‹ Typhonia. Avec la règle esthétique du second Salon de la Rose CroixChapitre 13 sur 73 · L’INCANTATION DE LA FÉE · texte numérisé non relu

L’INCANTATION DE LA FÉE

Dans l'âme informe de V enfant , tu entres après Dieu , rivale de l'ange gardien ou du diable ; les nourrices t'évoquent pour endormir ou corriger , Titania ou Sycorax ; figure initiale du Destin dextre ou senestre, Providence profane , ô païenne survie , premier symbole à l'aube de l'esprit , emblème auprès de tout berceau, bonne ou mauvaise , o Fée.

Sous la tente de peaux vers le pôle , scms les lambris des cours , om pai/s f/es dattiers et au pays du thé, tu présides partout à l'éveil de l'àme , nome ou péri, Nie neveu ou Abonde.

Enchanteresse ou nymphe, tu fus la Dame des êtres instinctifs , et les Platoniciens ne purent que hausser ton image, Morgane ou Viviane , élèves de Merlin , sortes de Diotime, et vous Mèlusine et Alcine , aïeules de la, Béatrice, ô Fées.

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Reine de l’invisible , passante de la nuit , c’es£ /oi gm rôdes , en forme long voilée , sur /es mornes étangs.

Le vent qui se lamente dans les grands corridors , n est-ce pas ta complainte, comme le lunaire rayon nous paraît ton sourire. Daimone , lu as résisté à V exorcisme . Par toi le paganisme encore survit chez le chrétien , être qui n’est pas l’ange et qui n’est pas la femme , diablesse, ô Kere , o Fee.

L’enfant grandit; ton image s augmente des traits de son désir ; tu donnais les jouets , /w donneras peut-être le bonheur.

Une insomnie a-t-elle révélé Vèphèbe à lui-même , ou bien seul et comme perdu dans la forêt qui rêve, s'est-il senti faiblir d'une peine confuse et délicieuse. Le rayon de la lune a-t-il pâmé son cœur d’une angoisse qu’il ignore amoureuse ; pour l’âme poétique au premier trouble, la Femme , o Fée, c’est toi.

Le premier mouvement de l’amour va vers toi , l'invisible charmante . Tes mains f aux doigts fuselés, sont plus que belles, puissantes. Oh ! ces mains protectrices devenant caressantes et cueillir le baiser aux lèvres qui conseillent ; passionner la sagesse , sans la faire cesser ;

étreindre , réunies , Athéné, Aphrodite, et joindre ainsi la fortune au plaisir , le sceptre au baiser, ô rêve de tous les rêves , b Fée.

Mais tu ne parais pas, la chair , la vie commandent. On obéit) pourtant tu restes le poème caché de Vâme.

En vain , la maîtresse et V épouse s' efforceront, vives dans la passion , dans le devoir austère , règne continue sur Vâme, dès le berceau conquise ; et Don Juan lui-même, à travers mille cœurs émus, sur mille corps offerts , te cherchait seule , Femme au-dessus de la femme , ô Fée!

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Oh! ce serait si doux, de s'abdiquer devant un être tendre et fort, d'être guidé étant charmé et d'obéir dans une extase ! S' abandonner ainsi sans remords , sans réserve , sur le sein consolant d'un être très subtil! « Je voudrais être fée, » parole coutumière de l'amante à l'amant , et qui révèle , pour suprême destin , la féerie, c'est-à-dire, parfois, de jouer sur la terre le rôle de justice et de bonté, sous la forme charmante, ô Fée !

L'amante , Yseult ou Brunehilde, se livre corps et âme; mais la vie vient, terrible, cl couche dans la mort le

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couple qui la défia. Toi , Fée, tu portes la victoire , et le don de toi-même est le moindre de tes bienfaits ; du bouclier de la Walkyrie tu couvres ton Siegmund , et ta baguette frappe des coups aussi sûrs que Northung , tutélaire beauté , femme par la tendresse , par /e pouvoir , déesse 3 6 Fée !

Le baiser n'est quun nom du bonheur et une forme du désir ; le bonheur ou se varie ou cesse , et nul désir ne vaut qui ne naît pas du Ciel.

Dieu a voulu , à l'instar des églises, les grands chefsd'œuvre dispersés. Oh! pauvres yeux , ceux qui se fermeront sans avoir vu Saint-Pierre et V Alhambr a , le Par tliènon et la Sixtine , e£ Cologne et Cordoue , £e JJ/osé e/ /a chasse d'Ursule ; pour aller à ces Mecques , faut du

viatique et le cheval ailé fortune , Fée pèrégrine , o Fée/

Fs-£u blonde ou brune? Nul n'a jamais précisé ton charme; tu es celle qui réalise tout . Que tu paraisses , .4/£esse ou /i//e de Yankee , V envie se tait et la calomnie cesse ; du bout de ta baguette , tu chasses la misère : la santé elle-même obéit à ton sourire : tu es Dame richesse pour le pauvre , reme devant l'ambitieux ; le poète t'appelle Muse , /e savant Vérité.

Comme le grand Arcane de magie qui donne d'un seul

coup les lois de la terre et l'âme, tu combles tous les vœux par ta seule advenue , ô Fée !

Tu es tout l'idéal sous les traits d'une femme : les poètes qui Vont conçue épuisèrent à te peindre le rose de leurs rêves ; gloire à qui t'inventa, ô chère inexistante que notre défaillance adore, et que Dieu ne permettrait pas.

Tant de pouvoir et l'âme passionnelle , tant de beauté et nul effort, on oublierait le salut même , belle toute-puissante, ô Fée !

Une autre te remplace, austère et redoutée, une étrange mégère semblable aux sybilles voûtées et que nul jamais n' attendrit. Plus on lutte vaillant, plus elle nous accable; mais, à travers les larmes, elle conduit vers une clarté d' outre-monde , où croissent des lauriers étincelants, que les anges tressent en couronne. C'est la i èelle et la toujours présente, ta rivale, qui porte un seul nom sous les divers deux , c'est la, Douleur, ô Fée !

DYPTIQUE 2

Typhonia, la ville sans rêve, dort aux rayons opalins de la Lune.

De son lit de pensionnaire où elle rêve, étreignant avec une inconsciente grâce son coussin, Nannah, la vierge aux cheveux rouges, regarde par la fenêtre du dortoir dont le volet n'est pas fermé les nuages qui se pressent courant à quelque fête du ciel nocturne.

Un silence vide et nauséeux plane ; on dirait le repos immérité de paresseux, le sommeil d’êtres qui ne connurent jamais une féconde insomnie : la stupidité d’une agglomération ainsi s’exhale.

Nannah regarde, avec l’obstination de l’envie, les nuages cursifs d’un gris argenté, les heureux nuages qui raillent en passant la ville stagnante.

Flottant parmi les tuyaux de cheminée, un drapeau se dresse au-dessus de la large bâtisse qui fut un couvent, qui est, à cette heure, un lycée de fdles.

Là, vont désormais les fdles pauvres, d’abord écolières, ensuite enseignantes ; là, l’État entraîne des gynandres et fabrique des déclassées. Nannah souvent s’oflùsque, en

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son droit sentiment, de voir le pédantisme gâter déjà une quinzième année ; elle sent que le destin de la femme, même pauvre est autre que le professorat, et un mépris, encore immotivé, mais distinct, lui entre à Pâme pour les hommes, qui déforment ainsi la femme.

La vierge aux cheveux rouges se navre en songeant qu’elle quittera le banc de l’élève pour la chaire pédagogique et qu’après avoir perdu de belles années en vains exercices de mémoire, ignorante, mais répéteuse de manuel, elle présidera à cette même culture psittacine.

Devant ce destin, elle s’effare.

« N’importe où, hors d’ici, » murmure-t-elle.

Ce n’est pas seulement le cloître scolaire qui l’effraye, mais la ville mauvaise et hypocrite, pour qui la couleur de ses cheveux et l’éclat de son teint seraient déjà des griefs.

Elle a lu des contes où les chevaliers surgissent devant les jeunes fdles abandonnées et les emportent vers le bonheur ; mais quel espoir possible ? Les sœurs, les cousines rapportent de leurs vacances et les externes tous les jours du foyer, les mille détails immondes qui remplissent la vie des jeunes Typhoniens.

Les frères et les cousins de ses compagnes d’étude lui paraissent monstrueux et plus proches de l’animalité que de son espèce.

« N’importe où, hors d’ici! »

Cri de l’instinct et protestation de la race morale plus impérieuse que le physisme sériel.

Elle sait, elle sent cette hostilité, la pire, faite de différence native et non de passion.

Heureux qui espère sans rêver et dont la vie se modifiera sans miracle. Nannah scrute son destin et se flatte d’une intervention salvatrice.

L’Amour seul sauve une vie perdue, seul il fait ces avènements et ces triomphes que le roman récite. Quel Persée pour la provinciale, sinon l’époux? Et quel époux autre qu’un riche à l’époque où les mauvais enchantements de la vie se dissolvent par les ors, non par le glaive.

Elle rêve la délivrance, évoque la liberté ; son cœur bat de reconnaissance anticipée au lieu d’une prévision de tendresse.

Avant ce siècle, l’Art ne reflétait que les misères noires, la faim et le froid, la mansarde et le côté tableautin de la pauvreté. On a révélé l’horreur de la pénurie décente et ce qu’on peut souflrir d’un gant troué, d’une bottine fendue : de cette peinture est née chez d’idéales natures l’horreur de certaine privation. Telle jeune femme qui vivra un temps de pommes de terre ne supporte pas l’idée de passer une semaine sans bain et un jour sans poudre de riz.

Il a suffi de cette préoccupation pour substituer dans Lame de la contemporaine non pas l’intérêt à la passion, mais une exigence de superflu avant le sentiment.

Est-ce un sens pratique qui fait subordonner la finesse du linge à la nourriture et tel autre raffinement au bienêtre positif? ou plutôt l’être subtilisé physiquement subit-il l’exigence nerveuse de son animalité sélectée?

Nannah rêve, tantôt sentimentale, tantôt inquiète, de vétilles à elle précieuses, et sa pensée s’exprimerait ainsi, en s’élevant.

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