‹ Tyr et SidonChapitre 103 sur 166 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

Son espouse en tous lieux sans relasche costoye.

72 s Mon Prince forçenoit ne pouvant à propos Aborder le sujet qui trouble son repos : Combien ay-je de fois le trouvant aux altères Maudissant la fortune et les destins contraires, Ou tasché de l'induire a ne plus persister

750 En ce dessein pénible, ou a patienter.

Mais c'estoit sans effect car la première œillade Renversoit les efforts de sa raison malade. Comme on voit des sellions la perruque jaunir Et des plus riches prés les tapis se ternir.

73) Sentant du chien astre la cuisante halenee, Ainsi l'adolescent de journée en journée Déclinant d'en-bon-point morne et palle devint : Tant que par une vieille un avis luy survint De coucher en papier les plaintes de sa peine

740 Dont il reçeut bien tost une responce humaine.

Chœur.

L'amour est inventif ny l'airain d'une tour Ni le soin d'un Argus qui veille nuit et jour Cherchant ce qu'il ne veut de frénétique rage A l'amant diligent ne font perdre courage.

Marmodon.

745 Nous le peusmes juger à son port plus riant, (Car nul des familiers le sondant ou priant Jusqu'à la fin n'a sceu de sa langue discrette Tirer en mots certains sa victoire secrette.)

Lors craignans (las en vain !) l'infortune avenu

■)0 Nous le suivions de nuit sous habit incognu, Bien qu'il le deffendit nous ne quittions sa trace : Ja trois jours sont passés que prenant ceste audace Seul je le vis partir, (le muable Croissant

AUoit d'argent blafard la terre blanchissant) 75 5 Au bas d'une fenestre avec peine il se lie, Et se guindé léger tirant une polie.

Chœur.

Sorcière passion que tu vas transformant En ridicule estât le misérable amant !

L'homme t3a'annisé d'une si folle envie 760 Oze fouler aux pieds son honneur et sa vie.

Marmodon.

Ja deux heures passoient, quand le pauvret descend En la mesme façon, lors je me vay glissant De peur qu'il m'apperçeut, au fil d'une ruelle, Quand j'oy non gueres loin, avanture cruelle !

765 Sa voix criant à l'aide et les glaives bruyans. J'y cours, mais les meurtriers s'évadèrent fuyans. Je le trouve estendu, deux ennemis sans ame Gisoient à ses costés transpercés de sa lame. Marmodon, me dit-il, haletant à sanglots,

770 Tu vois un amoureux qui va nager aux flots

De l'ombreux Acheron, pour tesmoin ta présence Soulage quelque peu ma dernière soufl"rance.

[Première Journée, V, 7.] 769-86

MonTimadon, dit-il, ne sois point si dolent ; Voy que moy- mesme seul je me vay consolent, Enten ces derniers mots qu'à peine je profère : Va porter prudemment mes adieux à mon père ; Dy-luy que du trespas l'immuable décret A mon esprit content ne laisse aucun regret, Sinon le seul penser de sa plainte future. Mais, helas ! qu'il supplée à ma triste aventure ; Ne pouvant espérer que je luy sois rendu, Qu'il ne se perde point après m'avoir perdu. Q.uand il ne voudroit pas vivre pour sa patrie, Qu'il vive pour le moins, parce que je l'en prie. Lors, en tournant les yeux avec un grand souspir, On a veu peu à peu ses membres s'assoupir.

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