clli; est cnlouir'e d'un lie.iii iwwv

• élevé , et on y accède par une irés-jolie porte qui en occupe le centre , du ei'tté du I marché. Celle porte, ainsi (ju'il appert des armoiries qui la décorent , l'ut fondée

• depuis peu par l'évéïjue Beckinglon. Au sud de celte cour se trouve le palais épis-

• copal , enloiué d'un large fossé plein d'oau ipralimente la rivière de S'. -André. Oe ■> palais est ceint d'une forte nuiraille crénelée comme celle d'un château fort; au centre •' de sa principale façade se trouve une helle porte d'entrée; celte façade est flan(|uée ' d'une tour ronde à chacune de ses ailes; deux autres tours semhlahles iléfendent le " coté sud du palais , et l'on voit d'ailleurs des tours à tous les angles de l'édifice. La . halle est extrêmement helle et le reste'' du palais est heau et grand à l'avcnaut. De ■> nombreux évéqucs ont pris part à sa construction (2). ■>

l,a dilapidation de celte magnifi([ue résidence commença fort peu de temps après la visite que Lcland en avait faite.

Aux généreux évoques que nous venons d'énumérer succéda une nouvelle espèce de prélats qui ne leur ressemblèrent sous aucun rapport. Hommes sans fortune, nonseulement ils n'avaient pas d'argent à consacrer à des constructions publiques et pieuses, mais ils se montrèrent ardents à prélever, sur les dépouilles de l'Kglise, de quoi doter et enrichir leurs fils et leurs filles. En vertu d'une patente royale en date du mois de novembre looO , le docteur William Barlow , alors évè((uc de Balli et Wells, fut autorisé à aliéner et céder en fief absolu à Edouard, duc de Somerset (3), le palais de Wells et toutes ses dépendances, en même temps que divers autres domaines appartenant à cet évéché. La fin tragique de ce gentilhomme , dont la lèle tomba

( 1 ) On trouve les mémoires de l'évèquc Beckinglon et des autres prélats menlionnés ci-dessus dans la biographie des évoques de Balh el Wells, publiée à Londres en 1829 par le Rév. S. T. Cassan. Les recherches de cet écrivain onl jeté de vives lumières sur une foule de faits inléressanis de l'histoire ecclésiastique d'Angleterre.

(2) Voyez V Itinéraire de Leland , tome 11 , pape Ai.

(3) Mémorial ecclédaslique de Slrype, tome II, page 2j7, édition d'Oxford, in-S'. 1822.

sous la hnclic du bourreau au commencement de l'année 1S52, fut cause que ces l)iens flrent retour à la Couronne; et, peu de mois après, levéque obtint, par lettres patentes, l'autorisation de recouvrer, par voie d'échange, le doyenné et le palais, ainsi que le manoir, le boura; et le canton de Wells, derniers débris des domaines du duc de Somerset ( 1 ).

Ces concessions furent suivies d'une lettre, en date de septembre 1532, signifiaiii à l'évèque que le bon plaisir du roi était , attendu qu'il y avait dans le pahiis mainis emplacements propres à y ériger une balle à l'usage de l'évèque et des siens, qu'on eût à faire abattre la grande balle actuellement existante; qu'd était d'ailleurs loisible à l'évèque de bâtir la nouvelle balle en lieu et place de l'ancienne , et ([u'on lui recommandait, pour la mise à exécution de la volonté royale, un sir Henry Gates, persuadé que l'on était que ce choix lui serait agréable (2). Cet acte de royal vandalisme fut aussitôt commencé ; on s'empressa d'enlever le toit de la noble balle, mais les murs en restèrent debout. Depuis lors, les appartements habitables de ce palais ont été considérablement réduits et quelques offices ont été démolis. Malgré ces déplorables vicissitudes , l'édifice offre encore aujourd'hui une apparence de grandeur et de vénérabililé que rehausse singulièrement sa ressemblance extérieure avec les anciens châteaux forts de la féodalité.

1V°. 55. Pla.nche I. — Ancienne h/ille du palais.

Fig. 1 . C'est l'élévation de la façade nord donnant sur la cour. Elle est assez bien conservée, sauf le porche, (pie l'on a démoli il y a quelques années seulement.

(1) Mémorial ecclésiastique de Strypc , tome II, page 271.

(2) Ibidem, pages 272-273. Cet Henry Gates ou Yates était gentilhomme de la chambre privée d'Edouard VI. Son frère John , qui devint plus tard vice-chambellan el capitaine des gardes d'Edouard VI , avait commencé par être valet de chambre d'Henry VllI. Il acquit une grande fortune , grâce aux donations qui lui furent faites avec les dépouilles de l'évêché de Winchester et d'autres établissements ecclésiastiques. Enveloppé dans le complot tramé par son patron le duc de Norlhumberland pour mettre Jeanne Grey sur le trône, il partagea son sort el fut décapité avec lui, le 22 août lo55. Son frère Henry était compris dans le même arrêt de condamnation, mais son exécution fut différée. L'évèque Godwin attribue la ruine de la halle de Wells à John Gates, tandis que sir John Harrington en accuse le docteur Barlow, par la raison que ce fut de son temps qu'eurent lieu le pillage et la destruction des églises de Bath et de Wells. ( Voir la Biographie des Évt'ques, par Godwin, el les Nugœ Anliquœ, par sir John Harrington.)

(-e porclie t'inil voùlé et surmoiiié d'iuic cliiimbic ;i Icliigc , et son coiiroiiiRiiicni crcnelé i-ltiit picstiu'iiussi élevé que eeliii de la Inille même ( 1 ). Des trois fenêtres situées à l;i droite de la [lorte . eelle supérieure éelairait une eliambre attenant à l'extréniilé oeeiiienlalc de la grande salle . tandis que les deux petites haies inférieuredonnaient jour à un ûllicc ; quant à la petiic porte (|ue l'on voit entre ces fenêtres et le porciie , clic menait à l'étage de ce dernier.

La figure 2 représente la façade de l'aile du couchant ; la fenêtre supérieure correspondait à la cfiambrc désignée ci dessus et la porte donnait accès à la cuisine et au\ autres offices culinaires.

La figure 3 est le plan de la cage de i'édilîce ; comme il ne reste plus de traces de la colonnade qui soutenait autrefois les eomhles , on n'a pu l'indicpier sur ce plan. William de A\'orcestcr , qui a visité cette halle alors qu'elle était encore dans son état primitif, affirme qu'elle se composait, dans le sens longitudinal, d'une névc et de deux has-côtés dont les arches reposaient sur deux rangs de colonnes ( 2 ), tlis|)()silion dont on a d'ailleurs d'autres exemples et qui semble avoir été celle habituellement en usage dans la construction des lialles de grandes dimensions jusqu'au XVI" siècle, c'est-à-dire jusqu'à l'époque où les colonnes de soutien devinrent inutiles par suite de l'invention des grands combles ar(]ués en charpente. Dans le sens de sa longueur, la halle ici représentée était divisée en cinq travées . éclairées chacune par une fenêtre de chaque côté , sauf la travée correspondant à la porte. Le mur du bas bout comportait trois portes qui menaient . à travers un passage situé sous le plancheide la grande chambre déjà mentionnée , à la cuisine . à la laiterie , à la paneterie et à d'autres offices maintenant démolis ( 3 ). La tourelle de l'angle nord-est

( 1 ) Voir l'estampe publiée en 1735 jar S cl N Buck. C'est un Ion intéressant travail, malgré les quelques fautes de perspective dont il est entaché. Le porche , resté jusque-là intact , était encore couvert en plomb ; et la halle , quoique privée de sa charpente et de son toit , avait sa carcasse encore entière.

( 2 ) « Mémorandum quod aula episcopalus Wellensis conlinet per estimacionera circa 80 ijressus » super navem et duos clas. Lalitudo ejus conlinet circa 46 grcssus. Et habet pulchrum porlicum » archuatum cum voilà. » Uin. W. de W'orcestrc , page 284. Cet ouvrage fui publié en 1478.

(3 ) La halle du palais épiscopal de Lincoln (ut construite un siècle environ avant celle de Wells Le plan en est le même , mais elle était moins longue de 30 pieds. La partie centrale du plafond était supportée de chaque côté par deux lignes de quatre arcades ogivales. Exactement comme à la

(le la lialle esl coiitiguë à la chapelle , qui est un curieux et intéressant petit édifice iictuellenient encore intact. Les parties du plan qui ne sont que légèrement teintées désignent ce qui a été démoli et n'existe plus actuellement.

N°. 54. Planche II. — Élévation, coupe et détails d'une travée de la halle.

Ainsi qu'on en peut juger par cette planche, les fenêtres de cette salle sont un excellent type du style en vogue au temps d'Edouard I , alors que la lancette simple qui caractérise la cathédrale de Salisbury fut remplacée par le genre de fenêtres plus compliquées et plus ornementées que l'on voit à l'abbaye de Westminster. Les courbes de leur réseau sont simples, pures et de formes agréables; et les moulures ainsi que les colonneltes qui en décorent l'élévation intérieure se distinguent par leur grande élégance.

IV°. 53. Planche III. — Élévation , coupe et détails de la tourelle angulaire sud-ouest.

Le cabinet d'aisance qui forme le premier étage de cette tourelle communiquaii avec la chambre située à l'extrémité occidentale de la halle. Il est couvert d'une jolie voûte à nervures; et c'est au centre de son pavement que se trouve le cloaque. Au-dessus de ce cabinet on voit la cage d'un escalier qui conduit du comble de la halle à la plate-forme en pierre qui couronne la tourelle. L'ouverture pratiquée dans celle plaie-forme ne comporte que tout juste le passage d'un homme.

N». 36. Planche IV. — Détails de la même tourelle.

Ces détails sont suffisamment désignés par la légende. Nous remarquerons en passant que les quatre tourelles qui cantonnent la halle, et qui sont toutes pareilles à l'extérieur, se trouvent acluellement encore dans un état parfait de conservation; mais l'une d'elles est maintenant isolée de l'édifice , ce qui provient de ce que , pour donnei'

halle de Wells , il se trouvail au bas bout une grande chambre au-dessous de laquelle un passage menant aux offices ; et le porche , situé de la même façon , dlail aussi surmonté d'une chambre. A Lincoln, le comble de la halle se continuait dans la grande chambre conliguë , tandis qu'à Wells cette chambre était couverte d'une plate-forme avec gouttière à l'extrémité occidentale de l'édifice. 11 nous parait certain que le comble de la halle se terminait de part et d'autre par un gable.

un aspect plus piltorcsquc à ces nobles ruines du cote du jardin atlcnniil , on n loin récemment eu le triste courage de démolir l'extrémité orientale et une partie du cùic sud de l'admirable cage de cette balle que le temps avait respectée.

.V. 57. Pl.\m;iie \'. — Klévalions extérieure cl intérieure, coupe, plan et détails d une fenêtre géminée de la grande galerie du palais.

Celle galerie est située à l'étage supérieur du corps de logis qui occupe rcxlréniité orientale de la cour. Ce bàlimcnt parait être d'une époque antérieure à celle de la balle ( 1 ). Les fenêtres qui éclairent la galerie sont toutes comme celle ici reproduite. Elles sont d'une grande simplicité à l'extérieur, car elles ne se composent que de trois ouvertures à arêtes ebanfreinécs ; mais leur élévation intérieure comporte une embrasure ornementée d'une fort jolie composition, et qui, suivant toute apparence , contenait autrefois un banc en pierre — appendice ordinaire dans les anciennes fenêtres de ce genre. Les détails décoratifs de cette galerie sont d'une grande pureté, et nous les considérons comme de beaux types du style en vogue vers le milieu du XIII° siècle.

ÎV. 08. Planche VI. — Élévation, plan et coupe d'une cheminée de salon.

Cet élégant manteau de clieminée , bien qu'il appartienne évidemment au slykarchi-flcuri de la toute dernière période gothique , est cependant exempt de tout mélange avec le système ornemental à l'italienne qui fut importé en Angleterre sous le règne d'Henry VUL II est probable que cette cheminée date du temps de l'évèque Olivier King, qui occupa !e siège de Bath et de Wells de 1496 à loOô. C'est lui (jui fit reconstruire dans un style magnifique l'église abbatiale de Bath, belle œuvre que la mort ne lui laissa pas le temps d'achever. Les dessins courants , composés de feuillages et fruits, qui sont sculptés sur la corniche et sur la bordure arquée du chambranle sont d'une grande richesse ; et les piliers octogones engagés dans le jambage produisent assurément un três-bcl effet.

( 1 ) Il y a au rez-de-chaussée du palais une grande chambre qui date du même temps que celte galerie. Son plafond est une double voûte que supporte une rang(îe cenlrale de colonnes. L'évèque actuel a restauré celle pièce pour en faire un cabinet de minéralogie et de curiosiiés archéologiques . au nombre desquelles figure un ancien ameublement qui provient de l'abbaye de Glaslcnbury.

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