‹ Typhus contagieux des bêtes bovinesChapitre 4 sur 9 · SÈCHES · texte numérisé non relu

SÈCHES

Les mêmes considérations de fait, quant à la question sanitaire, s’appliquant aux peaux qui se trouvent dans le commerce sous l’un ou l’autre de ces états , je traiterai des unes et des autres dans un même paragraphe et sans les distinguer; m’attachant surtout à ce qui a Irait aux peaux sèches, par cette raison que ce qui ressortira de ce que j’ai à dire de l’innocuité de ces dernières s’appliquera, a fortiori, à celles quiontsubi l’opération du tannage.

Et d’abord, je formulerai cette proposition considérable, à savoir que, à l’état tanné, comme à l’état de complète dessiccation, la peau, même celle provenant des animaux les plus infectés de la peste bovine , a perdu toute la propriété contagieuse quelle aurait pu avoir à

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS BETAIL

l’état frais. C’est du moins ce qui résulte de l’absence d’aucune expérience, d’aucune observation quelconque démontrant la contagion par ces marchandises qui se trouvent pourtant en grande quantité dans les provenances des provinces russes et danubiennes si souvent infectées par le typhus : c’est ce que m’ont déclaré tous les administrateurs, tous les médecins sanitaires , tous les vétérinaires autrichiens et prussiens les plus spécialement expérimentés; c’est ce qu’affirment les auteurs les plus justement accrédités et les plus initiés à la connaissance pratique de cette maladie. Sans doute, je n’ai pas lu tous les ouvrages russes ou allemands qui ont traité de la peste bovine ; je n’ai pu parcourir que les principaux d’entre eux que je me suis fait traduire, tels que Lorinzer et Spinola, les deux plus remarquables , Jessen, Veith, Haupt et quelques autres encore. Mais un des hommes les plus versés dans la littérature médicale et vétérinaire, le savant professeur Verheyen, de l'Ecole vétérinaire de Belgique, qui a lu et analysé tout ce qui a été publié en Russie, en Allemagne, en Italie, en Hollande sur la peste bovine , a bien voulu me communiquer le résultat de ses laborieuses recherches. Je me borne à dire qu’elles confirment de tous points l’assertion que je viens d’émettre, à savoir que, depuis près d’un siècle et demi qu’on observe avec un grand soin tout ce qui a trait à l’étiologie et à la propagation du typhus des bêles bovines, on n’a recueilli, on n’a du moins publié aucun fait de nature à établir que cette maladie ait quelquefois été communiquée dans un pays sain par l’im-

1>ES PEAl'X.

portalion dans ce pays de cuirs tannés ou de peaux sèches provenant d’animaux morts de l’affection typhoïde.

Je dis que c’est là un fait considérable , car nous verrons plus loin que c’est surtout à l’état sec que les peaux de bêtes bovines sont transportées au loin, soit par terre, soit par mer, dans les différents lieux d’importation.

Voici, du reste, une remarque qui ajoute singulièrement, en la corroborant, à la valeur pratique de l’opinion que les peaux tannées ou sèches ne présentent par elles -mêmes aucun danger de contagion dans l’espèce :

Certes, la Prusse et l’Autriche dont les frontières confinent dans une si grande étendue avec celles des contrées russes qui sont à chaque instant ravagées par le typhus, certes la Bavière, la Saxe, le Hanovre, le Danemark qui ne sont pas très-éloignés de ces contrées, ont un immense intérêt, quand ils sont informés que la maladie y a fait explosion, à mettre tout en usage pour se garantir contre le moindre danger d’invasion. Aussi, rendus prévoyants par la coûteuse expérience qu’ils ont pu acquérir des voies et moyens par lesquels le mal peut pénétrer chez eux , ces différents pays , les deux premiers notamment, sont-ils défendus par des mesures de police sanitaire où rien n’est omis de ce que la prudence humaine a pu prévoir. Eh bien, qu’on lise les longues ordonnances, les instructions minutieuses, où ces mesures sont inscrites et développées, et on pourra voir que si, dans toutes, on prescrit avec une grande insistance

28 TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS BÉTAIL

de ne pas laisser franchir la frontière aux peaux fraîches venant des pays infectés ; dans aucune on ne défend d’une manière spéciale l’entrée des peaux sèches ou tannées, si ce n’est lorsque l’épizootie ri’est plus qu’à une distance de quelques milles du pays à préserver ; mais alors, les peaux sèches et tannées ne sont pas interdites comme matières ayant inhérente en elles la propriété contagieuse qu’on redoute ; mais bien, et seulement, en tant que matières susceptibles (comme la laine des moutons, comme le fourrage, etc.) pouvant se charger de l’élément contagieux, quel qu’il soit, et le transporter ; ce qui est bien différent.

Au surplus, je ne saurais mieux faire, pour éclairei autant que possible une question aussi grave, que de citer textuellement les dispositions spécialement applicables à ce sujet, consignées dans celles des principales législations sanitaires de l’Allemagne qui sont considérées avec raison comme les plus complètes et les plus sévères contre la peste bovine :

Deux ordonnances royales , résumant les mesures prescrites à différentes époques, constituent, en Prusse, la législation sanitaire applicable aux maladies contagieuses, à la Rindev-Pest (typhus) principalement.

L’une, en date du 2 avril 1803, l’autre du 27 mars 1836 ; cette dernière modifiant la première dans quelques-unes de ses dispositions de détail , mais ne faisant en quelque sorte que la confirmer et la régulariser pour le reste. Or, voici ce qu’on lit dans l'ordonnance de 1803 :

DËS PEAÜX.

« ART. 33. — Lorsqu’on sait que, dans une province étrangère,

« l’épizootie a fait irruption, il sera défendu d’importer ou de lais- « ser entrer des bêtes à cornes ou des objets capables de porter le « virus, tels que peaux brutes (1), suif non fondu, etc... »

« Art. 2. — Si la peste bovine se déclare dans un pays attenant » au nôtre, il est défendu :

« c de laisser passer les cuirs de bestiaux, autres que ceux qui se-

« vont parfaitement desséchés

« Les cuirs qui ne seront pas parfaitement desséchés et bien « durs, ne sont point admis. Les cuirs gelés par le froid d’hiver v ne pourront pas être regardés comme secs et seront également « refusés.

« La défense s’étendra également à tout chargement de cuirs et » de cornes dans lequel on trouvera un seul cuir qui ne serait pas « parfaitement sec et dur. »

Bien que ceci ne soit pas expliqué dans l’art. 2, il est évident, par la manière dont on va voir qu’est formulé l’article suivant, qu’il s’agirait, d’après les prévisions de cet art. 2, de l’épizootie régnant dans une province étrangère qui serait attenante, il est vrai, ait pays à préserver, mais régnant dans une partie de celte province plus ou moins éloignée de la frontière prus-

(1) Il résulte clairement de l’art. 2 de l’ordonnance de 183C qui suit.qu’ici, par la désignation peaux brutes, le règlement prussien entend parler des peaux fraîches seulement, puisque, plus loin, dans des circonstances plus graves, il autorise l’admission des peaux sèches.

Si je fais cette observation, c’est que, comme je l’ai fait remarquer plus haut, l’administration française comprend, sous l’appellation collective de peaux brutes, les peaux salées et les peaux sèches, en un mot, toutes celles qui ne sont pas tannées.

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL

sienne. Celle remarque me paraît utile à faire ici, car voici comment est conçu l’art. 3 :

« Art. 3. — Lorsque la pesle bovine se sera déclarée près de n noire frontière territoriale, les mesures citées ci-dessus seront « rendues encore plus sévères.

« Si dans le pays étranger limitrophe, l’endroit qui est infecté « de la peste se trouve éloigné de notre frontière d’une distance de « trois milles ou moins de trois milles, il sera désigné sur la fron- « lière une étendue de terrain limitée , indiquée par l’autorité, et <• qui devra se trouver en face des endroits infectés , sur laquelle "■ l’entrée sera sévèrement interdite :

« a. Aux animaux de la race bovine, ovine, porcine, caprine et « canine, à la volaille, aux peaux fraîches des bêtes à cornes et à « celles des autres animaux, etc. ;

« b. L’importation des cuirs secs (1), du poil animal, est égale- « ment interdite quand il y aura des raisons de soupçonner que ces « objets proviennent des endroits infectés.

« L’exécution de ces mesures sera aussi obligatoire toutes les « fois qu’il existera entre les endroits infectés et notre pays une « relation commerciale accélérée par terre et par eau, de produits « du genre indiqué plus haut, et que l’épizootie aura atteint une « grande contagion dans le pays limitrophe.

« Art. 5. — Bien que ordinairement les restrictions du com- « merce par les paragraphes précédents ne soient pas applicables « aux objets arrivant par mer, cependant, si par celte voie il se « fait un commerce des produits cités entre les endroits infectés « du pays voisin et le nôtre, commerce dont on pourrait craindre « des suites funestes, l’autorité est chargée de prendre des mesures « préventives convenables... »

(1) Cuir est évidemment employé ici comme synonyme de peau.

DES PEAUX

Telles sont, en Prusse, les prescriptions générales sur la matière; telle y est la loi.

Veut-on voir maintenant comment, le cas échéant, cette loi est comprise et appliquée par les provinces prussiennes les plus fréquemment exposées par leur situation géographique à lutter contre l’invasion du typhus, et partant les plus intéressées et les plus expertes à s’en défendre, l’exemple suivant va le dire :

A la fin de 1844, époque à laquelle je me trouvais en Moravie, le typhus régnant avec une grande intensité en Gallicie, en Moravie, en Bohême, conséquemment sur toute la ligne de la frontière autrichienne qui horde la Silésie prussienne, celle-ci dut s’armer de toutes pièces pour se protéger contre l’importation du fléau. Or voici, parmi les mesures qui furent prescrites par l’administration sanitaire du district d’Oppeln, celle qui avait trait à l’entrée des peaux :

u Art. 2. — Ou ne tolérera l’importation ni des bêles à cornes, h ni des peaux fraîches de bœufs ou d’autres animaux, ni de <■ cornes, eic. , provenant des pays étrangers infectés. »

11 n’y est pas question le moins du monde des peaux ■sèches ni des peaux tannées qui ont pu, dès, lors entrer librement. Cependant, bien que l’épizootie ait continué à sévir pendant près de six mois au voisinage de la frontière méridionale du district d’Oppeln, aucun cas de typhus ne s’csl manifesté dans ce district.

Ainsi, lorsque la peste bovine règne dans un pays attenant à la Prusse, mais dans une partie de ce pays qui

TYPHUS CONTAGIEUX I)Ü GltOS DÉTAIL.

n’est pas voisine de la frontière prussienne, on se borne à interdire l’entrée des peaux fraîches, et on autorise explicitement l’admission des peaux parfaitement desséchées. Ce n’est que lorsque la maladie s’est déclarée dans un point ou des points de ce pays voisin rapprochés de la frontière prussienne, qu’on ne permet plus l’entrée des peaux desséchées : toutefois, comme on peut le voir par l’article qui formule cette défense, c’est en assimilant ces peaux, non aux peaux fraîches qui se trouvent classées, comme matières contagieuses par elles-mêmes, avec les animaux vivants et les suifs non fondus; mais en les assimilant, dans un paragraphe séparé, à d’autres objets simplement susceptibles. On remarquera encore que ce n’est que la partie de la frontière prussienne qui fait face à la partie infectée du pays voisin, qui est placée sous le régime de ces mesures d’interdiction.

Que si l’autorité de la Prusse, si imposante dans l’espèce, ne suffisait pas à édifier sur l’innocuité des peaux desséchées en tant qu’agents directs de transmission du typhus, j’invoquerais celle de l’Autriche, pays plus éprouvé encore que la Prusse; et je citerais fart. 31 de la dernière « instruction générale renouvelée en 1844 par « ordre du gouvernement, pour servir de règle aux diffè- « rentes . autorités administratives et sanitaires des États au- « trichiens. >> Il y est dit :

« La transmission et la propagation du virus épizootique peut « avoir lieu de différentes manières ; par exemple, par la commu- « nication des animaux malades avec les sains ; par le simple con- « tact d’objets provenant d’animaux malades, des intestins, de la

DES PEAl'X.

« chair, du lait, des peaux entes (1), des cornes, du suif et des « excréments frais. »

Les peaux sèches ne sont indiquées nulle part comme renfermant le principe virulent et pouvant le transmettre par elles-mêmes.

Ainsi en est-il encore dans la Bavière qui n’a eu, elle aussi, que trop souvent l’occasion de faire étudier le typhus. C’est dans le règlement général, publié par l’administration pendant la grande épizootie de 1813 et qui est encore en vigueur aujourd’hui, que se trouvent prescrites toutes les mesures à prendre en cas d’existence de la peste bovine, soit en Bavière, soit seulement dans un pays voisin de ce royaume. Voyons ce qu’elles sont et comment on les applique.

C’est à la lin de 1844 que le gouvernement bavarois eut occasion, la dernière fois, de faire usage de ces mesures. Le typhus, à celte époque, régnait en même temps dans la Basse-Autriche et en Bohême. La Bavière avait donc à protéger sa frontière orientale et sa fron tière nord-est. Deux instructions ont alors, et en conséquence, été publiées par ordre du gouvernement et en son nom. Dans l’une, en date du 20 novembre 1844 (on ne connaissait encore que l’invasion du mal dans la Basse-Autriche), il est dit :

« Art. 1er. — L'importation des bêtes bovines et ovines, des « porcs, de la laine, des soies, des ongles, des peaux fraîches,

(1) Dans la langue allemande, l’expression traduite ici par le mot crues signifie spécialement fraîches.

34 TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL

« du suif non fondu, etc., sortant des provinces de l’empire d’Au- « triche, est lotit à fait interrompue jusqu’à nouvel ordre.

« Art. 3. — L’importation des peaux de bœuf des coulrées « même non suspectes de l’Autriche, ne peut être permise que « lorsqu'elles sont parfaitement sèches. »

La même formule se trouve répétée dans la seconde instruction qui fut publiée neuf jours après, le 29 novembre, à l’occasion de la nouvelle qui venait d’arriver à Munich, que le typhus avait aussi éclaté en Bohême. Il n’est parlé de prohibition de peaux que poulies peaux fraîches; et cela est d’aulant plus remarquable que, précisément, l’épizootie de Bohême s'étendait dans le cercle de Pilsen à Klattau, tout à fait sur les confins de la Bavière.

A ces considérations d’expérience, qu’il me soit permis d’ajouter ce que j’oserais presque appeler un fait , que j’ai recueilli récemment en faisant quelques recherches sur le commerce et l’industrie des cuirs, chez MM. Artbus frères, l’une des maisons de tannerie les plus considérables de Paris.

MM. Artbus s’occupent surtout du tannage des peaux de veau qu’ils tirent de presque toutes les parties du globe. Entre autres, ils en font venir des quantités assez considérables de la Russie du nord-ouest (la Courlande, la Livonie, la Pologne, la Lithuanie, etc.-), de laGallicic, de la Hongrie, etc. Ces marchandises leur arrivent soit par mer, celles, par exemple, qui sont livrées dans le voisinage de Liban, de Riga, de Memcl, de Ivœnigsberg; soit par terre, celles qui sont livrées à Breslau, à

DES PEAUX

Vienne, à Berlin, à Francfort. Or, clans le cours tics années 1855 et 1856, pendant lesquelles le typhus a fait en Pologne, en Lithuanie, en Courtaude, en Gallicie, en Hongrie, des ravages qui ont produit une si grande émotion en France et en Angleterre, MM. Arthus ont reçu, du centre même des pays infectés, la quantité considérable de 287,968 peaux de veau sèches. En aucun cas la Prusse n’a mis le moindre obstacle à leur traversée sur son territoire ou à leur transit dans ses ports, bien qu’elles provinssent ostensiblement de pays infectés.

Mais voici qui offre un certain intérêt : les balles qui contiennent ces peaux arrivent cl sont ouvertes, chez MM. Arthus, dans une grande cour sur laquelle s’ouvre une étable où ils ont une vache depuis quatre ans ; et comme ces balles renferment une assez grande quantité de paille qui entoure les peaux, ces messieurs, pour n’avoir pas à acheter de paille, sc servent, pour faire faire la litière de leur vache, de celle qu’ils retirent de ces balles. Celte bête n’en a pas eu d’autre depuis qu’elle est chez eux : elle n’y a jamais été un seul instant malade.

Un mot encore pour appuyer sur une dernière et puissante raison, raison d’analogie il est vrai, l’opinion qu’on vient de voir si généralement admise sur l’innocuité des peaux provenant d’animaux morts du typhus, lorsqu’elles sont parfaitement sèches.

Depuis longtemps, et à différentes époques, j’ai fait, à l’École d’Alfort, en présence des élèves cl de plusieurs professeurs, des expériences nombreuses cl variées sur

TYPHUS CONTAGIEUX DU CDOS DETAIL

:jg

les matières virulentes. Entre autres, et précisément pour éclairer un des points de notre police sanitaire qui est assise sur tant d’erreurs, j’ai soumis à la dessiccation à l’air libre les matières virulentes les plus actives quand elles sont fraîches, à savoir: les mucosités purulentes et le pus recueillis sur les chancres et dans les abcès de la morve airjuë ; le sang des animaux atteints ou morts d’affections charbonneuses; le liquide exprimé des pustules claveleuses; la bave des chiens affectés de la raye furieuse; etc.; quand ces matières ont été bien sèches, ce qui, en été, arrivait au bout de douze à quinze jours, je les ai inoculées sous toutes les formes, tantôt en croûtes entières que j’apposais et maintenais sur de> plaies sous-épidermiques ; tantôt pulvérisées et sèches ; tantôt après les avoir simplement humectées ; tantôt après les avoir longtemps agitées et délayées dans une certaine quantité d’eau que j’en extrayais ensuite par l’expression et que je déposais sous l'épiderme ou dans le tissu cellulaire, etc.

De plus, j’ai enlevé, sur des chevaux affectés de morve suraiguë, des cloisons nasales creusées de chancres profonds sur toute leur surface de chaque côté ; je les ai laissées sécher, et les ai ensuite clouées au fond de la mangeoire de chevaux sains dont l’avoine était versée deux fois par jour dans cette mangeoire, qui, conséquemment, pendant toute la durée de leur repas, avaient les lèvres et le nez constamment en contact avec ces cloisons plus ou moins humectées par leur salive : j’ai fuit enlever et laissé sécher à l’air pendant

I)KS PEAl'X.

une vingtaine de jours des peaux de moutons morts du sang de rate ou de la clavelée ; j’ai étendu de ces peaux, au nombre de cinq ou six à la l'ois, sur le sol et sur les râteliers de petites bergeries dans lesquelles wvaient, nuit et jour, quinze à vingt bêles à laine bien portantes, etc: Or, je l’affirme, ceux des professeurs et ceux des élèves qui ont suivi ces expériences pendant une dizaine d’années pourraient en porter témoignage, jamais, dans aucune de ces expériences dont je dois publier incessamment les détails et les résultats, jamais aucun des sujets sains qui y ont été soumis (chevaux, chiens ou moutons) n’a paru un seul instant en éprouver la moindre incommodité ; bien que le plus grand nombre d’entre eux ait été conservé deux mois au moins, elle plus souvent, trois, quatre, six mois et plus après la fin de l’expérience.

En résumé, pour ce qui concerne les cuirs et les peaux sèches :

Puisqu’il est vrai que, pendant toute la durée des graves épizooties de typhus qui, à différentes époques depuis cent cinquante ans, ont été étudiées et décrites en Europe, on n’a observé aucun cas de contagion de cette maladie occasionné par des peaux parfaitement sèches , bien que ces peaux aient presque toujours pé nétré sans empêchement des pays infectés dans les pays qui ne l’étaient pas ;

Puisqu’il est vrai que les gouvernements les plus éprouvés par le typhus, éclairés par les médecins et les vétérinaires les plus versés dans l’étude pratique de celte

TYPHUS CONTAGIEUX 1>U GROS BÉTAIL

maladie, ne craignent pas, quand l’épizootie, bien que régnant dans un étal limitrophe , ne s’est pas encore étendue jusqu’au voisinage immédiat de leur frontière , de laisser entrer librement les peaux de bêles bovines venant de cet Etal, lorsque ces peaux sont parfaitement desséchées ; et puisqu’une longue expérience a démontré qu’il n’était jusqu’à présent résulté aucun inconvénient de celle tolérance ;

Puisqu’un grand nombre d’expérimeDtalions variée* faites avec des matières puisées sur divers animaux atteints de différentes maladies très-virulentes, a établi que toujours la dessiccation avait fait perdre à ces matières toute propriété, contagieuse ;

Il me paraît acquis à l’observation, et on peut, je crois, conclure sans témérité, que la France n’a absolument rien à redouter de l’introduction dans ses ports ou par ses frontières de terre, de peaux tannées ou de peaux parfaitement desséchées ; ces peaux provinssentelles d’animaux qui auraient été affectés du typhus.

Il est bien entendu, toutefois, que celte conclusion ne s’applique pas au cas où une épizootie typhoïde régnerait dans un État frontière; auquel cas l’importation des peaux, même sèches, qui en proviendraient, devrait être prohibée, non pas comme produits intrinsèquement virulents, mais comme matières susceptibles d'acquérir, et suspectes d’avoir acquis la propriété contagieuse par suite de leur séjour dans une atmosphère ou de leur contact avec des animaux ou des choses infectés.

DES PEAUX

2° Des peaux salées.

Si on consulte ce qui a été écrit sur la question des cuirs et des peaux par les médecins et les vétérinaires qui se sont occupés du typhus dans les différents pays de l’Europe ; si on interroge les archives administratives sanitaires si soigneusement conservées depuis longtemps déjà dans la plupart des États de l’Allemagne ; on n’y trouve rien ou que bien peu de chose sur le rôle qu’auraient joué ou que pourraient jouer les peaux salées comme agents de contagion de celte maladie. Aucun fait n’y est consigné duquel on puisse inférer qu’à aucune époque ou dans aucune contrée, la peste bovine ait été transmise d’un pays infecté dans un pays sain limitrophe ou non limitrophe par des marchandises de celte sorte; à moins que, argumentant de la confusion que j’ai signalée plus haut, on ne veuille prétendre que la contagion attribuée aux peaux fraîches dans la plupart des ouvrages spéciaux ou des rapports officiels sur les épizooties typhoïdes, ne doive être comprise comme si, par ces mots « peaux fraîches, » les vétérinaires ou les médecins qui ont écrit ces ouvrages ou fait ces rapports, avaient entendu désigner indifféremment des peaux réellement fraîches et des peaux salées. Or, c’est là une interprétation qui ne saurait se soutenir en présence des textes, et il n’est besoin que de lire les passages où il est question de faits étiologiques de ce genre, pour se convaincre que ce serait étrangement travestir la

iO

TYPHUS CONTAGIEUX JH' GROS BETAIL.

pensée des auteurs que de donner aux mois « peaux « fraîches » une pareille signification.

Aussi n’hésité-je pas à dire qu’il résulte de l’observation que, jusqu’à présent, les peaux salées provenant de pays et môme d’animaux infectés du typhus, n’ont jamais importé celte maladie dans les pays sains où elles ont été transportées. Dès lors, et jusqu’à production de faits ou d’expériences contraires bien observés, bien circonstanciés, bien authentiques , on est fondé à admettre l’innocuité de ces peaux en tant que ne recélant ni conservant en elles-mêmes la propriété contagieuse typhoïde.

Est-ce à dire qu’on doive attribuer cette innocuité à une action particulièrement altérante que le sel exercerait sur leur principe virulent? Je sais que c’est une croyance générale que ce composé possède réellement des propriétés désinfectantes ; et il semble que, dans l’espèce, cette croyance doive trouver sa confirmation dans la longue suite d’observations constantes établissant que les peaux salées provenant d’animaux morts du typhus n’ont jamais fait développer celte maladie là où on les a transportées.

Cependant cette opinion, qui n’est fondée en définitive que sur l’apparence et ne s’appuie sur aucune expérimentation directe et rigoureuse, me semble erronée. J’ai fait, à différentes époques, de nombreuses expériences pour étudier les effets du chlore et de ses composés, ceux du sel (chlorure de sodium) en particulier, sur diverses matières virulentes; et il en est résulté

DES PEAUX

que la propriété contagieuse de ces matières n’était sensiblement modifiée ni par leur mélange prolongé avec des chlorures de chaux ou de soude, soit en poudre , soit en solution même concentrée, ni même par leur contact direct avec le chlore gazeux. Si donc, après avoir complètement subi l’opération de la salaison, les peaux provenant d’animaux infectés du typhus ont perdu la propriété contagieuse qu’elles avaient à l’état frais, il faut en chercher l’explication dans un autre ordre de causes. Or, voici, à mon sens, quelle en est la raison la moins hypothétique :

Parmi les praticiens, les expérimentateurs même, qui, à l’époque et au milieu des épizooties typhoïdes qu’ils observaient, ont essayé, dans des vues de mesures sanitaires, de déterminer le temps pendant lequel les peaux fraîches conservaient la propriété contagieuse, les uns ont fixé ce temps à trois ou quatre jours ; d’autres, et parmi eux le savant Lozinzer (1), à huit jours environ. L’illustre Camper (2), qui s’est livré sur cette question à quelques expériences , affirme que la propriété virulente peut se conserver jusqu’à six jours, peut-être plus « longtemps. » Il est bon de faire remarquer que, dans les expériences de Camper, il s’agissait, non de peaux de bêtes malades mises en rapport de simple contact avec des bêles saines, mais de lambeaux de peaux provenant de bêtes mortes de la maladie, inoculés à des veaux sains.

(1) Observations sur la peste bovine. Derlin, 1831.

(2) Leçons sur l’épisoolie. Paris, 1803.

TYPHUS CONTAGIEUX bU GKOS HÉTAIL.

Ainsi, six, huit, dix jours même, paraissent les limites extrêmes de la durée du temps pendant lequel des peaux enlevées sur des cadavres d’animaux morts du typhus sont regardées, par les hommes les plus compétents et les plus expérimentés, comme susceptibles de transmettre cette maladie.

Or, qu’on veuille bien réfléchir à ce qui arrive poulies peaux qui sont salées et ensuite transportées au loin par navires ; et pour cela (puisqu’il est vrai qu’il n’est transporté en France des ports russes de la Baltique que des peaux entièrement desséchées), qu’on suppose des peaux salées, expédiées à Marseille en provenance d’Odessa ou de l’un quelconque des ports de la mer Noire ou du Bas-Danube :

D’abord, il est certain que tous les bœufs et vaches dont les peaux vont former toutou partie de la cargaison d’un navire ne meurent pas ou ne sont pas sacritiés au même moment. C’est au fur et à mesure quil en meurt, que l’entrepreneur de salaisons recueille leurs peaux pour les soumettre successivement à l’opération du salage, jusqu’à ce qu’il en ait réuni une quantité suffisante pour en faire l’objet d'une expédition et qu'il ait trouvé à les écouler.

Ensuite, je l’ai dit, avant d’être salées, ces peaux soûl nettoyées du sang ou d’autres matières qui peuvent les souiller ou les surcharger, de manière qu’il n’en reste que le cuir et les poils. Après quoi, elles sont étendues et empilées dans le magasin consacré à cette opération, où elles restent au moins un mois pour être suflisam-

DES PEAUX

ment imprégnées de sel. En admettant donc, ce qui est assez rare, que le placement en puisse être fait imrné- .dialement, ce n’est en moyenne, qu’environ trente-cinq à quarante jours après qu’elles ont été extrades des cadavres, qu’on les sort du magasin pour les plier et les lier, afin de les expédier.

Mais, avant d’arriver à leur destination, il faut qu’elles soient transportées au port d’embarquement et chargées sur le navire ; il faut que celui-ci complète son chargement, qu’il se mette en règle pour partir, et qu’il accomplisse la traversée ; ce qui, assurément, ainsi que je m’en suis assuré auprès des hommes du métier, n’exige pas moins de quinze jours, à supposer des circonstances d’embarquement, de départ et de navigation les plus favorables.

Une fois arrivé, le navire a à trouver sa place dans le port, à se mettre en règle avec la douane, à opérer son déchargement ; de telle sorte que ce n’est rien dire de trop que d’admettre qu’il se passera encore au moins douze à quinze jours (généralement c’est beaucoup plus) avant que les peaux soient chargées sur les voilures des destinataires qui doivent les transporter dans leurs magasins , ou plutôt dans leurs tanneries. En somme, on voit qu'il se sera toujours écoulé au moins deux mois, généralement plus, entre le moment où la peau le plus récemment extraite aura été détachée du cadavre de l’animal, et celui où elle sera débarquée en France : et, dans cet intervalle, elle aura subi à un grand degré de concentration les effets d’un salage complet qui, par

TYPHUS f.ONTAGlKl’X DU GROS DÉTAIL.

une action aussi prolongée, s’il n’est pas un moyen désinfectant, doit être assurément un profond altérant des propriétés virulentes.

Donc, à supposer même que la suprême autorité du fait ne soit pas là pour répondre à toutes les craintes et à tous les raisonnements, on serait encore parfaitement fondé et rationnellement autorisé, rien qu’en invoquant la seule action du temps, à admettre à priori l’innocuité des peaux salées arrivant à Marseille en provenance du Bas-Danube ou de la mer Noire, eussent-elles appartenu à des animaux morts de la peste bovine.

En résumé, en ce qui concerne les peaux salées, il ressort de ce qui précède :

1° Qu’il n’existe ni dans les archives administratives sanitaires d’aucun pays, ni dans les nombreux ouvrages publiés par les praticiens, aucun fait de nature à prouver que les peaux salées transportées d'un pays infecté dans un pays sain aient jamais importé la maladie dans ce dernier pays ;

2° Qu’en admettant, ce qui est mon opinion, que l’effet de la salaison ne suffise pas à expliquer l’innocuité des peaux qui ont été soumises à cette opération, le temps qui s’écoule nécessairement entre le moment où ces peaux sont détachées des cadavres en Russie, et celui où elles arrivent en France à leur destination, est plus que suffisant pour faire comprendre la perte de leur propriété contagifère.

Voyons maintenant ce qu’il en est des peaux fraîches.

DES PEAUX

3° Des peaux FRAICHES.

J’ai assez insisté, en commençant ce mémoire, sur ce que l’on devait entendre par cette désignation « peaux fraîches » pour n’avoir pas besoin de le répéter. J’aborde donc immédiatement leur élude sous le rapport sanitaire.

La question de savoir si les peaux fraîches étaient contagifères ; dans l’affirmative, pendant combien de temps elles conservaient la propriété virulente ; toujours dans l’affirmative, s’il existait des moyens de leurenlever celte propriété; a beaucoup préoccupé les gouvernements européens à toutes les époques d’invasion typhoïde. La raison en est facile à comprendre. Quand le typhus règne dans un pays, entre autres mesures ordonnées pour l’empêcher de s’étendre, se trouve au premier rang et à juste raison, la maladie étant incurable et très-contagieuse, celles qui consistent à ordonner l’abattage des animaux malades, même de ceux suspects, et leur enfouissement avec cuir et chair, afin d’éviter que le transport des débris (de la chair, du suif et de la peau notamment) ne devienne un moyen puissant de propagation du mal ; car l’expérience a démontré que tout ce qui faisait partie dé l’animal malade contient et peut transporter le germe de la contagion. Mais, en même temps, on ne pouvait méconnaître le grave préjudice qu’éprouvait le propriétaire qui sc trouvait ainsi privé, non-seulement d’une partie plus ou moins considérable

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS BÉTAIL

'de son bétail, de la totalité quelquefois, mais encore du prolit qu’il aurait pu tirer de la vente de la chair, du suif et de la peau des hôtes sacrifiées; perte d’ailleurs vivement sentie par l’industrie nationale elle-même, alors surtout que la maladie, quand elle est répandue dans un pays, y enlève les animaux par milliers. C’est pourquoi, bien qu’il parût acquis à la pratique par une foule d’observations de détail que la peau, comme tous les autres tissus de l’animal malade, possédait la funeste propriété de transmettre la maladie aux bêtes saines au contact ou au voisinage desquelles on la mettait, certains faits particuliers avaient fait naître dans l’esprit de quelques hommes éminents des doutes qu’ils entreprirent d’éclairer par des expériences : et ces expériences ont trop d’intérêt dans cette question ; elles ont été l’objet de trop de commentaires et de trop d’interprétations erronées et dangereuses, pour que je puisse ne pas les rappeler ici, en examiner la valeur, en mesurer la portée véritable.

Au nombre de ces expérimentateurs, et le premier que je sache, se trouve le marquis de Courtivron.

C’était en 1745. Le typhus régnait depuis plus d’un an dans la province de Bourgogne qu’habitait ce savant : mais, grâce aux précautions qu’on avait prises dans le pays où il avait sa propriété, la maladie n’y avait pas pénétré. Entre autres mesures sanitaires prescrites pour arrêter les progrès de l’épizootie, on avait ordonné « de « sacrifier les animaux malades cl de les enterrer avec « leurs cuirs , » afin d’empêcher que le transport des

DES PEAUX

peaux de ces bestiaux n’infectât les lieux qui étaient restés à l’abri de la contagion. Or, deux ans auparavant, en 1743, ayant eu l’occasion de faire des observations personnelles sur cette maladie en Alsace où elle causait alors de grands ravages, il lui avait semblé que c’était à la fréquentation du bétail sain avec le malade, et non au transport des peaux, qu’il fallait en attribuer la propagation et les progrès. Il était frappé en même temps de l’importance de la perle qui résultait, pour les propriétaires et pour l’industrie nationale, de la destruction d’une pareille quantité de cuirs, perte qui devait être incalculable si la maladie venait à s’étendre; et « sur- « pris, )> comme il le dit, « que personne n’ait tenté jus- « que-là de s’assurer par l’expérience de ce qu’il fallait « penser sur l’opinion généralement reçue en Bour- « gogne, que les cuirs des bestiaux morts infectés suf- « lisaient pour donner la maladie contagieuse à ceux « qui ne l’avaient pas, » il entreprit d’en acquérir la preuve; et voici comment est rapportée par lui, dans le volume de 1744-1745 de V Histoire de l’Académie royale des sciences , l’intéressante expérience qu’il fit dans ce but :

Le 2 juillet 1745, il se transporte à Aizerey, où, sur une population en bétail de plus de quatre cents têtes, deux cents avaient été enlevées par la maladie depuis moins d’un mois. Des deux cents qui restaient, une centaine étaient malades; le reste, plus ou moins suspect, allait encore au pâturage.

« Parmi les bêtes dont je vis les cadavres,» dit-il, «j’en

TYPHUS CONTAGIEUX DU GHOS DÉTAIL

« choisis deux qui venaient de mourir dont je fis enle- « ver immédiatement les cuirs. Je lis envelopper ces «. cuirs de paille fermement serrée, et le tout fut recou- « vert d’un cuir épais et anciennement tanné. Mon but « était d’empêcher que, dans le transport, il ne trans- « pirât que le moins possible des particules de ces cuirs- « que l’on supposait assez malfaisantes pour infecter le « bétail sain; et je voulais ainsi me garantir du blâme « d’avoir porté ces cuirs dans un endroit que la maladie « avait épargné.

«. Pour acquérir les connaissances que je cherchais « sur la mauvaise qualité des cuirs, je ne pouvais clioi- « sir qu’un lieu où la maladie n’eût point été; dans tout « autre l’expérience aurait pu devenir suspecte. Or, l’en- «. droit que j’habite n’avait point eu la maladie; et depuis « elle ne s’est même pas approchée de plus de deux « lieues : c’était là une raison de préférence. Enfin les « bestiaux que j’avais dessein de sacrifier devaient «. m’appartenir. J’en achetai dans le lieu même pour ce « seul objet.

« Une grande cour qui n’a point de communication « avec le reste du village avait une écurie propre à mon « dessein; j’en fis boucher les fenêtres qui étaient d'un « seul côté, et je lis remplir de foin et de paille les deux « tiers de l’écurie. Deux vaches. Tune jeune, l’autre « déjà âgée, y furent renfermées le 3 juillet au soir, et « dès lors elles n’en sortirent plus. Avec elles, j’enfermai «. les cuirs que j’avais rapportés d’Aizerav, et dont elles « furent revêtues la nuit; le matin on les découvrait, et

DES PEAUX

h le foin et la paille qu’elles devaient manger la nuit « suivante séjournaient dans les peaux fraîches des ani- « maux infectés. Il est difficile, comme on le voit,

« qu’on se soit donné plus de soin pour garantir le bé- « lail que je ne m’en donnais pour faire prendre à ces « vaches, par celte communication, la fatale maladie. « Le jour, on leur apportait à boire dans l’écurie, et « l’eau leur était présentée dans des seaux qui ne ser- « vaient qu’à elles, où l’on avait fait tremper des mor- « ceaux des cuirs qui servaient à l’expérience.

« Ces vaches prenaient leur nourriture et leur boisson « sans dégoût, malgré la préparation dont j'ai parlé. «. Cinq à six jours se passèrent sans qu’elles souffrissent « impatiemment l’espèce de vêtement dont on les coûte vrait, et qui cependant avait contracté une odeur ca- « davéreuse qui m’était presque insupportable. Vers le « cinquième ou sixième jour de l’observation, elles me « parurent incommodées, et peut-être l’étaient-el les « davantage de la chaleur qu’elles souffraient à leur « occasion, le thermomètre de Réaumur ayant monté « les 8 et 9 juillet jusqu’à plus de 23 degrés.

« Je ne doutai pas, après cette épreuve continuée, « que les vaches, si elles avaient eu à prendre la mala- « die par celte communication, n’en fussent atteintes ; « c’était sans doute dans les premiers jours de la mort « de l’animal que le cuir devait être plus pernicieux; et « si l’on voulait insister sur ce que le transport des cuirs « dont on s’est servi aurait pu les rendre moins dangeu reux, il suivrait de là que les moindres précautions

50 TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL

« peuvent suffire pour garantir les cuirs des animaux « morts infectés de l’effet contagieux donton les charge; « et le but de mes observations était de les examiner.

« Je fis alors transporter les cuirs au-dessus d’une « haute tour où je voulais les examiner, et je continuai « à garder les deux vaches enfermées sans qu’elles « eussent de communication avec aucun bétail.

« Quinze jours se passèrent ainsi; elles mangeaient « avec appétit et avaient du lait en abondance. Le « 24 juillet, je commençai à les faire parfumer avec le « genièvre, ce qui fut continué jusqu’au l"r août que je « les laissai prendre l’air; et je crus aussi pouvoir, sans « imprudence, les laisser communiquer avec l’autre bé- « lail. Elles y vont depuis longtemps sans qu’on se soit «. aperçu que ni elles, ni aucune bête de la vacherie « aient été attaquées; et aujourd’hui que plus de six « semaines sont révolues, je peux rendre publique l’ex- « périence que je viens de rapporter. »

« ... Je ne crains pas d’assurer, «continue deCourtivron, « que l’ordonnance contre les cuirs a coûté beau- « coup plus de cent mille écus à la seule province de « Bourgogne.

« Sans entrer ici dans les vues de la police et en ne « regardant même l’expérience que j’ai rapportée que « comme une raison de douter de l’opinion commune, « il serait peut-être expédient d’ordonner que l’on con- « servât dans chaque village infecté cl dans un lieu « particulier, les cuirs qui seraient rendus marchands « après un certain temps écoulé. «

DES PEAt'X.

Certes, on ne peut nier que, pour les animaux qu’elle concerne, cette expérience faite avec tant de soin ne soit très-concluante. Évidemment, des peaux trèsfraîches provenant de vaches mortes de la maladie à une époque et dans un pays où l’épizootie était dans toute son intensité, mises en rapport étroit, en contact immédiat trés-prolongé avec deux vaches saines, n’ont pas transmis la maladie à ces dernières. C’est là un fait incontestable. Toutefois, en présence de tant d’observations contraires, il y aurait plus que de la témérité à conclure de celte seule expérience que les peaux fraîches ne sont pas contagieuses. De Courlivron luimême, esprit sage autant qu’habile investigateur, est le premier à le proclamer. Il se peut que les deux vaches qui en ont été les sujets aient été de ces animaux qui, comme on en voit dans toutes les épizooties les plus contagieuses, résistent au mal au milieu même des plus ardents foyers de contagion. « Si j’ai publié cette expé- « rience, ajoute-t-il en effet en terminant, c’est pour « que d’autres qui le pourront la répètent, ce que je ne « manquerai pas moi-même de faire de mon côté à la « première occasion. »

Malheureusement il n’a pas donné suite à son projet ; et, à celte époque, il n’a pas trouvé d’imitateurs.

Mais, vingt-quatre ans plus tard, en 17G9, pendant le cours de la terrible épizootie de typhus qui ravageait la Hollande, Camper voulut, comme de Courlivron, « examiner si les peaux de bêtes mortes de l’épizootie « pouvaient réellement communiquer la contagion , cl

Ù2 TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL

« combien de temps elles gardaient celle verlu morbi- « tique.

« M. le marquis de Courti vron,» dit-il, « pense que les « peaux des bêtes mortes de l’épizootie ne commu- « niquent pas la maladie. » On vient de voir que de Courtivron était moins affirmatif que ne le fait Camper. « Plusieurs hommes de mérite de ce pays sont dans la « même idée que d’autres rejettent cependant. Celte « question me paraît si importante que je demandai aux « magistrats la permission de faire des expériences à <c ce sujet; ce qui, non-seulement, nie fut accordé, « mais ou m’autorisa même à les faire aux frais de la « ville.

« En conséquence, le 25 février 1769, j’ai fait placer « dans une hutte de paille, à la maison de campagne « de M. Warmolds, près de Haren, deux veaux d’un an « près desquels on a d’abord mis la peau d'une vache

morte de l’épizootie. Huit jours après j’en ai fait u mettre une autre que j’ai même fait laver, et dont « l’eau, teinte de sang, a été avalée parcesdeux veaux « sans qu’ils aient été atteints de la maladie.

« Le 7 avril (quarante jours après), j'inoculai l'un de « ces veaux avec de la matière prise des naseaux, et « l’autre avec la chassie des yeux d’uue vache qui «. avait été guérie de la contagion ; mais ces matières « ne produisirent aucun effet, soit qu’elles fussent trop « vieilles, soit qu’elles n’eussent plus de vertu. Ces «. deux veaux ne devinrent par conséquent pas ma- « lades; et l’épreuve faite avec les peaux parut dou-

DES PEAUX

« teuse. Je les inoculai de nouveau, le 28 avril, dans « l’étable de notre Société, à Groningen, avec la niait lière prise le 14 du même mois du nez d’une vache « guérie: mais il n’en résulta également rien, sans doute « à cause que cette matière était gâtée et moisie. Ce- « pendant ces deux veaux prirent enfin la maladie « d’autres bestiaux qui étaient fort malades dans la « même étable, au point que l’un d’eux mourut le « 16 mai ; ce qui prouve qu’ils avaient été susceptibles « de prendre la contagion, et qu’ils l’auraient prise « sans doute s’il était vrai que les peaux la cominu- « niquent toujours immanquablement.

« Cependant ces essais ne prouvent rien et demandent à « être répétés. »

Je citerai plus loin des expériences faites par Camper dans une ordre autre d’idées, et qui prouveront que le savant hollandais n’était pas fondé à regarder les peaux fraîches comme n’ayant aucune vertu contagieuse. Je me borne, quant à présent, tout en regardant son expérience comme très-curieuse, à approuver sa réserve quant aux conclusions générales à en tirer.

Enlin, un des plus grands médecins du dernier siècle, un homme qui s’est distingué entre tous par ses travaux et ses recherches sur la cruelle épizootie de typhus qui fut si meurtrière dans les provinces méridionales de la France, Vicq-d’Azyr, lui aussi, a fait des expériences sur la contagiosité des peaux fraîches de hôtes mortes de la peste bovine. Voici dans quels termes il en parle dans le livre remarquable qu’il a publié alors sous

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS BÉTAIL

le titre de: Exposé des moyens curatifs et préservatifs :

« Il résulte des expériences que j’ai faites, que la ma- « ladie ne se communique pas par le moyen des cuirs « frais ; ce que Al. de Courlivron a dit avant moi. J’ai « inutilement renouvelé des cuirs sur le dos de huit <« vaches, à quatre reprises différentes, sans quelles « aient éprouvé d’autres symptômes que du dégoût « pour les aliments. L’appétit leur estensuite revenu... « (Pag. 102 eL 103.)

« J’ai essayé de communiquer la maladie à six

« bestiaux sains, en les frictionnant avec des peaux in- « feelées. Les animaux soumis à ces expériences ont « tous conservé la santé, excepté un seul qui a été alta- « qué de la maladie ; mais j’ai eu de fortes raisons pour « croire qu’il en avait pris le germe ailleurs. » (Pages 103 et 104.)

Assurément, ces passages du célèbre écrivain sont très-explicites; et, cependant, voici une note qu’on lit dans le même ouvrage (pag. o”6 ), qui semble impliquer une singulière contradiction dans ses opinions :

« Soit que l’on place dans une étable saine une bête « infectée ; soif qu’on y transporte le fumier ou la peau « d’une telle bêle... etc., la maladie s’y communiquera « et s’y annoncera infailliblement au bout de trois, six « ou huit semaines. »

J’ajoute que le savant auteur de i 'Exjwsè des moyens curatifs, sous l’inspiration de qui ont été arrêtées les principales mesures sanitaires qui furent alors ordon-

DES PEAUX

nées dans les diverses provinces de France que ravageait le typhus (une seule de ces mesures exceptée, qui fut réformée plus tard), lit prescrire, sous des peines sévères, l’enfouissement avec cuir et chairs, des animaux morts ou sacrifiés pour cause d’épizootie. C’est dire assez que, de même que de Courlivron et Camper, Yicq-d'Azyr était loin de regarder comme suffisamment concluants les quelques essais qu’il avait faits et dont il a donné le récit sommaire que je viens de rappeler textuellement.

Telles sont les expériences, les seules du moins qui soient à ma connaissance, qui ont été tentées pour constater si, dans les circonstances ordinaires de la pratique, les peaux fraîches provenant de bêtes mortes de la peste bovine peuvent, sans danger, être mises en rapport avec des animaux sains. Je devais les citer ici ; car elles appartiennent étroitement à celte partie de l’histoire du typhus, sinon parleur signification absolue, du moinspar l’autorilé scientifique des hommes qui les ont laites. Elles ont aussi une grande valeur, en ce sens que si elles ne prouvent pas d’une manière générale la non-contagiosité de ces peaux à l’état frais ; que si, même, et c’est mon avis, elles ne peuvent jeter de doutes sérieux sur celte contagiosité ; elles établissent, du moins, qu’on n’est pas fondé à en exagérer le danger autant qu’on l’a fait; et que, comme j’essaierai de le démontrer dans un travail d’ensemble sur le typhus, lorsque cette maladie a envahi une contrée, on peut, dans la généralité des cas, sans imprudence et dès lors

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS BÉTAIL

avec des avantages faciles à comprendre, conserver, moyennant certaines précautions, l’importante valeur que représentent les peaux des nombreux animaux qui meurent ou qu’on doit sacrifier dans ces désastreuses conjonctures.

Je sais bien, et c’est un devoir pour moi de ne pas le passer sous silence dans ce travail, que dans le mémoire spécial dont j’ai déjà parlé, adressé par lui à l’administration supérieure, M. le professeur Delafond a opposé aux expériences que je viens de rappeler et dont j’ai eu soin de circonscrire la portée, d’autres expériences ayant eu un résultat contraire, auxquelles il accorde une grande importance et une valeur considérable dans la question.

En effet, il venait, dans ce mémoire, à l’appui de sa thèse sur le danger de permettre l’importation des peaux de provenance russe ou turque, de citer les opinions de quelques auteurs (Buniva, Lorinzer, Spinola), opinions qui ne s’expriment que relativement aux peaux fraîches ; et il ajoute :

« Voilà des opinions d’auteurs compétents ! et pour- « tant je ne m’en suis pas contenté; j’ai voulu chercher « s’il n’existait pas des expérimentations directes dé- « montrant d’une manière péremptoire, incontestable, la « propriété contagieuse des cuirs frais ; et j’en vais citer « qui sont d’un grand intérêt. »

Or, voici quelles sont ces expérimentations :

Camper, voulant s’assurer si la propriété virulente des peaux fraîches se conservait pendant quelques jours,

DES PEAUX

bl

mocula quatre veaux avec des languettes de peau découpées sur une vache qui venait de mourir du typhus. Le premier veau fut inoculé le jour même de la mort de la vache; le deuxième quarante-huit heures; le troisième quatre jours, et le quatrième six jours après. Cinq jours après l’inoculation, tous étaient gravement malades; un seul a pu être sauvé. D’où Camper conclut qu’il y a danger à transporter des peaux fraîches provenant de bêtes mortes du typhus, dans des lieux où l’épizootie n’a pas pénétré.

L’autre expérimentation est de Dupuy, ancien professeur à l’École d’Alfort. M. Delafond la trouve « très-intéressante. » Suivant lui, ce professeur aurait inoculé en 1816, comme l’avait fait Camper en 1769, deux vaches avec des lanières d’une peau provenant d’une vache morte de l’épizootie. Seulement le résultat aurait été loin d’être le même , puisque, toujours d’après M. Delafond, l’une des bêtes inoculées n’a rien éprouvé; et l’autre, après avoir présenté quelques symptômes morbides, s'est rétablie.

A supposer que telles aient été les expériences de Dupuy et leur résultat; à supposer que, faites dans les circonstances et conditions où elles ont eu lieu, elles puissent avoir la moindre valeur; il est évident qu’elles prouveraient bien plutôt contre que pour l’opinion à l’appui de laquelle l’honorable professeur les invoque comme très-intéressantes. En effet, loin d’avoir occasionné la mort des animaux, elles auraient eu pour résultat, sur l’un, quelques symptômes de la maladie

suivis d’un complet rétablissement; sur l’autre, rien.

Mais M. Delafond n’a pas même cité exactement. D’abord il parle de deux vaches inoculées avec des lambeaux de peau; et Dupuy n’en a inoculé qu’u/ie. 11 parle de symptômes de typhus présentés par l'une des deux vaches; et la seule qui a été soumise à ce genre d’expérience, le 3 janvier 1816, a été si peu affectée de celte maladie que, huit jours plus tard, ayant été inoculée de nouveau avec de la salive puisée sur une vache affectée de l’épizootie, elle n’a pas tardé à la contracter elle-même et en a été très-malade. J’ajoute (et celle circonstance, omise dans le mémoire de M. Delafond, a, elle, une véritable importance dans la question des peaux au point de vue du commerce à distance), que la lanière de peau inoculée par Dupuy avait été prise sur une vache morte la veille.

Ainsi, de ces expériences présentées comme si décisives,'les seules de ce genre qui aient été citées dans le mémoiredeM, Delafond, l°laseconde, très-inexactement rapportée, n’a par elle-même aucune valeur, ou si elle pouvait signifier quelque chose, prouverait que les peaux fraîches, même inoculées, n’ont pas la propriété de transmettre la maladie; 2° les premières, faites et suivies avec tout le soin que Camper mettait dans ses travaux, démontrent seulement que les peaux fraîches peuvent, six jours encore après la mort des animaux malades, communiquer la maladie aux animaux sains auxquels on les inocule.

Mais d’abord, de ce qu’une matière virulente inoculée

DES PEAUX

transmet la maladie dont elle est le produit aux sujets sains sur lesquels on l’inocule, on n’est pas fondé à en inférer que cette même matière, mise dans les rapports ordinaires en contact immédiat même avec des animaux sains, leur communiquera également celle maladie. Par exemple, il est certain que l’inoculation à l’homme de matières charbonneuse, morveuse, gangréneuse, etc., ne lui fait que trop souvent contracter des affections semblables; et cependant, quand ils n’ont pas de plaies par lesquelles cette inoculation puisse se faire accidentellement, les vétérinaires, les équarrisseurs, les bouchers, les bergers, louchent et manient tous les jours des peaux d’animaux ayant succombé à l’une ou l’autre de ces affections sans être infectés par leur contact.

Je ferai remarquer, ensuite, que Camper lui-même, ainsi que je l’ai rappelé tout à l’heure, se borne à conclure de son expérimentation, qu’il y a danger à transporter dans des lieux sains des peaux fraîches provenant d’animaux infectés. Or, c’est là un danger qui n’a jamais étécontesté par personne que je sache, pas même par de Courtivron, pas même par Vicq-d’Azyr, et que ne démontrent pas précisément les expériences de Camper ; car elles prouvent seulement que la maladie peut se transmettre par Y inoculation : et, assurément, ce n’est pas dans l’hypothèse de leur inoculation possible que gît le danger du transport dans les localités saines de ces sortes de peaux.

Aussi, tout en insistant, je ne sais pourquoi, sur le graud intérêt que présenteraient, suivant lui, les expé-

ÜO

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DETAIL

riences de Camper el celles de Dupuy, M. Delafond sent-il le besoin de chercher et de produire des preuves plus convaincantes à l’appui du système <|u’il a préconisé dans son mémoire. Or, ce mémoire, qui ne tendait à rien moins qu’à faire interdire l’entrée en France des peaux et suifs de provenances russe et turque, en cas d’existence du typhus en Russie ou dans les provinces danubiennes où il règne assez souvent ; ce mémoire, dis-je, a trop ému l’administration française par l’absolu de ses conclusions en apparence motivées, pour que je puisse me dispenser, dans ce travail spécial, d’examiner les principales raisons sur lesquelles reposent les graves propositions que son auteur en a déduites ; cet examen, d’ailleurs, devant m’amener naturellement au cœur même de la question sanitaire, motif et but de cet écrit.

D’abord, M. Delafond se demande s’il existe dans la science des faits ou expériences démontrant que des peaux fraîches de bêtes bovines mortes du typhus aient communiqué celte maladie par le contact médiat, par contagion volatile ou à distance ; et il se hâte de reconnaître que, « à cet égard, la science est pauvre et ne possède rien de positif. »

Ceci reconnu, il semblait que le savant professeur dût s’arrêter el se déclarer impuissant à soutenir plus longtemps l’opinion de leur danger à distance : il le semblait d’autant plus que, après avoir formulé sa question, il écrit que, quelles que puissent être les croyances à cet égard, « c’est à l’expérimentation seule a résou-

DES PEAIIX

RI

lire ces questions (1). » Tl n’en est point ainsi, car voici comment il continue :

« A défaut d’expérimentations, existe-t-il, du moins, « des faits d’observation prouvant que les cuirs frais « infectés, transportés au loin par le commerce de mer « ou de terre, aient importé celle maladie dans des pays « où elle n’existait pas? » Et, cette fois, il répond par l'affirmative.

Les propositions auxquelles aboutiraient les faits que va citer M. Delafond pour justifier sa réponse, auraient, si les motifs en étaient suffisamment établis, des conséquences trop considérables sur notre législation sanitaire, pour qu’il ne me paraisse pas nécessaire de reproduire ces faits en entier, et de les soumettre à un examen approfondi.

Les voici : le premier est emprunté à Layard ( Essai sur la nature , les causes et la cure de la maladie contagieuse en Angleterre, 1756); le second àVicq-d’Azyr (Exposé des moyens curatifs, 1774).

Voyons d’abord celui de Layard qui le rapporte en ces termes :

« Le docteur Mortimer dit que Théobald a observé « que la première communication de la maladie des

(I) Je no suis pas de cet avis : je, pense que des observations rigoureusement faites, authentiquement recueillies par des hommes compétents et dignes de foi, suffisamment précises, détaillées et nombreuses, vaudraient, en pareille matière, autant au moins que des expérimentations toujours fort difficiles à faire, à supposer que le danger public qu’elles offrent ne s’oppose pas à ce qu’elles soient entreprises.

2 TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS BÉTAIL

« bêtes à cornes nous est venue de la Hollande en 1745. « Un fermier fit passer à Londres deux veaux blancs « pouren croiser et multiplier l’espèce; la maladie pé- « nélra dans la province du Berkshire, par deux vaches « venues du comté d’Essex.

« D’autres nous assurent que la cupidité des tanneurs « anglais leur avait fait acheter à bon marché, en Zé- « lande, une partie de cuirs infectés, quoiqu’il fût « défendu d’en faire le commerce; et qu’après ce hel « achat, ils avaient introduit en même temps la mala- « die. C’est ainsi, si le fait est sûr, que le profit illégi- « lime que quelques hommes ont fait sur celte marchan- « dise, a entraîné la ruine d’une multitude innombrable « de laboureurs et de fermiers.

« Quoique je n ajoute pas une foi entière à toutes ces « relations.... etc. »

Tel est , textuellement extrait de l’ouvrage de Layard, l’un des deux faits d’observation cités par M. Delafond. Raisonnablement, est-ce là un fait d'observation ? Est-ce làuneautorité sérieuse?

D’abord, il y a deux versions sur la cause de l’introduction de l’épizootie en Angleterre en 1745 : suivant Théobald, elle y aurait été apportée par deux veaux, ce qui n’aurait rien que de parfaitement conforme à la manière dont se propage ordinairement le typhus : tandis que, d’un autre côté, on assure que ce serait par des cuirs venant de la Nouvelle-Zélande où régnait la maladie. Ces cuirs étaient-ils secs? étaient-ils salés? étaient-ils frais? On ne le dit pas.

DES PEAUX

Où est donc le fait dans le passage que je viens de transcrire? Où est seulement l’opinion, en ce qui concerne l’introduction par les cuirs ? Layard ne saurait même pas dire où il a puisé les bruits contraires dont il se fait l’écho ; . bruits qui ont à ses propres yeux si peu de consistance, et, dès lors, une valeur si douteuse, qu’il s’empresse de déclarer : « Qu’il n’ajoute pas une foi « entière à toutes ces relations. »

Mais M. Delafond, lui-même, à une autre époque, était si peu fixé sur la question de savoir laquelle des deux origines supposées par Layard était la véritable, que, dans le Traité de police sanitaire qu’il a publié, ayant à opter entre les deux versions, il les a adoptées l’une et l’autre. Ainsi, à la page 1G7 de cet ouvrage, où il est question du commerce des bestiaux , considéré comme cause de la contagion du typhus, on lit :

« L’épizootie de 1745 qui régna en Angleterre fut « apportée, d’après Théobald, par deux veaux blancs « venus de la Hollande où le typhus existait. Ces deux « veaux débarquèrent à Londres d’où ils furenlconduits « dans le comté d’Essex, pour en croiser et multiplier « l’espèce. »

Un peu plus loin, page 169, traitant des débris cadavériques au même point de vue étiologique, il dit :

« Le typhus qui se déclara en Angleterre en 1745, y « fut apporté, dit Layard, par la cupidité des tanneurs « anglais qui allèrent acheter à bon marché, en Zélande, « une partie des cuirs iufeclés. »

Je laisse donc de côté, pour ce qu’il vaut, ce qu’on a

VA

TYPHUS CONTAGIEUX HL GROS BÉTAIL

appelé le fait de Layard, qui ne saurait sérieusement mériter un plus long examen; et j’arrive au suivant « plus circonstancié, plus authentique, » dit M. Delàfond.

Ce fait est tiré de Vicq-d’Azyr, qui le raconte en ces termes, page 8 de son Exposé des moyens curatifs et préservatifs :

« L’épizootie cruelle qui dévaste les provinces méri-

dionales esl venue, suivant le témoignage des personnes u les plus dignes de foi, de la ville de Bayonne, par la « voie de communication. Des bestiaux de la paroisse « de Villefranche ont conduit une charrette remplie de « peaux suspectes à la tannerie d’Asparen. Bientôt ils « ont été attaqués de la maladie épizootique qu’ils ont « communiquée à ceux des métairies situées aux envi- « rons. »

D’où venaient ces peaux ? étaient-elles fraîches, sèches ou salées ? comment établit-on qu’elles étaient suspectes ? Vicq-d’Azyr est complètement muet sur ces points. Chez quel propriétaire, sur combien d’animaux, par quelle nature de rapports entre les premiers malades et les peaux accusées de les avoir contaminés, a comméncé la maladie? etc.... Des renseignements précis sur ces questions fondamentales étaient indispensables pour établir, sinon la preuve, du moins la présomption (pie c’étaient bien ces peaux qui avaient donné naissance au mal. De tout cela, il n’est pas dit un seul mot. El voilà ce que M. Delafond appelle un fait bien circonstancié !

DES PEAUX

Esl-il plus authentique? Pas davantage. En effet, ce n’est pas Vicq-d’Azyr lui-même qui l’a constaté. Ce n’est pas non plus telle ou telle personne, médecin ou vétérinaire, ayant capacité ou lumières spéciales pour bien juger lin fait aussi délicat. Ce sont des personnes dignes de foi qu’on ne peut même pas nommer. En vérité, ce serait là, en toute circonstance, c’est particulièrement dans une matière aussi grave, une singulière authenticité. Authenticité assez douteuse, pour que ce ne soit qu’en raisonnant, et par voie d’élimination, que la Faculté de médecine de Montpellier, dans la consultation qu’clle a publiée, le 30 novembre 1774, sur celte épizootie qui menaçait alors d’envahir le Languedoc, soit arrivée à signaler la possibilité de cette cause ou d’une autre qui l’exclurait : « On ne peut rapporter la « cause primitive de cette épizootie dans les provinces «voisines à aucune intempérie extraordinaire, ni à « aucune infection des pâturages. On présume que cette « maladie a été introduite dans le royaume par des cuirs « infectés , ou par des boeufs venus des pays étrangers « où elle règne depuis longtemps. » — Là, comme en Angleterre en 1745, ce sont des peaux ou des animaux qui auraient importé la contagion.

Paulct ( Recherches sur les maladies épizootiques, tom. u, pag. 228 ; Paris, 1775) parle avec la même incertitude de celte étiologie de l’épizootie de 1774 dans les provinces méridionales : « Un seul cuir apporté « à Bayonne est peut-être la cause d’une perte de « 15,000,000 de livres. »

TYPHUS CONYAGIKIX DU GROS DÉTAIL

« Suivant les uns, dit-il (loin, il, pag 118;, c’est à « Villefranclæ que s’est d’abord déclarée l’épizootie ;

« d’autres assurent que c’est à Saint Jean-Pied-de-Port,

« sur laNive, dans la Basse-Navarre.» Toujours d’après Paulet, qui avoue ne répéter que ce qu’il a entendu dire, les cuirs qui auraient été importés à Bayonne, étaient des cuirs verts. Quant à leur origine, môme embarras :

« Ils auraient été importés de la Nouvelle-Zélande hol- « landaise ou de l’Artois. »

Voici maintenant un autre document. C’est un mémoire sur l’épizootie des provinces méridionales, lu le 23 août 1775, à l’Académie de Bordeaux , par J . B. Secondât, directeur de celte Académie. Voulant se renseigner aux sources les plus sûres pour remonter aux causes de cette épizootie, Secondât s’était adressé à Duchesne, principal secrétaire de l’intendance de Bordeaux; et voici les détails assez circontanciés qui lui furent communiqués par ce fonctionnaire :

« L’épizootie avait été apportée dedaRussie à Bayonne.

« En 1773 et 1774, il y avait en Russie une maladie « pestilentielle sur les bœufs ; un vaisseau chargé de « cuirs de Russie arriva dans le port de Bayonne. La «. première pensée fut de n’en pas permettre le débit et « de renvoyer le vaisseau sans souffrir qu’on en mît à « terre les marchandises. Mais les douaniers ne vou- « lant rien perdre de leurs droits s’v opposèrent. Les « cuirs furent débarqués, vendus ou distribués dans le « pays où les attelages de chevaux sont très-rares, et les v attelages de bœufs fort communs.

DES PEAUX

« Les cuirs furent employés dans les harnais des « bœufs, à ces courroies qui les lient au joug. Presque « tous les bœufs qu’on lia ainsi au joug furent attaqués « de la peste et périrent, les uns plus tôt, les autres plus « tard. »

Ainsi, d’après Duchesne placé par sa position officielle au centre de l'administration qui avait dû rassembler tous les documents recueillis sur l’épizootie ; d’après ce fonctionnaire « doué des connaissances les plus éten- « dues en tout genre d’affaires, « comme le dit Secondai pour donner plus de poids encore à son témoignage; ce ne serait pas par des peaux venues on ne sait d’où, suivant Yicq-d’Azyr, tirées de la Nouvelle-Zélande ou de l’Artois suivant Paulet ; ce serait par des cuirs importés de la Russie, que l’épizootie aurait été importée à Bayonne. D’après le meme fonctionnaire, ce ne serait pas en transportant ces cuirs du port de Bayonne aux tanneries voisines que les bœufs auraient contracté la maladie ; c’est par des parties de harnais fabriqués avec ces cuirs qu’ils auraient été infectés.

On comprend qu’en présence de toutes ces incertitudes, de toutes ces versions contradictoires, l’illustre fondateur des écoles vétérinaires, Bourgelat, dans le mémoire qu’il a publié en 1779 sur les maladies contagieuses du bétail, n’ait pas voulu être plus affirmatif que les auteurs que je viens de citer, et qu’il ail écrit que c’est par des cuirs importés à Bayonne que, « si on en croit le bruit public, » le typhus aurait, en 1771, pénétré dans les provinces méridionales.

fi 8

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL

Mais, et pour les mômes raisons, il est difficile de s’expliquer comment, dans son mémoire, M. Uelafond a pu présenter ce bruit comme un fait, et présenter ce fait « comme circonstancié et authentique, comme prouvant d’une manière incontestable que c’est aux cuirs frais, débarqués à Bayonne, en 1774, qu’es* due l’apparition du typbus dans les environs de cette ville; » comment il a pu le présenter comme suffisant à lui seul à justifier les mesures extrêmes qui forment la conclusion finale de ce mémoire, et que je vais rappeler tout à l’heure pour en examiner le fondement à un autre point de vue.

En attendant, arrêtons-nous encore un instant, pour en apprécier aussi la valeur, sur ce que l’auteur du mémoire appelle « d’autres faits,» à l’appui de ceux qu’il vient de citer.

L’un est extrait d’une note de treize pages publiée en 1796 sous le titre assez prétentieux de Recherches et observations sur les causes de la maladie épizootique et instructions sur son traitement , par un citoyen Relogue, médecin à Nancy, nom parfaitement inconnu, et note plus que incomplète dans laquelle on lit le passage suivant : « Pendant la dernière campagne, un citoyen « de ce département, faisant le métier de vivandier, « conduisit en Allemagne, où régnait alors l’épizootie, « des comestibles pour alimenter les troupes françaises; « il en ramena des peaux de bœufs. Peu de jours après « son retour, son bétail périt, et celui du village eom- « mença à périr journellement d'une maladie inconnue;

DES PEAUX

fi9

« et ensuite cette maladie gagna de commune en com- « mune parla communication. » Le citoyen Relogue n’en dit pas davantage; et c’est cette très-vague assertion d’un homme qui fût resté parfaitement ignoré si on n’avait cru devoir exhumer ce passage de sa note, que M. Delafond cite au ministre comme un fait circonstancié et authentique.

On n’exigera pas, je l’espère, que je m’arrête à discuter la valeur d’un argument de cette sorte; aussi bien trouvé-je invoqué, h la suite de celui du citoyen Relogue, le nom bien autrement considérable de M. Spinola qui, lui aussi, suivant M. Delafond, aurait produit « un fait » en faveur de la transmission du typhus par les cuirs transportés au loin.

« En 1830, fai entendu dire en Hongrie » (dit le savant professeur de Rerlin dans les considérations sur la nécessité des mesures de police sanitaire vétérinaire employées en Prusse contre la peste bovine, Rerlin, 1847), « que la cause « de l’épizootie qui y régna et enleva plus de soixante- « douze mille lêtesde bétail, provint de ce que le gouver- « nement, quoiqu’il eût défendu de dépouiller les bêles « mortes du typhus, ne défendit pas l’entrée des peaux « étrangères venant de la Valachie et de la Moldavie où « le typhus commença en 1828 durant la guerre des « Russes contre les Turcs, et où il n’était pas encore « éteint en 1830. »

Ai-je besoin de faire remarquer qu’ici encore, nonseulement ce n’est pas un fait que raconte M. Spinola; ce n’est pas même une opinion personnelle qu’il ex-

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL

prime; c’est un bruit qu’il rapporte sans le garantir autrement. Et puis, si oïl prend la peine de rechercher sur quoi repose ce bruit, on est bien près d’être fondé à le regarder comme singulièrement hasardé: car, d’abord, ce que dit M. Spinola de la défense qu’aurait faite le gouvernement hongrois de dépouiller les bêles mortes, permet de supposer que déjà le mal avait pénétré dans le pays en y faisant des victimes ; et ensuite, puisque la maladie régnait depuis deux ans en Valaehie et en Moldavie, provinces avec lesquelles la Hongrie, même quand les frontières sont fermées par ordonnance, fait un commerce continuel de bestiaux vivants, pourquoi n’admettre pas plutôt que celte fois, comme lors de toutes les autres invasions bien constatées, c’a été par ce commerce incessant de bestiaux aux frontières que le mal a été importé? Enfin, en accordant même, ce qui est si loin d’être, qu’il soit certain que ce sont des cuirs qui, en 1830, ont introduit le mal en Hongrie; évidemment ce ne serait pas un fait à citer comme exemple de la transmission de la maladie par des cuirs transportés au loin, puisque en quelques heures des cuirs peuvent passer de la Moldavie ou de la Valaehie dans la Hongrie.

Ce fait, si important qu’on ait cherché à le rendre en le produisant sous l’autorité imposante de M. Spinola, n’a donc pas plus de valeur qu’aucun des précédents ; et s’il prouvait quelque chose, ce serait tout au plus, ce qui n’a nullement besoin d’être prouvé, que les cuirs frais peuvent transmettre la maladie dans les lieux voisins.

DES PEAUX

Puisque j’ai été amené à parler de M. Spinola, je saisirai cette occasion de consigner ici comme un document grave, la pensée d’un auteur aussi versé que lui dans l’étude pratique de la police sanitaire du typhus; pensée qu’il a toujours très-nettement formulée, et qu’on a si mal interprétée, sur la question des peaux.

Deux fois, dans le travail dont je viens de rappeler le titre à propos du typhus de Hongrie en 1830, ce professeur a dit quelques mots sur le danger du transport des peaux de bêtes mortes de la peste bovine; et voici comment il s’est exprimé :

« Chez nos animaux domestiques, le typhus ne se dé- « clare que par contagion; et cela, soit par leur coliahi- « lation avec des bêtes malades des steppes, soit par « l’attouchement d’objets provenant de ces derniers ou « qui leur ont servi, comme, par exemple, les peaux u brutes, le suif brut, etc. »

' Dans un second passage il dit :

« Il me semble que lorsque la peste bovine sévit dans « un pays limitrophe, on devrait prendre les mêmes me- « sures que pour les bestiaux, c’est-à-dire une prohibi— « tion absolue à l’égard de l’entrée à la frontière des <( objets qui peuvent servir à colporter la contagion, et « particulièrement ceux qui proviennent directement « des bestiaux, tels que peaux brutes, etc... Mous ne de- « vous cependant pas omettre de dire que la contagion, u en s’attachant à ces objets, ne communique pus le niai « comme les bestiaux eux-mêmes pourraient le faire. »

Plus tard, dans une lettre particulière qu’il me faisait

TYPHUS C0NTAG1KLX DU GROS BÉTAIL.

l’honneur de m’écrire à la date du lo octobre 1847, en réponse à des questions que je lui avais adressées sur le danger que pouvaient présenter les peaux provenant d’animaux morts du typhus, ce savant vétérinaire me disait : « A mon dernier voyage en Russie, j’ai eu l'oc- « casion d’observer moi-même plusieurs cas de propa- « galion de l’épizootie par les peaux. En Russie, où il « est rare qu’on ne dépouille pas les hôtes mortes du « typhus, on reconnaît que le commerce des peaux est « la voie principale par laquelle la peste bovine s’étend « et se propage. » Puis, craignant que je ne donnasse au mol «. peaux » ainsi [employé sans qualification un sens plus étendu que celui qu’il voulait lui donner, il s’empressait d’ajouter : « Il est bien entendu que c’est « par des peaux fraîches que les propagations dont je « parle ont eu lieu. Quant aux peaux salées, la Prusse u n’en reçoit pas de la Russie. »

Il demeure donc bien constant que l’opinion de Spinola, son opinion formelle, assise sur ses observations et sur celles des vétérinaires russes qu’il a vus et consultés, est que, toutes les fois que des contagions du typhus ont eu lieu par des peaux, ça été par des peaux brutes, c’cst-à-dire par des peau x fraîches non salées; conséquemment par des peaux venues de pays trèsvoisins , et non par des peaux transportées au loin; et encore croit-il devoir faire remarquer que « elles ne « communiquent pas le mal comme pourraient le faire « les bestiaux malades eux-mêmes. »

11 est enfin une dernière autorité qu’a invoquée M. De-

1)KS PILAUX.

lafond à l’appui de son opinion ; c’est celle de Buniva, inspecteur général de la santé publique en Piémont, à qui l’on doit plusieurs observations consignées dans deux mémoires très-remarquables sur le typhus contagieux (pestis bovina ) qui a fait tant de ravages dans les Étals sardes pendant les dernières années du xvmc siècle. Voyons donc ce qu’a dit cet auteur à propos des peaux en tant que moyen de propagation de la contagion :

« J’ai eu occasion, moi et mes coobservateurs, de voir « tant de fois l’épizootie propagée par la voie des cuirs « frais, que j’ai été forcé de déclarer au sénat de Turin « que les cuirs étaient contagieux par excellence; et « j’ai observé que les tanneries où l’on travaillait beau- « coup de peaux d’animaux morts de l’infection deve- « naienl un vrai foyer de contagion. »

Voilà tout ce qu’a dit Buniva. On avouera qu’il serait bien difficile d’inférer de ce passage autre chose, sinon que les peaux fraîchement enlevées des animaux morts du typhus transmettaient la maladie dans les localités voisines où elles étaient transportées.

Là se termine la revue ou plutôt le contrôle que je devais faire des opinions, des écrits, des faits invoqués dans le mémoire dé M. Delafond.

J’ai mis la plus scrupuleuse exactitude à vérifier, citer et extraire les textes; et si j'ai bien fait comprendre le seul sens, la seule portée que peuvent avoir ces opinions et ces faits, on aura lieu d’être surpris que l’auteur de ce mémoire ait pu en inférer la proposition suivante :

« Des opinions aussi imposantes que celles de Buniva,

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL

« Lorinzer et M. Spinola; des expériences de Camper « et de Dnpuy; du fait recueilli par Vicq-d’Azyr à « Bayonne, par Relogue dans le département de la « Meurlhe, par M. Spinola en Hongrie, je crois être aû- «. torisè à conclure que les cuirs frais provenant des bêtes « bovines mortes du typhus, transportées an loin soit « par transit de terre, soit par transit de mer, et mis en- « suite en rapport avec des bêtes à cornes en bonne « santé, peuvent transporter le typhus. »

On ne s’étonne pas moins qu’il ajoute qu’ « il suffirait « du seul fait de Bayonne pour justifier cette conclusion « d’une manière positive. 5>

Or, on a vu que dans ce fait de Bayonne, que M. Delafond cite et invoque à chaque instant comme si bien circonstancié, si authentique , qui, suivant lui, prouve d’une manière si incontestable, si positive la transmission du typhus par des peaux fraîches transportées à de grandes distances, tout est doute, tout est obscurité. Car je ne saurais trop le répéter, puisqu’on attache tant d'importance à ce fait, Vicq-d’Azyr ne dit pas si ces peaux étaient fraîches, salées ou sèches; il est muet sur leur provenance. Il ne résulte donc pas de ce qu'il a dit que c’étaient des peaux fraîches et quelles venaient de loin.

Paulet dit bien que c’étaient des cuirs verts, mais il est le seul qui le dise ; et comme il n’a connu celte circonstance que par ouï-dire et n’indique pas d'où il la connaît, c’est tout au plus une conjecture. Il parle bien de la provenance de ces cuirs; mais c’est pour exprimer une incertitude ; « Ils auraient été tirés de la

DES PEAUX

« Zélande hollandaise ou de l’Arlois. » Même doute sur les lieux où la maladie aurait pris naissance : ce serait « à Villefranche ou à Sainl-Jean-Pied-de-Port. »

Suivant Secondât, qui indique la source officielle où il a puisé ce renseignement, c’est de la Russie que seraient venus les cuirs ; et c’est après avoir été travaillés et confectionnés en harnais qu’ils auraient transmis le mal.

Enfin une réunion d’hommes spéciaux et considérables, le corps médical le plus élevé des provinces méridionales, la Faculté de médecine de Montpellier, informations prises, émet l’idée qu’il n’est pas bien certain que ce soit par des peaux plutôt que par des bœufs vivants importés des pays infectés, que le mal ait été introduit aux environs de Bayonne, sans indiquer toutefois de quel pays auraient été tirés ces bœufs ou ces peaux.

Ajoutons que ni Yicq-d’Azyr, ni Paulet, ni Secondât, ni la Faculté de Montpellier, n’ont vu ou n’affirment ce qu’ils rapportent. — Yicq-d’Azyr l’a appris par des témoins dignes de foi; — Peut-être , dit Paulet, est-ce à des peaux qu’est due l'importation de l’épizootie; — Secondât tient de Duchesne les explications qu’il donne; — la Faculté de Montpellier n’a écrit que sur des présomptions : «On présume, » dit-elle; — Bourgelat, lui aussi, ne l’admet que sous cette réserve : « Si l’on en croit le bruit public. »

Peut-être trouvera-t-on que j’ai accordé à la discussion de ccs prétendus faits, à l’appréciation de la va-

70 TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS BÉTAIL

leur réelle de ces opinions si légèrement prêtées à des auteurs et à des praticiens recommandables, plus de temps et d’importance qu’il est maintenant évident qu’ils n’en méritent; mais on voudra bien remarquer qu’à force d’être répétés depuis de longues années par vingt auteurs différents qui, n’ayant pas pris la peine d’en contrôler l’origine et d’en vérifier la réalité, se sont bornés à se copier les uns les autres, ils ont fini par prendre une certaine consistance parmi les vétérinaires et même auprès de beaucoup d’administrations sanitaires. La récente et si grave mesure qu’ont prise les gouvernements anglais , hanovrien , hollandais et belge, etc, en est un exemple. On voudra bien remarquer en même temps qu’en les rapprochant, groupant et présentant comme il l’a fait dans son Traité de police sanitaire, et dans son récent mémoire; en les appuyant de son autorité; en offrant les conclusions qu'il en déduisait comme le fruit de « plus de vingt ans d’études « tant théoriques que pratiques (1) ; » M. Delafond était parvenu à leur donner assez d’importance pour que le ministre de l’agriculture ait cru devoir les prendre en sérieuse considération, et s’en soit ému au point de les renvoyer à l’examen d’une commission spéciale de hauts administrateurs et de vétérinaires, constituée d'urgence et tout exprès.

(1) Ce dernier mot, qui donnerait un si grand poids à l’opinion soutenue dans le Mémoire dont il est ici question, a sans doute échappé à la plume de l’auteur ; car je ne sache pas que M. Delafond ait jamais eu l’occasion de voir des animaux atteints de typhus.

DES PEAL’X

Il est donc notoire depuis très-longtemps, et cela ne saurait être contesté par personne , que les peaux fraîches des bêtes bovines affectées du typbus peuvent transmettre, et, dans l’immense majorité des cas, transmettent celle maladie aux animaux sains de leur espèce avec lesquels elles sont mises en rapport. C’est là un premier fait certain et qu’il est essentiel de constater comme définitivement acquis à l’observation.

Il reste maintenant à rechercher combien de temps une peau fraîche, laissée dans les conditions ordinaires, peut conserver cette propriété. Or, je ne connais que deux expériences qui aient été faites dans le but de s’en assurer :

1° Celle de Camper, que j’ai fait connaître plus haut, et de laquelle il est résulté que des languettes de peaux infectées, inoculées à des bestiaux sains le sixième jour de la mort de l’animal auquel elles avaient appartenu, leur ont communiqué la maladie;

2° Celle de Vicq-d’Azyr, ainsi racontée à la page 97 de \' Exposé des moyens curatifs :

« Des morceaux de peau, pris à Montréal dans des « fosses où, depuis plus de trois mois, on avait enterré « des animaux morts de la contagion, et introduits dans « plusieurs plaies faites à des animaux sains, les ont « infectés. Nous avons perdu deux vaches après une « pareille inoculation. »

Mais je ferai observer :

Quant à la première, celle de Camper, qu’elle prouverait seulement que les peaux sont encore virulentes six

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL

jours après la mort des animaux auxquels elles ont appartenu ; ce qui n’a rien que de facile à concevoir, puisque ce sont encore des peaux fraîches.

Quant à la seconde, que, à part son unicité qui atténue singulièrement son importance, elle manque absolument des détails les plus indispensables à la signilicalion qu’on prétendrait lui donner : car il n’est pas dit si cette peau présentait ou non des caractères de putréfaction avancée ; et, surtout, il n’est pas dit si la maladie régnait, ne régnait pas, n’avait pas récemment régné dans le pays où l’expérience était faite, ou à son voisinage. Or, comme l’existence d’une fosse renfermant des cadavres d’animaux morts du typhus prouve que, à supposer que l’épizootie y fût éteinte ci ce moment, ce qui n’est pas établi, elle y avait certainement sévi à une époque toute récente ; rien ne serait plus téméraire que de conclure que le développement de la maladie sur les vaches inoculées doit être attribué à l’inoculation plutôt qu’aux conditions et circonstances épizootiques au milieu desquelles se trouvaient ces animaux ; et puis, les symptômes qu’ont présentés les animaux inoculés non plus que les lésions morbides trouvées après leur mort n’ayant pas été rapportés, on ne saurait dire si c’est plutôt du typhus que d'une infection putride résultant de l’inoculation de matières animales décomposées que ces animaux ont été affectés.

On remarquera d’ailleurs, que, dans l’expérience de Camper, comme dans celle de Yicq-d'Azyr, il s’agit dVooculations : on se rappellera également que ce dernier a

DES PEAl'X.

démontré expérimentalement combien il y a loin, en ce qui concerne les peaux, de l’effet produit par leur inoculation à celui résultant de leur mise en rapport ordinaire avec les animaux sains. N’est-ce pas lui, en effet, qui a écrit : « Il résulte des expériences que j’ai faites, que la « maladie ne se communique pas par le moyen des cuirs « frais?» Or, on comprend difficilement que, dans les circonstances de rapports ordinaires, des peaux enlevées depuis trois mois eussent une propriété, une action contagieuse que n’auraient pas des peaux fraîches.

Ces expériences écartées, et, je le répète, ce sont les seules à ma connaissance qui aient été faites, il ne reste plus, pour éclairer cette question, que des opinions, des croyances résultant d’observations pratiques personnelles, et au nombre desquelles il faut compter, parmi les plus importantes, celle de Lorinzer qui, toutefois, s’est borné à celte simple assertion :

« Les peaux des bœufs atteints de l’épizootie, huit « jours encore après qu’on les avait isolées des cadavres, « ont pu communiquer la contagion. »

Bien que ce soit chose assez grave qu’une proposition de cette nature, et qu’il soit, pour celte raison, très-regreltableque Lorinzer n’ait pas cru devoir faire connaître si elle était l’expression de faits rigoureusement observés par lui, ou si elle ne reposait que sur des bruits qu’il aurait recueillis ; elle ne tend, en définitive, qu’à établir que les peaux conserveraient encore leur propriété virulente huit jours après la mort des animaux infectés. Or, étant admise la contagiosité des peaux

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS BÉTAIL

fraîches, il n’y a pas de raison pour ne pas admettre qu’elles puissent se maintenir en cet état, avec la propriété qui lui est inhérente, pendant une huitaine de jours, lors, notamment, que la température n’est pas très-élevée; et que, conséquemment, en tant que peaux fraîches, elles soient encore aptes à transmettre la maladie.

Huit jours! voilà donc, suivant les praticiens, le temps le plus long pendant lequel les peaux infectées, qui n’ont été soumises à aucunes préparations, sont supposées pouvoir conserver des propriétés dangereuses pour les bestiaux avec lesquels elles seraient mises dans des rapports de voisinage très-rapproché ou de simple contact : et, encore, n’esl-ce là qu’une assertion d’un grand poids, sans doute, par l’autorité de celui dont elle émane, mais qui, théoriquement admissible, ne repose en fait sur aucune expérience ou observation précisée qu’il ait fait connaître.

Admettons pourtant qu’il en soit ainsi ; accordons que ce qui n’est qu’énoncé, ait été démontré ; et, appliquant cette durée de la contagiosité des peaux à la question de police sanitaire qui nous occupe, cherchons à apprécier le danger qu’elle implique, dans le commerce dont ces débris infectés peuvent être l’objet, pour les pays sains dans lesquels ils seraient transportés.

Deux cas peuvent se présenter :

Ou bien ce transport aurait lieu d’un endroit infecté dans un endroit encore sain du même village, de la même ville, du même département, de la même pro-

DES PEAUX

vince, du même royaume : et alors, bien qu’il n’en soit pas toujours ainsi entre départements ou provinces éloignées d’un même État, les peaux pouvant y être transportées dans l’espace de quelques jours et fraîches, il y a danger de contagion, on ne peut le nier; et, on ne saurait trop sévèrement interdire ce transport.

Ou bien, et c’est là le cas que j’examine surtout dans ce travail, ces peaux seraient transportées d’un Étal infecté dans un autre État sain plus éloigné. Voyons, dans ce cas, dans quelles conditions peut se faire et. se fait en réalité ce transport, alors que, pour la France cl l’Angleterre par exemple, il a lieu de la Russie du nord, de la Russie du sud ou des provinces danubiennes, dans l’un de ces deux grands États.

En fait, c’est généralement par voie de mer qu’il a lieu. Or, quand on considère le temps qui devrait s’écouler entre le moment où une peau est enlevée sur une bête bovine, et celui où cette dépouille aurait été vendue et transportée dans un port de mer pour y être embarquée ; entre ce moment et celui où l’expéditeur aurait réuni assez de ces articles pour en faire l’objet d’un envoi au loin ; entre ce dernier moment et celui où le navire ayant complété son chargement et ayant mis à la voile, les peaux auraient, après la traversée, été déchargées à terre dans le port d’arrivage, et emmagasinées pour y être travaillées dans les ateliers des destinataires : estil possible'de ne pas comprendre que, empilées les unes sur les autres dans l’atmosphère chaude et humide d’entreponts mal ventilés, ces peaux auraient vingt fois

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL

le lemps d’ôlrc putréfiées, si on avait fait la folie d’essayer de les envoyer à l’état frais, et sans les avoir soumises préalablement à des préparations de salaison, de dessiccation ou de désinfection de nature à prévenir leur décomposition? On n’a pas besoin d’élre un homme du métier pour comprendre ces choses-là. Et, dès lors, il est véritablement inexplicable qu’on ait pu imaginer et écrire qu’il arrivait dans nos ports de France des peaux fraîches provenant, soit de la Russie ballique, soit de la Russie du sud, soit des provinces danubiennes.

J’ai parcouru avec M. Imlin, par l’ordre du gouvernement, le littoral de la mer Rallique depuis Memel jusqu’à Kiel ; j’ai visité les ports de Kœnisberg, de Danlzick, de Stetlin, de Hambourg, de Lubeck; j’ai interrogé les principaux négociants en cuirs et peaux de ces ports; j’ai pu, grâce au bienveillant concours de nos consuls dans ces villes, prendre connaissance du mouvement commercial d’importation ou de transit dont ces articles y sont l’objet : un an plus tard, j’ai fait seul les mêmes explorations sur le littoral de la mer du Nord, à Amsterdam, à Rotterdam, à Anvers, à Dunkerque, au Havre : et partout où j’ai hasardé la question de savoir si, dans ces ports, il arrivait des peaux fraîches de bêtes bovines, soit de la Russie, soit de tout autre contrée aussi ou plus éloignée, j’ai vu sourire, et je le comprenais, ceux à qui j’adressais une pareille demande : on ne pouvait croire que je la fisse sérieusement*.

Eli bien, ce que j’ai vu et pu constater directement sous ce rapport, dans les ports de la Baltique et dans

DES PEAUX

ceux de la mer du Nord et de la Manche, s’est trouvé confirmé par des renseignements officieux que je me suis procurés, et surtout, par des documents officiels qu’a bien voulu me communiquer l’administration des douanes, en ce qui concerne Marseille et Cette, sur la Méditerranée; Bayonne et Bordeaux, sur l’Océan. Dans aucun de ces ports non plus, d’où qu elles puissent venir, les peaux, quelles qu’elles soient, n’arrivent fraîches.

Un état officiel du commerce des peaux qui se fait à Trieste me permet d’ajouter qu’il en est de môme dans ce port de l’Adriatique, bien plus rapproché que nous, pourtant, de l’Archipel ou de la mer Noire. Il est importé dans cette ville une certaine quantité de peaux de bœufs et de vaches d’Odessa, de Taganrock et de Berdianska; elles sont toutes sèches en poils, avec ou sans sel. Elle en reçoit quelquefois, mais en petit nombre, des ports de Galatz et d’Ibraïla des provinces danubiennes ; celles-là sont généralement salées, non sèches.

De même enfin l’Angleterre, d’après un rapport de noire consul général dans ce pays, ne reçoit de provenance russe ou turque que des peaux sèches pour la plupart et dont quelques-unes seulement sont salées.

Ainsi, en fait, dans aucun des ports prussiens ou danois de la Baltique, dans aucune des villes anséaliques, de la mer du Nord, de l’Océan européen, de la Méditerranée, il n’arrive de la Russie du nord ou du sud, non plus que des provinces danubiennes, aucune peau qui

ne soit ou salée ou sèche ; celles venant de la Russie du

8i TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL.

nord sonl sèches pour la plupart; celles venant de la Russie du sud ou des provinces danubiennes sont partie sèches, partie salées : quelques-unes, pour des raisons de conservation que j’ai indiquées au commencement de ce mémoire, sont salées avant d’ôlre séchées.

C’est pourquoi, en ce qui concerne les peaux fraîches, s’il est vrai, d’une part, comme il résulte de tous les faits observés et recueillis depuis bientôt cent cinquante ans et des quelques expériences tentées dans le siècle dernier, que les peaux provenant des bêtes bovines mortes du typhus n’ont la propriété d’importer la contagion dans les pays sains où on les transporte que tant qu’elles sont à Y état frais; — S’il est vrai, d’autre part, qu’il ne vient de la Russie dans les différents ports européens, môme dans ceux de la Prusse et de l’Autriche, que des peaux sèches ou salées, et qu’il est commercialement impossible qu’il en vienne d’autres; — Ce serait sans aucune raison que notre pays, non plus que l’Angleterre, la Belgique ou la Hollande, craindrait un danger quelconque de contagion par le commerce et la libre importation de ces peaux dans nos ports, lorsque le typhus des bêtes bovines règne dans l'une quelconque des provinces russes, si voisine soit-elle de la Baltique ou de la mer Noire. Pour les mêmes motifs, ces craintes n’auraient pas plus de fondement si la maladie sévissait dans les provinces danubiennes.

11 est, du reste, un fait constant en ce qui concerne les peaux de bêles bovines importées de Russie en France; c’est que, à part les petites peaux (peaux de

DES PEAUX

veau) sèches en poils, il n’en vient qu'une très-petite quantité dans nos ports, non plus que dans ceux de la Hollande et de la Belgique.

En effet, c’est de Buénos-Ayres et de Surinam qu’Amsterdam tire la plus grande partie de ses peaux. Ce port, comme celui de Rotterdam, n’en reçoit, pour ainsi dire, qu’exceptionnellement de la Russie; et encore ne sont-ce que des peaux de veau sèches, la plupart en transit pour le Havre.

« La Belgique » (est-il dit dans une note que je dois à l’ohligeance de M. Belfroid, chef de la division d’agriculture au ministère de l’intérieur) « ne reçoit pas de « peaux de Russie. S’il en vient, ce qui doit être bien « rare, ce ne peut être que par la voie de Hambourg, « seule ville qui lui ait envoyé deux ou trois fois de pe- « lites quantités de peaux sèches. » Cette note vient confirmer les renseignements que j’avais puisés auprès des principaux courtiers et négociants du port d’Anvers, qui m’ont déclaré que, depuis bien des années, il n’était pas entré dans ce port un seul cuir de bête bovine venant de la Russie.

Quant à la France, voici sommairement ce que constatent les relevés officiels sur le commerce des cuirs russes qui se fait dans ses ports :

Dunkerque. De 1846 à 1855 (en dix ans), il n’y a été reçu que quatre-vingt-douze peaux salées et sept peaux sèches de bœufs et vaches; et cent vingt-huit mille sept cent soixante-treize peaux de veaux sèches , toutes venant de la Russie du nord.

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS BÉTAIL

Le Havre est sans contredit celui de nos ports où se l'ont les arrivages les plus considérables en peaux étrangères. On pourra s'en faire une idée par le relevé suivant qu’on a bien voulu faire sous mes yeux dans les bureaux de la douane de ce port, par les ordres de M. le directeur de ce serv ice, en ce qui concerne les trois années 1853, 1851 et 1855. Dans celte période il est entré au Havre :

1° 1 4,015,475 kilog. de grandes peaux salées;

2° 3,546,377 » de grandes peaux sèches ;

En tout 22,561,852 » de peaux de bœufs, de taureaux et de

vaches.

Ce qui, en admettant que les arrivages aient été à peu près les mêmes chaque année, en moyenne, dans la période décennale de 1844 à 1853, donnerait, pendant ces dix années, un chiffre de soixante-quinze millions cinquante-six mille cent soixante-dix kilogrammes de ces peaux, soit, année moyenne, sept millions cinq cent cinq mille six cent dix-sept kilogrammes.

Or, sur celte quantité, les peaux venant de la Russie sont entrées :

En peaux salées pour . 348 kilog. en 1848;

En peaux sèches pour . 1 074 » »

En tout 4422 » »

ce qui équivaut à dire que ce commerce est à peu près nul.

DES PEAl’X.

Les mêmes calculs faits pour les peaux de veaux de même provenance, dans la même période décennale, donnent huit millions quatre-vingt-douze mille neuf cent dix kilogrammes, soit, année moyenne, huit cent neuf mille deux cent quatre-vingt-onze kilogrammes sur lesquels soixante-deux mille neuf cent quatre-vingtdix-huit seulement de peaux, sèches à très peu d’exceptions près, provenaient de la Russie baltique.

Bordeaux. « Autrefois, il y a une quinzaine d’années, « le port de Bordeaux recevait d’assez grandes quanti- « tés de peaux des ports de la Baltique. Depuis une « dizaine d’années, il a complètement cessé d’en rece- « voir d’aucun port russe. » (Officiel.)

Il résulterait de renseignements officieux que, depuis la paix récemment faite avec la Russie, quelques peaux salées en poils auraient été débarquées à Bordeaux en provenance de Kamiesch et d’Odessa. Ces importations sont regardées comme exceptionnelles.

Bayonne. Depuis très-longtemps le port de cette ville ne reçoit ni peaux, ni suifs, ni os, etc., de bêtes bovines ou autres de la Russie ou de la Turquie. (Officiel et officieux.)

Cette. Même note et de même source que pour Bordeaux.

.Marseille. De relevés officiels faits par l’administration des douanes sur les importations de 1844 à 1853, il ressort que le port de Marseille, qui, de 1844 à 1848, avait reçu de différents ports russes de la mer Noire :

TYPHUS CONTAGIEUX Dl GROS BÉTAIL.

En peaux salées de bôtes bovines 20,760 kiiog.

Eu peaux sèches 29,971 »

En tout 50,731 »

avait complètement cessé d’en recevoir depuis 1818 jusqu’en 1856. Cependant, depuis la conclusion de la paix, il s’est fait des arrivages en peaux de bœufs, en assez grande quantité, des différents ports russes de cette mer. Pour le plus grand nombre les peaux sont sèches et en poils; les autres sont salées et en saumure.

Dans la même période de 1844 à 1853, Marseille avait reçu de la Turquie et des provinces danubiennes :

En peaux de bœufs salées 28,681 kilog.

» » sèches 4-7,745 »

En tout 76,420 »

à peu près égalemeut réparties dans chacune des dix années.

D’où il suit :

Que les importations dans les ports de commerce français des peaux de bœufs, taureaux ou vaches venant de la Russie, sont à peu près nulles dans nos ports de la mer du Nord, de la Manche et de l'Ouest, qui ne reçoivent, celui du Havre notamment, que de petites peaux de veau sèches venant de la Russie du nord ;

Et que de ceux de la Méditerranée, un seul, Marseille, reçoit des peaux en provenance de la mer Noire et des provinces danubiennes, mais toutes ou sèches en poils ou salées en saumure.

DES l'EAl'X.

La France n’a donc aucunement à s’inquiéter de l’importation de ces peaux; d’abord, parce que, n’arrivant que dans quelques-uns de ses ports et en quantités relativement fort minimes, elles seraient très-faciles à surveiller au besoin ; ensuite, et c’est là la principale raison, parce qu’elles y arrivent dans un état de salaison ou de dessiccation que l’expérience a démontré être sans danger pour le transport de la contagion du typbus.

Toutefois, si rassurantes que soient évidemment toutes les circonstances qui précèdent, il est un fait d’observation de nature à augmenter davantage encore notre sécurité sous ce rapport, et qui est trop considérable par sa signification dans celte matière pour que je ne le constate pas ici d’une manière toute particulière:

Quiconque s’est un peu occupé de l’histoire de la peste bovine, sait combien souvent elle apparaît et règne tantôt dans les provinces russes du nord ouest qui avoisinent la Baltique, tantôt dans les provinces méridionales de cet empire qui sont plus ou moins rapprochées de la mer Noire; tantôt dans les provinces danubiennes. Sans citer toutes les invasions quelle a faites dans ces contrées depuis une trentaine d’années, je me bornerai à rappeler : 1° pour la Moldavie et la Yalachie, celle qui désola ces provinces en 1827 et 1828, lors de la guerre des Russes contre la Turquie; et celle qui y fil de si grands ravages en 1845, 1846 et 1847 ; — 2° pour la Bessarabie, celles de 1883, 34, 35 et 36 et de 1844, 45 et 46; — 3° pour les provinces baltiques, celle de 1830, 31, 32, 33, 34 et 35, celle de 1846, celle de 1848 à

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS BÉTAIL

J 852, celle de 1854 à 1857 ; lesquelles envahirent tantôt la Pologne, tantôt la Livonie, la Gourlande ou autres provinces limitrophes. J’omets de parler de celles qui affligèrent si souvent la Volhynie et la Podolie, puis la Gallicie, la Moravie, la Hongrie, l’Autriche, etc., toutes plus ou moins éloignées de la mer.

D’un autre côté, quiconque s’est enquis auprès des administrations sanitaires de ces différents pays, ou a consulté les auteurs spéciaux qui ont étudié de visu la maladie et ses moyens de propagation, sait que, malgré les prescriptions réglementaires, la plupart des animaux morts ou tués comme suspects du typhus en Russie, en Pologne, en Valachie, en Moldavie, etc., qu’ils soient enterrés ou non, sont dépouillés de leurs peaux, lesquelles sont vendues plus ou moins secrètement , puis, si elles sent destinées à l’exportation, sont salées ou séchées et livrées ensuite soit aux ramasseurs (espèce de courtiers ambulants), soit directement aux négociants, qui les expédient sur tel ou tel des ports les plus voisins de la Baltique, de la mer Noire ou du Danube pour leur destination à l’étranger.

Il a donc, à chacune de ces époques, été expédié une quantité considérable de peaux de bêles bovines infectées du typhus pour les différents ports des Etals baignés par la Baltique, la mer du Nord, l'Océan, la Méditerranée, bien que dans une proportion inégale pour chacun d’eux.

Eli bien, voici ce qui résulte des renseignements officiels que j’ai puisés auprès des administrations des-

DES PEAUX

quelles dépendent ces différents ports, soit que, comme pour le pi u s grand nombre, je les aie recueillis sur place, soit que, pour quelques-uns, ils m'aient été transmis par les autorités elles-mêmes.

A Memel, Kœnisberg, Dautzick, Steltin, et en général dans les ports de la Prusse pourtant si voisins de la Russie, ce n’est que lorsque l’épizootie règne sur le point le plus rapproché d’une province limitrophe qu’il y a prohibition des peaux fraîches seulement ; les peaux sèches en poils sont toujours admises en libre pratique. Il n’est pas question de peaux salées, la Prusse n’en recevant pas de la Russie du nord. Ces faits que j’ai constatés sur les lieux sont, on peut le voir, tout à fait d’accord avec les prescriptions de la législation prussienne sur la matière.

A Hambourg, on ne se rappelle pas, à la chambre du commerce, qu’aucune mesure ait jamais été prise contre la libre entrée des peaux de botes bovines venant de quelque part que ce soit.

A Lubeck, qui reçoit par an huit à neuf mille peaux de boeuf et plus de cent mille peaux de veau, les unes et les autres toujours sèches et en poils, « aucune mesure « sanitaire n’a jamais été prise contre ces divers objets, « quel que soit d’ailleurs l’état sanitaire des pays de pro- « venancc. » Seulement le commerce se réserve, dans le cas où les peaux ne paraîtraient pas parfaitement sèches à leur arrivée, de compléter leur dessiccation avant de les réexpédier à destination. « Mais c’est là une « mesure toute volontaire et spontanée dans laquelle « l’autorité n'intervient en aucune lapon. »

TYPHUS CONTAGIEUX DU GliOS BÉTAIL.

A Amsterdam, non plus qu’à Rotterdam, les plus anciens négociants ne se rappellent qu’on ait, à aucune époque, mis d’entraves quelconques à l’entrée des peaux, de quelques bêles et de quelque pays qu’elles provinssent. On m’a confirmé, à La Ilayc, dans les bureaux de l’administration centrale, qu’en effet le gouvernement hollandais n’avait depuis bien longtemps rien prescrit à ce sujet.

Anvers. « De quelque pouvoir que le gouvernement « belge puisse être armé pour se défendre contre le ly- « phus, en fait, depuis plus de trente ans, aucune roc- « sure n’a été appliquée dans le port d’Anvers contre la « libre entrée des peaux de bêles bovines de provenance « quelconque. » Voilà ce qui m’a été affirmé par les principaux commerçants et courtiers spéciaux de cette ville.

Voici maintenant pour ce qui concerne la France :

A Dunkerque comme au Havre, jamais aucun courtier, même parmi les plus anciens, n’a entendu parler de mesures sanitaires, quelles qu’elles aient pu être, mises en usage ou seulement prescrites contre la libre entrée ou la libre circulation des peaux ou autres matières animales provenant de la Russie ou d’ailleurs. « Je ne sache pas, » m’écrit de son côté M. le directeur des douanes du Havre, « que l’importation des « peaux ou autres produits animaux ait été spéciale - « ment l’objet, à aucune époque, de mesures sani- « taires. »

A Bordeaux, personne, ni dans la chambre de eom-

DES PEAUX

merce, ni parmi les courtiers, n’a souvenance que l’administration sanitaire ait jamais pris des mesures de prohibition ou de quarantaine à l’égard des peaux, venant soit de la Baltique, soit de la mer Noire.

Bayonne, ne recevant aucun débris animal de la Russie ou de la Turquie, n’a jamais pris ou eu motif de prendre aucune mesure relative à cette nature de marchandises.

Cette. Même note que pour le port de Bayonne.

Marseille. Malgré les arrivages en peaux sèches ou salées qui ont eu lieu dans le port de Marseille en provenance de la Russie et surtout des provinces danubiennes, l’administration des Bouches-du-Rhône, non plus que les négociants en peaux de cette grande place de commerce, ne pourrait dire une époque à laquelle on eût, soit prohibé, soitseulemcnt retardé par des mesures de quarantaine, l’entrée de ces peaux et leur libre débarquement dans le port.

A ces renseignements puisés tous, je ne saurais trop le dire, à des sources officielles, et concordant de tous points avec la notoriété, je crois pouvoir ajouter les suivants qui ontélé transmisau ministère des affaires étrangères par nos consuls généraux à Londres et à Trieste.

Angleterre. L’Angleterre reçoit habituellement de la Russie un grand nombre de peaux non tannées ( sèches en poils pour la plupart, les autres salées), de bêtes bovines. Ces peaux lui viennent de la Russie du nord. La Russie méridionale ne lui envoie que des suifs, dont elle a reçu des quantités considérables même pendant

TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL

la dernière guerre. Saint-Pétersbourg, Riga, Libau, sont les ports de provenance de la mer Baltique; Odessa est le principal de la mer Noire. C’est à Londres qu’arrivent les neuf dixièmes de ces marchandises. Hull, Bristol et Liverpool se partagent le reste. Cependant, depuis trente ans et plus, avant 1857, aucune mesure n’a prohibé ou entravé de quelque manière que ce soit le commerce ou le transit de peaux et de suif qui se fait dans ces ports (1).

Trieste, ainsi que je l’ai dit, reçoit une quantité notable de peaux de bœufs, vaches et veaux provenant des ports d’Odessa, Tangarock et Berdianska. Ces peaux sont toutes sèches salées, ou sèches non salées en poils. Il en vient aussi, mais en faible quantité, des principautés danubiennes : ces dernières sont généralement fraîches salées. Avant 1851, ces marchandises étaient, en temps d’épizootie dans les pays de provenance, soumises à certaines mesures quaranlenaires ; toutefois, elles n'étaient jamais prohibées. Depuis 1851, celles qui viennent de la Bessarabie, des provinces danubiennes ou

(1) J’ai dit dans les premières pages de ee Mémoire que, pour des motifs restés scientifiquement inexplicables, le gouvernement de la Grande-Bretagne avait, en avril 1857, décrété contre le commerce des peaux russes des mesures de prohibition auxquelles il paraissait n’avoir pas même pensé à des époques où, certes, bien que sans fondement sérieux, elles auraient paru moins surprenantes. J’ai dit aussi que peu après, revenue de la panique qui lui avait dicté ou arraché ces mesures, et mieux éclairée, l'administration anglaise, trop sage, trop pratique et trop soucieuse des intérêts commerciaux de son pays pour maintenir celte prohibition sans cause, qui eut pesé assez lourdement sur son industrie si elle eut été rigoureusement observée, s’est empressée de la lever.

DES PEAUX

de la Bulgarie, même lorsque le typhus règne dans ces pays, sont admises sans aucune formalité si elles sont accompagnées d’un certificat sanitaire délivré au port d’embarquement, « constatant qu’elles y ont subi une purification quelconque. » A défaut de cette attestation, elles ne sont soumises, comme celles provenant d’Albanie, qu’à une fumigation de quelques heures.

Ainsi, depuis trente ans certainement, et probablement depuis beaucoup plus de temps, la plupart des ports de commerce européens ont reçu sans précaution aucune ( car il ne faut pas regarder comme une précaution sérieuse la formalité prescrite à Trieste) des peaux sèches , salées ou non, et des peaux salées, provenant de la Russie du nord, de la Russie du sud, des provinces danubiennes, même à des époques où le typhus faisait de grands ravages dans ces contrées; et nonobstant, celle épizootie n’a été introduite par ces peaux dans aucun de ces pays d’importation.

Que pourrais-je produire de plus décisif? Qu’ai-je besoin, dès lors, d’insister davantage?

Ce fait, disons mieux, cette longue expérience toute pratique ne démontre-t-elle pas avec la dernière évidence ce que valent les raisons de ceux qui, à la moindre apparition du typhus dans les provinces maritimes de la Russie, ou dans celles que traverse le bas Danube, se hâtent d’accuser d’imprudente inertie les gouvernements occidentaux de l’Europe qui ne décrètent pas à l’instant même des mesures de prohibition contre l’importation des peaux venant de ces provinces, au risque des graves

oc

TYl'HLS CONTAGIEUX DU GROS BÉTAIL.

perturbations que ne manquerait pas de jeter celle prohibition dans plusieurs de leurs plus importantes industries?

En résumé : il ressort de tout ce qui précède, en ce qui concerne les peaux sous leurs divers états.

1° Que, sinon l’expérimentation directe, du moins l’observation pratique a démontré que, comme tous les autres produits ou dépouilles provenant des bêles bovines infectées du typhus contagieux, les peaux à l’état frais peuvent transmettre les germes de celle maladie aux animaux sains de la môme espèce avec lesquels elles sont mises en rapport;

2° Que si ces peaux peuvent être et sont souvent mises en circulation en cet état par le commerce intérieur d’une province ou même d’un royaume, elles ne sauraient, sans se détériorer gravement, être envoyées à de grandes distances ; ce pourquoi, en fait, elles ne sont jamais transportées par voie de mer ou autrement, sans avoir été sèchèes ou salées, souvent même à la fois séchées et salées, soit de la Russie du nord ou du sud, soit des provinces danubiennes, soit des pays transatlantiques, dans les ports des différents Étals du centre et de l'occident de l’Europe qui s’ouvrent sur la Baltique, la mer du Nord, la Manche, l’Océan ou la Méditerranée ;

Qu’ainsi, notamment, pour ce qui nous touche de plus près, il n’en entre à l’état frais dans aucun port de la France, de l’Angleterre, de la Belgique, de la Hollande, des villes anséatiques, ni de l’Italie;

3nQu’cncore bien que, depuis plus de trente ans, le

DES PEAUX

typhus contagieux ail fait plusieurs fois de grands ravages dans les provinces russes qui avoisinent la mer Baltique et la mer Noire, ainsi que dans provinces danubiennes; et que, aux époques où l’epizootie a régné, aucune mesure sanitaire n’ait été prise dans les ports européens recevant des peaux sèches ou salées de ces provenances; cette maladie ne s’est développée dans aucun des pays auxquels ces ports appartiennent;

4° Que dès lors, puisqu’il est constant que ce n’est que lorsqu’elles sont fraîches que les peaux ont la propriété conlagifère dans l’espèce; puisqu’il est acquis à l’expérience par près d’un siècle et demi d’observations, (jue les peaux salées et celles qui sont sèches n’ont pas cette propriété; puisque le peu de peaux de hôtes bovines que la France et les États qui l’avoisinent reçoivent de la Russie sont toutes, sans exception, ou sèches ou salées; il est de la dernière évidence que la France n’a pas à redouter que le typhus, régnât-il en Russie ou dans les provinces danubiennes, lui soit apporté par les peaux qui sont importées chez elle par le commerce maritime qu’elle fait avec ces Étals; parlant qu’il n’y pas lieu pour elle, dans ces circonstances, à décréter des mesures de prohibition ou de quarantaine contre ces marchandises, pas plus que contre tout autre de la môme provenance.

Page 1