NIS
Obéissant à ton vouloir obscur, j’ai oublié, sous le poids des voluptés des yeux, la pourpre de tes lèvres.
NANNAH
Vois, le soleil a disparu, et je t’ai tout montré de mon corps; maintenant, c’est l’instant du baiser.
Pourquoi a-t-il tardé ?
NANNAH
Eh ! suis-je pas la fée ? Songe à tous nos plaisirs et revis nos extases. Leur secret, quel est-il, sinon de donner tout aux yeux d’abord, mais chose à chose, et puis aux lèvres? Et puis, quand la grande Nannah a épuisé ses charmes, alors, pensant à elle, souviens-toi du baiser à son bras; elle demande aussi sa part de joie ; sa part, c’est le baiser des lèvres.
(Alors elle prend la tête de Sin dans ses mains et, les yeux dans les yeux, lentement, approche ses lèvres : il veut saisir cette bouche qui frémit à un pouce de la sienne, elle le maintient, et leurs lèvres à tous deux se crispent dans le vide, et leurs yeux deviennent vagues, et, tout à coup, elle frappe de sa bouche entr’ouverte la bouche de Sin, et ils s’affaissent en une étreinte féline et incessée qui ne se relâche que lorsque la nuit jetté sur eux ses gazes d’un violet noircissant.)