‹ Typhonia. Avec la règle esthétique du second Salon de la Rose CroixChapitre 62 sur 73 · LA NUIT UNIQUE · texte numérisé non relu

LA NUIT UNIQUE

(Ils rentrent dans la pauvre chambre de l’auberge ; les oiseaux de nuit les ont chassés des ruines.)

NAN1NAH

Bientôt minuit! Écoute, Sin : tu me disais dans les ruines que je devais avoir une pauvre idée de ton intelligence, puisque tu sentais trop pour l’exprimer ; je vais te donner une preuve que je devine le poète penseur à travers l’amant ; sur la plus haute matière, je me fie à toi, et je ne veux être que l’écho de ta propre doctrine.

(Elle se met à genoux.)

Sin* toi qui serais mon époux si je n’étais pas une pauvre institutrice, toi que j’aime et que j’admire, reçois mon abjuration.

Devant Dieu et devant toi, je renie et j’abomine Terreur protestante, et je fais profession désormais d’appartenir à l’Église catholique, apostolique et romaine, seule vraie, la tienne.

SiN, prenant de Peau daüs sa main*

Sois donc rebaptisée selon la vérité.

Sois donc reçue dans la sainte Église catholique.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Ainsi soit-il.

NANNAH

Il me semble que nous avons fait une belle chose parmi tant de douces choses.

SIN

De tes preuves d’amour, c’est peut-être la plus précieuse.

NANNAH. Elle éteint la lampe et défait ses cheveux.

Je deviens femme ; je songe que déjà tu as été enfermé au près d’un lit avec une femme.

SIN

Je suis vierge, pourtant.

NANNAH

Tu es... tu es vierge !

(Elle le saisit dans ses bras et le met sur le lit.)

Oh! redis-moi cela, répète-le; il n’est pas de caresse qui vaille ce mot-là... Mais j’oubliais que je suis destinée à me vendre, oh! maritalement. Malheur sur moi !...

(Elle pleure ; Sin la prend dans ses bras et lui parle très bas: elle arrête ses pleurs pour comprendre et interroge.)

Tes lèvres, plus un mot, maintenant, tes lèvres, rien que

tes lèvres.

(Pourquoi le destin n’a-t-il pas fait des époux de eê couple charmant, mais pécheur ?

Les heures sonnent au coucou de la salle d’en bas; ils frémissent de la fuite du temps et hâtent les baisers, foison-

liant les caresses ; et, quand l’aube montre sa face blême à la fenêtre, ils ne sont pas encore apaisés.

Un coq a chanté : des bruits d’éveil s’entendent, les grelots d’un cheval bruissent dans l'air matinal, sans que leur étreinte se desserre ; ils voient leurs membres nus dans la pénombre grise, leur beaux membres mêlés, et pensent que se lever de ce lit de bonheur, c’est se quitter, se quitter maintenant qu’ils ont connu l’ivresse et découvert en eux d’inouïes voluptés, et moites de plaisir.

Un rayon de soleil les frappe, et, dans le corridor, la voix de l’hôtelier, disant que la voiture est prête.

Elle se dresse, alors.)

Écoute bien, ô Sin, mon adoré. Quand j’avais résolu la conquête de l’or, j’ignorais, et l’amour, et le plaisir, et Sin : et je marchais pourtant, triste mais ferme, à ce but imparfait de conquérir au moins la paix dans l’abondance par un mariage sans amour.

Aujourd’hui, pour accomplir cela, j’ai besoin d’une promesse que tu feras j’espère : la voici.

Dans deux ans, dans dix ans, n’importe, s’il te vient une fortune, comme du ciel, tu l’accueilleras, jure-le.

SIN

Non !

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