‹ Typhonia. Avec la règle esthétique du second Salon de la Rose CroixChapitre 44 sur 73 · EN PROMENADE · texte numérisé non relu

EN PROMENADE

* Cette cohue de jeunes filles pense-t-elle comme Jehanine ? » se demandait Sin à demi étendu sur une balustrade du nymphée et regardant un pensionnat qui arrivait et rompait ses rangs.

Il regarda comme on regarde un ballet; sans attacher son attention à aucune des demoiselles, et ce singulier désir naquit de les impressionner toutes, de nasser ce collectif sentimental, et l’admirable tirade lui revenait aux lèvres : « Quoi ! tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne? La belle chose, de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux. »

D’abord, lorsqu'il avait lu le Convive de pierre , le prometteur de mariage lui avait paru un petit personnage ; Don Juan ne lui paraissait digne qu’à condition de s’avouer Don Juan et d’obtenir l’amoureuse merci en protestant bien haut de son infidélité,

Baser son succès sur la crédulité, c’est en amoindrir singulièrement le mérite, et le héros de Tirso de Molina comme celui de Molière est bien plus un imposteur qu’un conquérant des cœurs. Armand Hayem est, après Mozart, celui des artistes qui a le mieux senti la valeur mystique de Don Juan.

N’y a-t-il pas quelque chose d’absurde à ce qu’il soit espagnol ? L’esprit insulte où il veut, mais il n'a jamais souflé abstraitement sur les congénères de Cervantes ; ils n’ont eu que les Maures et les couvents, et on ne citerait pas une seule formule philosophique transpyrénéenne.

Don Juan, malgré la pauvre matière où il s’efforce, touche à l’abstrait par une conception de la femme tout à fait extraordinaire, et que ni l’Orient ni les modernes n’ont osé formuler (1) et que Sin pressentait d’une sorte confuse.

A ce moment, il s’intéresse vraiment à tout le pensionnat, sans désirer particulariser son attention sur une, distincte des autres.

La distance, qui ne lui permet pas de juger des physionomies, et à peine des formes, le pousse à un mouvement d’âme étrange, parce qu’il est dédié à la jeune fille abstraite, à la pensionnaire allégorique, et le collectif, on lésait, est l’abstrait de la matière.

Il est certain qu’on se trompe à croire que les despotes d’Orient compliquaient leur vie par le nombre du sérail : au contraire, les annales témoignent que la favorite, c’est^à-

(1) Elle sert de hase à Comment on devient Fée , suite de Comment on devient Mage; gr. in-8 de luxe, 7fr. 50, Charnue!, Paris, 1892.

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dire la femme arrivant à peu près à la formule amoureuse qui a prévalu chez les modernes, corrompt la volonté du sar et l’entraîne en son vertige.

La notion orientale sur la femme est tombée sous l’action chrétienne par la découverte du rôle providentiel de la passion qui émeut tout ce qu’un influx plus élevé laisserait inerte, et remplit d’utiles ferments toutes les âmes qui ne contiennent ni Dieu ni l’idée, ou même dans ces aines les vides qui y restent encore.

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