PALAIS ÉPISCOPAL DE WELLS
i\ous allons ninintenant emprunter à ce palais un type d'un genre tout |»articulier : c'est un pavillon situé dans les jardins et servant à la conduite des eaux pluviales. On en attribue la construction à l'évèque Beckington, d'abord, parce que le style de ce petit édifice correspond à celui de l'époque où vivait ce prélat ; ensuite , parce que, suivant ^^miam de Worcester, c'est Beckington qui fit établir non-seulement les constructions hydrauliques du palais de Wells, mais encore le bel aqueduc qui existe encore sur la place du marché de cette ville.
JV". S9. Planche I. — Élévation et coupe du pavillon aqueduc.
On voit que , à l'extérieur , la cage de ce pavillon est un quadrangle buté par quatre contreforts construits dans le prolongement des diagonales, tandis que l'intérieur est une pièce circulaire au milieu de laquelle se trouve une citerne. La couverture est une voûte en coupole revêtue extérieurement d'une pyramide dont le sommet . orné d'un pédicule crénelé , soutient une figure de lion.
IN°. GO. Planche II. — Détails du même édifice.
Des deux demi-plans ici reproduits, l'un montre la base et l'autre le sommet du pavillon. Toutes les moulures en sont correctes et jolies; elles méritent d'être prises pour modèles là où la simplicité est requise dans l'ornementation.
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AIUÎAVK DE (;LASTOM)lin, COMTÉ DE SOMERSET.
Uc longs siècles tlunint. eollo uUh.yv lut Ni-ncire comme écmt, sinon le plu> icn . (lu moins l'un .les premiers émblissemcnts fondés pnr le cinislianisme sur le sol de rAngictcrre. Son origine se perd dnns la nuit des temps , et tant de légendes Inniastiques sont mêlées aux premières périodes de son histoire , que l'on ne peut en lin r aucune déduction certaine. A raison même de son ancienneté, il n'est pas douteux que ce ne fut d'abord qu'une pauvre fondation de peu d'étendue ; et , suivant de très-anciennes chroniques. la chapelle primitive était une simple chaumière composée de branchages entrelacés (1), auprès de laquelle quelques âmes pieuses s'étaient construit un abri solitaire, car Glastonbury formait alors une espèce d'ilot enlouré de marais et de hallicrs. Quoiqu'il en soit de cette question d'origine, il est de fait que ce simple ermitage fut transformé . dans la suite des temps , en l'un des plus grands et importants monastères de toute la chrétienté. Ina , roi des Saxons occidentaux , fut pendant longtemps considéré comme fondateur de l'abbaye, sans doute à cause des riches dotations qu'il lui avait faites ; mais il est maintenant prouvé qu'il existait en cet endroit , longtemps avant le règne de ce pieux cl vaillant prince , une église el une communauté religieuse (2). On voit en effet, dans une charte portant la date de 601 . la qualification d'ancienne église appliquée à celle de Glastonbury; et l'on sait, d'autre part, que le roi Ina mourut à Rome, en 728, dans un monastère où il s'était retiré dans sa vieillesse (3).
(, 1 ) Dans le tome I de son Histoire des Conciles de l'Église d'Angleterre , publiée en 1C29 sir Henry Spelman a donné une image idéale de cet oratoire primitif, ainsi que la copie d'une plaque en bronze autrefois scellée sur une colonne de l'église abbatiale de Glastonbury et sur laquelle était gravée une légende ailr buant à Joseph d'Arimalhée el à douze de ses disciples la fondation de cette église, en l'an 31 de Noire-Seigneur. Spelman remarque avec raison que, suivant toute probabilité, Ketle inscription ne remontait pas au-delà du règne d'Edouard III , époque à laquelle l'abbé Jlonsinglon agrandit beaucoup l'établisseraenl . et qu'elle n'étaii sans doute aussi que la reproduction d'une ancienne chronique.
( 2 ) Ibidem tome 1 , page 20.
(3) Ina, qui avait succédé à son cousin Ceodwalla en 689, fut un des princes les plus sages et les plus grands de son temps. On possède encore les lois qui ont illustré son règne. ( Voir Spelman, VVilkins, etc.)
A parlir de celte éinKiue , l'iibbaye de Gltistonbury continua à prospérer jus(|u':i rinvasion des Danois , (lui In saccagèrent et la démolirent en 873. Au commencement du X" siècle, les rois Edmond et Edgar la firent réédifier, et c'est alors que le télèbrc abbé saint Dunstan y introduisit les règles de la discipline monastique.
Lorsqu'llenry VIII supprima les couvents, celui de Glastonbury fut traité, par les agents de ce prince , avec une violence et une cruauté bien dignes du caractère de leur maître. Ricliard Wliiting, qui en était l'abbé et qui le gouvernait depuis longues années avec toute la sagesse et la prudence possibles, ne trouva nulle merci auprès du tyran , malgré son grand âge , ses vertus et sa parfaite probité. Le couvent avait de grandes ricbesses, et c'était là son crime, bien que ses revenus fussent dépensés en bonnes œuvres. On reprocbait à l'abbé son grand train de maison, mais c'était dans les mœurs du temps. Pour couvrir ses exactions du voile d'une hypocrite légalité . Henry avait jugé à propos de prescrire de ne procéder , hors les cas de félonie ou de trahison , à la destruction des communautés religieuses qu'après que leurs chefs spirituels y eussent donné leur consentement. Or , le vénérable \Miiling s'étant éncrgiqucment refusé à donner le sien, il fallut bien, pour vaincre sa résistance, inventer quelque crime à sa charge, et c'est ce que s'empressèrent de faire les infâmes agents, appelés visiteurs , dont nous avons eu l'occasion de parler dans l'une de nos notices précédentes. Whiling fut donc arrêté en son manoir de Sharplam, près Glastonbury. et emmené prisonnier à la Tour de Londres, où il eut à subir un interrogatoire paidevant les suppôts de ce Thomas Cromwell , qui était à la fois vicaire-général du roi en matières spirituelles , premier ministre et le plus fougueux , le plus impitoyable promoteur de la ruine des établissements religieux ( 1 ). Le vénérable abbé fut bientôt mis en liberté avec injonction de rejoindre son couvent et d'y attendre les ordres du roi; mais, à peine arrivé à Wells , il fut cité pour comparaître en justice et y être jugé,
( 1 ) Dans le recueil de leUres |)ublic par EUis , d'après des manuscrits autograplics cl sous le litre de Original Letlers , il se trouve plusieurs extraits du m(imorandum ou agenda que Thomas Cromwell tenait lui-même de ses propres faits et pensées , lesquels extraits suffisent à prouver la profonde immoralité et la cruauté de ce personnage. Mais , heureusement pour la moralité de l'histoire, ses crimes ne restèrent pas impunis, car il avait à peine achevé son œuvre de destruction, ([u'il fut à son tour accusé de haute trahison et d'hérésie, et décapité, sans nulle forme de procès, le 20 juillet lo40 , c'eslà-dire trois mois environ après son élévation à la dignité de comte d'Essex.
Miiv;uil 1,1 loi , «lu ilirf (lo haiilc Iriiliisoii ol de vol : ses pcrscculcurs raccusaient , cil cITel , d'avoir dciol)é do la vaisselle de son église et d'avoir caciié dans sa demeure lin livre que les visiteurs y avaiciil dceouvert cl qui était une critique du divorce du roi {\ ). Malgré la laiisseté et la niaiserie de ces aeensations . le digne vieillard n'en lui pas moins condannié à la peine des traîtres (^2).
Arirlé dés le lendemain au milieu de son couvent, on ne lui accorda niènie pas. l,ien (lu'il la demandât en versant des larmes, la faveur de dire un dernier adieu à ses frères; on le jeta ignoininieusement sur une claie, et c'est ainsi qu'on le iraina à Torr-liill, où il fut pendu et écarlelé en compagnie des deux moines Roger Jacob et Jolin Tliorne, condamnés au même supplice comme complices de leur abbé (3). Aussitôt après celle triple cxéculion , les oITicicrs du roi saisirent l'abbaye et en cliassèrenl les moines (4).
Les bàlimcnls du monastère avaient été successivement fondés par plusieurs abbés; ils formaient, à l'époque de la suppression, un ensemble plein de grandeur et de niagni(iccnce : peu de catbédralcs élaienl comparables à la splendidc église de celte
(1) voir, à ce sujet, dans Vllistoire de la Réformalion , par Burnel, lome III, 2'. partie, page 211 édilion d'Oxford 182», la lettre de dénonciation adressée par les visiteurs au lord-garde du sceau privé.
r^) L-alroce formule de la condamnation à morl du chef de haute trahison se trouve reproduiie dans 1-anicle déjà cité du GenlUman's Maga.ine (mois de mars 1854, page 2G8), sur le jugement et l'exécution d'Edouard duc de Buckingham en lb-21. Il n'y a pas longtemps ,ue ce monument de barbarie a disparu de l'arsenal de nos lois criminelles, bien que l'application en fût tombéo en désuétude depuis de longues années.
(3) Les abbés de Reading et de Colchesler éprouvèrent le même sort que celui de Glastonbury , et pour ,es mêmes motifs que ce dernier. C'est à tort que Collier et Willis prétendent qu'ils furent condamnés pour avoir refusé de reconnaître la suprématie religieuse du roi , car s'ils l'avaient réellement refusé , leur supplice aurait assurément eu lieu quatre ans plus tôt. On trouve dans le recueil déjà cité d'Ellis (tome II , pa.e98), le rapport suivant que lord John Russell adressa au ministre Cromwell le jour même de l'exécution du vénérable Whiting : « Milord , vous saurez par la présente que l'abbé de Glastonbury a été „ condamné , comme voleur de son église , le mercredi 14™ jour de ce mois, et exécuté aujourd'hui avec „ deux moines , ses complices , à Torr-hiU , près la ville de Glastonbury. Le corps du dit abbé a été „ écartelé et coupé en quatre parties, dont une pour Wells , une pour Bath , une pour Ylchester et une „ pour Bridgewater. Quant à sa tête , elle a été f.xée au-dessus de la porte de l'abbaye de Glastonbury. »
(4) Les terrains de l'abbaye furent donnés, d'abord, à Edouard duc de Somerset par Edouard M, ensuite , à sir Pierre Carew par Elisabeth.
abbaye; les cloîtres et les corps de logis avaient été construits sur une vaste échelle en rapport avec le nombre des moines , des gens de service , ainsi que des visiteurs et pèlerins qui y recevaient l'iiospitalité ( 1 ). Tous ces bâtiments ont maintenant presque totnlomcnt disparu. Il ne reste plus debout que quelques fragments détachés (le l'église, notamment la chapelle de St. -Joseph, dont les murs sont presqu'intaets (2V Le vaste hôtel de l'abbé ne fut démoli qu'en 1714 (5); enfin, pour tirer parti de tous les matériaux de quelque valeur , les débris de ce noble monument religieux de nos pères ont été tellement fouillés et émietlés que la cuisine dont nous allons nous occuper est l'unique pièce qui en soit encore debout.
1\°. 01. Planche I. — Plan de la Cuisine de l'Abbé.
Quoi(iue cette construction remarquable soit généralement connue sous le nom de Cuisine de l'Abbé , il est cependant vraisemblable qu'elle était à l'usage de toute la communauté. On en a attribué la fondation à l'abbé Whiting , en s'appuyant sur une anecdote que voici. Le roi lui reprochant un jour sa gloutonnerie et ses banquets somptueux , et l'ayant menacé , en raillant , de faire brûler sa cuisine , l'abbé lui répondit avec fierté qu'd en ferait alors bàlir une telle , que tout le bois des forêts royales ne suffirait pas pour l'incendier. Mais c'est là un conte imaginé à plaisir et qui s'accorde aussi peu avec le caractère d'Henry VIII qu'avec celui de Whiting , sans compter, d'ailleurs, qu'il suffit d'avoir vu l'édilice dont il s'agit, pour être convaincu (juc son style architcctonique est antérieur de plus d'un siècle au temps où vivaient les deux personnages ainsi mis en scène. Quant à nous ; nous croyons que le véritable fondateur de la Cuisine de l'Abbé fut Jean Chinnock , et cela parce qu'il fut abbé de
( 1 ) On y comptaii 5U0 tlomesliques , et, à l'occasion de certaines fêles religieuses, oOO (îirangers y recevaient à la fois rhospitalité.
(2) Cette chapelle est un très-curieux spécimen de l'archileclure mixte qui marcjuj la transition du plein cintre à l'ogive. (Voir les Antiquités architecturales de ïinUo'n , lomcl\;\'A ne ic une Architecture de l'Angleterre , par Carter; le tome IV des Vetusta Monumenta ; les Antiquités de Grose , etc. )
(3) Il existe des estampes représentant cet hôtel dans Vltinerarium cur.o^um de Stukely et dans les neu's in the Monasticon de Hollar. On croit qu'il avait été fondé par l'abbé Beerc, prédécesseur immédiat de l'infortuné Whiting.
(;i;i>l()nl)un pciuliiiit /p(; ans. ;i partir do 1Ô74, et que c'est lui (|iii (Il iicoiisiruirc les cloiliTs et |ilusicurs autres parties tlii couvent . dont (|uc!(iucs-urics avaient été laissées inaelicvées |)ar ses prédécesseurs.
Le grand plan ipii figure sur celte planche se compose de deux demi-coupes liorizonlalcs prises à deux hauteurs différentes de l'élévation. .Mesurée par terre cl dans œuvre, la cuisine est un carré de 53 pieds G pouces de coté; elle a deux portes opposées l'une à l'autre, chacune d'elles surmontée d'une petite fenêtre rectangulaire: et au centre de chacun des deux autres murs se trouve une jolie fenêtre ogivale, ainsi qu'on le verra à la planche suivante. Aux quatre angles de la pièce s'élèvent des cheminées à manteaux de forme ogivale, d'où il résulte que, à partir des àlres , la cage intérieure de la cuisine affecte la forme d'un octogone. Chacune de ces cheminées était autrefois surmontée d'une souche, mais toutes quatre ont été démolies. Les contreforts ont cela de particulier que leurs bases sont arrondies à la |)artie antérieure : ainsi que tendent à le prouver les traces que l'on en remarque encore sur les murs extérieurs , cette disposition était motivée par l'appentis ou auvent dont l'édifice était entouré, et qui avait sans doute pour but d'établir des communications couvertes entre la cuisine et les bâtiments d'habitation ou bien encore d'abritci' contre la pluie les pauvres gens qui venaient y recevoir leur pitance.
>'°. 62. Planche II. — Élévation de la focade du couchant.
Sauf le couronnement crénelé et les souches angulaires des cheminées qui n'existent plus , l'élévation extérieure de la cuisine est encore intacte et en très-bon état de conservation. Il est probable que ces souches s'élevaient à peu prés jusqu'à hauteur
de la base du lantcrnon.
IV°. 65. Planche III. — Coupes de l'édifice.
La demi-coupe marquée n°. 1 est prise suivant l'axe A A tracé sur le plan de la planche I , tandis que celle n°. 2 l'est suivant l'axe BB.
Le plafond est une voûte en coupole dont les nervures , partant des angles de la base octogone , vont se rattacher par leur sommet à la base circulaire de l'enveloppe interne et cylindrique du lantcrnon ; et , comme celle extérieure est octogonale , il résulte de là une double cheminée d'appel dont la base , toute à claire-voie , permet
le libre dégagemeiU des vapeurs , de la fumée el de l'air échauffé de la cuisine. Le dispositif de ce lanternon est extrêmement ingénieux : il est léger, gracieux et surtout solide, ainsi que le prouve son état actuel de parfaite conservation après tantôt quatre siècles et demi d'existence.
IV°. 64. Planche IV. — Détails divers.
Nous donnons ici un compartiment de l'une des faces extérieures du lanternon , ainsi que les profils des principales moulures de l'édifice entier. On a dû remarquer à la planche I deux projections horizontales du lanternon.