‹ Types populaires créés par les grands écrivains: Don Quichotte et SanchoChapitre 7 sur 34 · TARTARIN A LA CHASSE AUX CASQUETTES · texte numérisé non relu

TARTARIN A LA CHASSE AUX CASQUETTES

20 Types créés par les Grands Ecrwains,

vulgaire hâbleur aimant à se vanter, à se surfaire, enflant la voix, exagérant la phrase et le geste ? Il y a de cela, mais avec un singulier mélange de bonne foi et de candeur., En réalité, il y a deux natures très distinctes en lui. Il a Tâme de don Quichotte, la même folie du romanesque et du grandiose, mais

TARTARIN LISANT LES RÉCITS d'aVENTURES.

cette âme est enfermée « dans un brave homme de corps très gras, très lourd, très sensuel, très douillet, très geigneux, plein d'appétits bourgeois, le corps ventru et court sur pattes de l'immortel Sancho Pança ». Aussi, quand Tartarin-Quichotte s'exaltant aux récits d'aventures criait : « Je pars » ! Tartarin- Sancho, ne pensant qu'aux rhumatismes, disait : « Je reste. » — « Couvre-toi de gloire! reprenait Tar-

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TARTARIN RECONNAISSANT QUE LE LION Qu'iL A TUÉ n'eST Qu'uN BOURRIQUOT.

Tar tarin. 28

tarin-Quichotte. — Couvre-toi de flanelle », répondait Tartarin-Sancho.

Et pourtant, Tartarin partit.

Un jour le bruit se répandit dans Tarascon que le grand homme allait passer en Afrique pour combattre les lions de TAtlas. Toute la ville s'émerveilla et, grisé par les compliments admiratifs, le malheureux Tartarin, qui n'avait jamais pensé à partir, confirma la nouvelle. Dès lors, la vie de Tartatin-Sancho fut un enfer; le soir, seul à la maison, il se voyait déjà déchiqueté par les lions, englouti dans les sables du désert, en proie à la fièvre chaude, aux rhumatismes et à la dysenterie. Et de gémir! Mais, en revanche, que Tartarin-Quichotte était beau dans les salons de Tarascon, quand, le coude sur la nappe, le nez dans son moka, il racontait d'une voix émue tous les dangers qui l'attendaient là-bas. « Il disait les longs affiits sans lune, les marais pestilentiels, les rivières empoisonnées par la feuille du laurier-rose, les neiges, les soleils ardents, les scorpions, les pluies de sauterelles... Puis, s'exaltant à son propre récit, il se levait de table, bondissait au milieu de la salle à manger, imitant le cri du lion, le bruit d'une carabine, pan! pan! le sifflement d'une balle explosible, pff*t! pff't! gesticulait, rugissait, renversait les chaises... Autour de la table, tout le monde était pâle. Les hommes se regardaient en hochant la tête, les dames fermaient les yeux avec de petits cris d'eff*roi, les vieilFards brandissaient leurs longues cannes belliqueusement, et, dans la chambre à côté, les petits garçonnets qu'on couche de bonne heure, éveillés en sursaut par les rugissements et les coups de

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feu, avaient grand'peur et demandaient de la lumière. »

En attendant, Tartarin ne partait pas.

Ses admirateurs finirent par s'en apercevoir; on commença à murmurer et bientôt la faveur populaire se détacha du héros. Il sentit que Tarascon lui glissait dans les mains et, la mort dans Tâme, il partit. Il partit par le train de Marseille au milieu d'acclamations délirantes.

A Marseille, il s'embarqua pour Alger; il souffrit horriblement du mal de mer; mais, aussitôt débarqué, tout son courage lui revint, et dès la nuit suivante il s'en fut à l'affût du lion en dehors des faubourgs d'Alger. Tartarin ne doutait pas que le désert, domaine des grands lions, ne commençât aux portes de la ville! Intrépidement, il s'embusqua dans un désert hérissé de plantes bizarres. Un fusil devant lui, un autre dans les mains, il mit un genou en terre et attendit... Bientôt il vit deux grands yeux luire dans l'ombre... En joue! feu! pan! pan! Et la bête s'écroula...

Au lever du jour, le tueur de lions, stupéfait, se frotta les yeux. Lui qui se croyait en plein désert, il était dans un plant d'artichaut, et lé lion qu'il avait foudroyé n'était autre qu'un âne, un de ces tout petits ânes qu'on appelle là-bas des bourriquots!

Fuyant le théâtre de ce fâcheux exploit, Tartarin s'enfonça dans le sud et, après de longues recherches, il finit par tuer un vrai lion, un lion apprivoisé, un pauvre lion aveugle dont on lui fit payer la peau chèrement. Qu'importe! Cette peau expédiée à Tarascon y excita un vif enthousiasme. A son retour, le héros fut porté en triomphe et les récits d'aven-

Tar tarin.

tures qu'il broda par la suite sous Tinfluence du soleil tarasconnais, de ce beau soleil qui fait mentir ingénument, ne rencontrèrent nul incrédule.

En Tartarin, Alphonse Daudet a personnifié cette outrance dans Fexagération particulière à bon nombre de Français du Midi et dont on fait communément le propre du Marseillais.

Taktaff.

Falstaff est un personnage comique d'une comédie de Shakespeare, Henri IV.

Pilier de cabaret, joueur effréné, à l'occasion escroc et voleur sans scrupule, sir John Falstaff passe le meilleur de son temps accoudé parmi les brocs de la taverne ou vautré sous les tables.

Et cependant il est chevalier, homme de cour et grand ami du prince de Galles; « mais, dit-il, Adam, dans l'état d'innocence, tomba; que pouvait faire le pauvre John Falstaff dans ce siècle de perversité?... Plût à Dieu que je susse où acheter une provision de bonne renommée! » Ses amis le nomment communément sir John Sac-à-vin-sucré, sir Jean de la Panse, Mauvaisfoie-gras ou Pain-de-suif-graisseux. 11 a, en effet, le ventre énorme, les yeux rougis, la trogne enflammée.

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