XVIII INTRODUCTION
beau), que, comme il étoit de mes amis imimes, et qu'il me faisoit l'honneur de déférer beaucoup à mes petits sentiments, il ne se fût résolu de corriger toutes ses œuvres et d'en adoucir la rudesse, ce qu'il commença de faire dans la dernière édition de sa tragi-comédie de Tyr et Sïdon, car en plusieurs endroits je l'obligeois d'y passer la lime et, comme il le disoit, ma pierre de ponce, ce qu'il ne faisoit au commencement qu'avec répugnance, mais enfin il me donna les mains, lorsque je lui montrois que dans les vers de Virgile et de Ronsard qu'il me citoit à toute heure et bien à propos, il y avoit autant de douceur que de majesté, si bien que je rendis enfin son oreille ennemie des duretés et des cacophonies. »
Colletet, tout en adorant Ronsard dont il cultivait le souvenir avec une dévotion pieuse, estimait beaucoup Malherbe avec qui il était personnellement lié. Il tâcha de communiquer cette estime à Schelandre et finit par réussir en plusieurs points. Il le persuada d'écrire les deux derniers chants de la Stiiartide non plus en vers décasyllabiques « à l'imitation de la Franciade » mais en alexandrins « à la manière de Malherbe ». Si Asselineau voit dans les Sept Tableaux la preuve que Schelandre vers la fin de sa vie « se rendit aux réformes de Malherbe, lorsqu'il en eut probablement compris le véritable sens », il aurait dû en attribuer le mérite à Colletet. Et ce mérite n'est pas mince, car Schelandre faisait dès sa jeunesse opposition à Malherbe, comme, vers ce temps, Régnier et, plus tard, Théophile. Il trouvait sa poésie « trop molle et trop efféminée », son goût « trop bizarre et trop dépravé dans le jugement qu'il faisait des poètes anciens et modernes ». Colletet nous avertit que c'est Malherbe qu'il vise quand il proteste dans ses vers contre celui qui « fait bande à part » en cherchant à « dresser nouvelle secte » sous le prétexte « d'enrichir son art ». C'est lui qu'il attaque en condamnant « les censeurs de mots et de rimes » dont les ponces et les limes « ôtent le beau pour le joli ». Il ne pouvait pas souffrir cela, étant convaincu « en soldat » que « le bon ressort et non pas le poli fait le bon rouet d'arquebuse ».
Il n'avait pas évidemment le sens artistique aussi raffiné que