‹ Types populaires créés par les grands écrivains: Don Quichotte et SanchoChapitre 33 sur 34 · GAVROCHE CONDUIT D ABORD LES ENFANTS CHEZ LE BOULANGER · texte numérisé non relu

GAVROCHE CONDUIT D ABORD LES ENFANTS CHEZ LE BOULANGER

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ment. Les débris tombés de son dos sur son ventre en avaient comblé la concavité, de sorte qu'on pouvait y marcher comme sur un plancher.

Le plus petit se rencogna contre son frère et dit à demi-voix :

« C'est noir.

— Bèta, répondit paternellement Gavroche, c'est dehors que c'est noir. Dehors il pleut, ici il ne pleut pas; dehors il fait froid, ici il n'y a pas une miette de vent; dehors il y a des tas de monde, ici il n'y a personne. Vite! au lit! »

Le lit de Gavroche se composait d'une natte de paille et d'une couverture de grosse laine grise fort chaude ; un treillage de fil de laiton maintenu par un cordon de grosses pierres l'entourait à la'façon d'une cage et tenait lieu de rideaux.

« Mômes, à quatre pattes! » dit Gavroche.

Et il les fit entrer avec précaution dans la cage, y entra après eux, en rampant, rapprocha les pierres et referma hermétiquement l'ouverture.

« Monsieur, demanda l'aîné des deux enfants en montrant le grillage, qu'est-ce que c'est donc que ça ?

— Ça, dit Gavroche gravement, c'est pour les rats. Dormez! »

Cependant il se crut obligé d'ajouter quelques paroles pour l'instruction de ces êtres en bas âge et il continua :

« C'est des choses du Jardin des Plantes. Ça sert aux animaux féroces. Il y en a plein un magasin. Il n'y a qu'à monter par-dessus un mur, qu'à grimper par une fenêtre et qu'à passer sous une porte. On en a tant qu'on veut. »

Tout en parlant, il enveloppait d'un pan de la couverture le tout petit qui murmura :

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« Oh ! c'est bon ! c'est chaud ! »

Gavroche fixa un œil satisfait sur la couverture.

« C'est encore du Jardin des Plantes, dit-il. J'ai pris cela aux singes. »

Les deux enfants considéraient avec un respect craintif et stupéfait cet être intrépide et inventif, vagabond comme eux, isolé comme eux, chétif comme eux, et qui avait quelque chose d'admirable et de tout-puissant.

«Dormez! » répéta-t-il.

Et il souffla le lumignon.

A peine la lumière était-elle éteinte qu'un tremblement singulier commença à ébranler le treillage sous lequel les trois enfants étaient couchés. C'était une multitude de frottements sourds qui rendaient un son métallique, comme si des griff'es et des dents grinçaient sur le fil de cuivre.

« Qu'est-ce que c'est donc, ça? demanda le petit garçon glacé d'épouvante.

— C'est les rats, » répondit Gavroche.

Les rats, en effet, qui pullulaient par milliers dans la carcasse de l'éléphant, « sentant la chair fraîche », s'étaient rués en foule sur la tente, avaient grimpé au sommet et en mordaient les mailles.

« Qu'est-ce que c'est donc que les rats? demanda le petit.

— C'est des souris. »

Cette explication rassura un peu l'enfant qui avait vu. des souris blanches.

« Pourquoi n'avez-vous pas de chat? demanda-t-il.

— J'en ai eu un, répondit Gavroche, j'en ai apporté un, mais ils me l'ont mangé. »

Cette seconde explication défit l'œuvre de la première et le petit recommença à trembler.

Gavroche.

(( Monsieur, est-ce quelles nous mangeraient, ces souris-là? dit-il.

— Pardi! fit Gavroche; mais n'aie pas peur, ajoutat-il, ils ne peuvent pas entrer. Et puis, je suis

là! Tiens, prends ni:i main. Tais-loi et dors! jï

Gavroche en même temps prit la mnin du petit par-dessus son irère , qui dormait depuis longtemps, et bientôt

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