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ET LE POINT TYPOGRAPHIQUE

Il existe des caractères qui, bien que de môme force de corps, diffèrent cependant de force d’œil. On les distingue par les dénominations de gros-œil et de pctit-œil, et aussi par un ou plusieurs crans ajoutés au cran du moule, qui se placent soit en bas, soit en haut de la lettre.

La similitude de force de corps de ces* deux caractères en rend le mélange facile; c’est là un

fait dont on ne saurait trop se défier.

Beaucoup d’autres caractères de genres divers, qii’on nomme caractères de fantaisie, affectent toutes sortes de formes. En outre, il’ y a ceux qui imitent l’écriture, tels que l 'anglaise, la ronde/la gothique, la bâtarde, etc.

Le point est une mesure conventionnelle : c’est l’unité qui a servi de base pour établir avec une régularité parfaite la fonte des caractères, leur force de corps et leur hauteur. Il représente à peu près la troisième partie d'un millimètre.

C’est sur le point que reposent les diverses opérations de la composition; c’est à l’aide de cette mesure mathématique que s’établissent la longueur et la largeur des pages entre elles, l’agencement des tableaux, la disposition des titres, la symétrie et la précision exigées dans tous les travaux , même les moins importants.

LES BLANCS

On comprend sous le nom de blancs touteà les pièces qui, présentant moins de hauteur que les caractères, ne laissent sur le papier que des vides ou blancs. *

Tous les caractères d’imprimerie ont, comme nous l’avons dit, une hauteur déterminée et invariable; les espaces et les cadrats sont fondus sur une hauteur toujours moindre; c’est cette différence de hauteur qui, à l’impression, produit la séparation des mots et les blancs.

La casse contient donc, outre les caractères, diverses sortes non apparentes au tirage, qui font partie des blancs ; ce sont les cadrats, les cadratins, les demi -cadratins, les espaces, dont nous venons de parler.

Les espaces séparent les mots; il en est de • plusieurs forces ou épaisseurs.

LES BLANCS

Les cadratins se placent en tête de chaque alinéa, et lçs cadrats à la fin de la ligne qui le termine, quand cette ligne n’est pas complétée par le texte même.

Indépendamment de ces hlancs, il en existe d’autres, les lingots et les plombs, réunis sous le nom de garnitures, parce que ces pièces, qui maintiennent les pages, sont destinées à les garnir. Elles soht de formes différentes et offrent plus de superficie; fondues systématiquement sur une échelle progressive de points, plus basses que le caractère, elles servent à séparer les pages, comme les espaces à séparer les mots.

On établit des garnitures dites grands blancs et petits blancs, dont nous parlerons plus loin.

L’interligne fait partie des blancs ; c’est une lame en plomb, moins haute aussi que le caractère, qui se place entre les lignes pour les séparer plus ou moins, selon le besoin; elle remplit le même rôle que l’espace, avec cette différence que l’une sépare les mots verticalement, et l’autre sépare, les lignes horizontalement; toutes deux sont fondues sur les mêmes forces de corps, dont voici l’échelle ascendante :

Un point;

Un point et demi;

LES BLANCS

Deux points ;

Deux points et demi ;

• Trois points ;

. Trois points et demi Quatre points.

Au delà de ce chiffre, l’interligne prend. le nom de lingot.

Quand il se présente une justification pour laquelle il n’existe pas d’interlignes assez longues, on en met deux au bout l’une de l’autre, d'égale épaisseur, mais, autant que possible, de longueur différente; on alterne leur position à chaque ligne, pour que la page ne fléchisse pas au point de jonction.

C'est également par points que l’on indique la longueur de ces divers blancs; mais il faut remarquer ici que c’est le cadratin du corps douze qui sert d’unité pour indiquer la longueur d’une interligne ou d’une justification quelconque. Ainsi l’on ne dit pas une interligne longue de 168 points ou une justification de 96 points, mais bien une interligne de quatorze douze ou une justification de huit douze; ce qui veut dire que, lorsqu’il . s’agit de l’épaisseur de l’interligne, on la désigne par points; et quand on parle de sa longueur,

on l’indique par l’unité douze, soit autant de

LES BLANCS

fois douze points que mesure cette longueur.

Ce mode de mesurer la dimension par unités de douze points s’applique également aux garnitures. • Lorsqu’il s’agit de distancer, d’éloigner une ligne d’une autre ligne, ou de séparer, comme pour les notes, un texte plus fort d’avec un moindre, c'est au moyen d'interlignes, ou de lignes de blanc composées de cadrats, qu’on augmente les fntervalles. On appelle cela blanchir, ou jeter du blanc.

On ne saurait trop se familiariser avec les blancs pour apprécier sûrement, à première vue, la différence souvent minime qui distingue certains d’entre eux, et plus particulièrement les interlignes.

Quand l’élève commence à composer, il se place devant la casse, tenant le composteur de la main gauche , quatre doigts en dessous et le pouce libre , recourbé au-dessus du talon de la clavette. La main droite va chercher les lettres une à une et les place successivement dans le composteur; le. pouce de la main gauche les maintient au fur et -à mesure de leur arrivée : composer, c’est donc simplement assembler.

Le compositeur doit se tenir droit, les bras près du corps et les mains rapprochées autant que possible, afin de diminuer le trajet très-fréquent de

l’une à l’autre; ce trajet sera d’autant plus réduit si la main gauche suit la main droite dans tous ses mouvements; c’est là un excellent moyen que nous recommandons pour arriver à composer avec

célérité. Les bras et les mains doivent seuls fonctionner ; tout autre mouvement du corps est fâcheux et n’a pour effet que d’occasionner une fatigue inutile. Dès le début, il faut se créer de bonnes habitudes et surtout prendre garde â n’en pas contracter de mauvaises : ces dernières sont toujours préjudiciables aux intérêts de celui qui n’a pas su s’en garantir.

Le travail du compositeur, lorsqu'il ne s'agit

que de la composition proprement dite, peut être

comparé à celui du copiste des siècles passés : l’un reproduisait avec une plume, l’autre reproduit avec des caractères 1 . L’important est donc de ne pas commettre d’erreurs. Or, nous ne saurions trop le redire, c’est par l’attention et le silence qu'on les évite; un travail convenablement fait ne . saurait s’obtenir sans ces deux conditions essentielles, qu'on oublie trop souvent.

La composition est d'autant mieux exécutée qu'elle reproduit avec plus d’exactitude le modèle ou manuscrit qu’on a sous les yeux. Il ne doit s’y rencontrer ni omission, ni addition, ni alté- • ration du texte ; la langue française doit être res-

1. Avant .l’invention de l’imprimerie, les livres étaient écrits à la main et sur parchemin. Leur rareté et leur prix élevé étaient tels, que les rois et les nobles avaient seuls le privilège d’en posséder.

COMPOSITION

pectée, et la ponctuation observée. De telles fautes sont d’autant plus graves ,de la part du compositeur, qu’elles le signalent d’abord comme un . ignorant ou un mauvais ouvrier, et qu'ensuite il est tenu de les réparer; or, cette opération, rendue parfois difficile par sa propre incurie, il doit l’exécuter à ses frais, c’est-à-dire faire un travail improductif.

Disons, en passant, qu’on appelle bourdon l’Omission d’un ou de plusieurs mots, et doublon la répétition soit d’une phrase, soit d’un seul mot.

Bien des soins sont indispensables pour obtenir une bonne composition. Le premier est de prendre lecture du manuscrit, ou autrement dit de la copie à composer 1 . Se familiariser d’avance avec le texte qu’on doit reproduire est d’un avantage inappréciable. Le temps consacré à cette opération préalable est largement compensé par le bénéfice qu’en retire le compositeur, qui n’est plus arrêté dans son

1. Les manuscrits des auteurs sont, la plupart du temps, désordonnés, d’une mauvaise écriture, parfois même indéchiffrables. Jadis on avait l’excellente habitude de les faire copier avant de livrer l’ouvrage à l’impression. De là le nom de copie donné par la typographie à ce second manuscrit. Malheureusement cette habitude s’est perdue, au grand détriment du compositeur, et le nom seul de copie est resté ; aujourd’hui on le donne improprement au manuscrit original, trop souvent défectueux, et même aux feuillets d’un livre qu’on réimprime.

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