‹ Typhonia. Avec la règle esthétique du second Salon de la Rose CroixChapitre 37 sur 73 · ESSAI LOYAL · texte numérisé non relu

ESSAI LOYAL

Sin rencontra quelquefois Uruck ; ils causèrent encore, mais cette intelligence n’était pas un Verbe : elle plaisait sans éclairer.

Las de son idéalité, le jeune homme résolut d’essayer une vie analogue à celle des Typhoniens : il se risqua au café où les naturels du pays passent leur soirée, et sa nervosité, qui supportait mal l’électricité masculine, le fit sortir en un état d’exaspération maladive. Il comprit que les hommes qui ne sont pas supérieurs deviennent cyniques, dès qu’ils s’assemblent.

Uruck le mena au cercle des Lézards, le mieux fréquenté de la ville et le plus curieux, parce que, à côté de la table de jeu, toujours entourée, toutes les dictériades de la ville y venaient. Il vit là à la fois une quarantaine de femmes, élégantes de mise, familières de ton, presque jolies, plutôt bêtes, mais toutes visiblement préoccupées d’un lendemain et de matière positive.

Réaliser ses rêves avec de tels éléments, cela ne se pouvait pas. L’idée de facilité tuait en lui le désir ; et même sensuellement, ces femmes ne pouvaient l’intéresser ; il

rentrait en tentation en rentrant chez lui, à croire que son propre esprit le tentait.

Il s’expliquait bien que son âme ne s’émût que pour sa fiction de la fée, mais il ne concevait pas que parfois l’idée d’une gorge, d’un bras nu, vînt le saisir au milieu d’une lecture théologique, tandis que, au cercle des Lézards, il avait vu des morceaux de nudités, très admissibles, de l’œil dont il voyait le lustre ou les banquettes.

Il devinait que la sagesse en tout point est de ne pas capituler avec l’intégrité hautaine de son désir, afin de conserver nette sa sensibilité.

Page 1