‹ Tyr et SidonChapitre 15 sur 166 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

Malherbe et ses disciples. Il le reconnaîtra lui-même dans le sonnet adressé « aux poètes de ce temps » et publié en 1628 à la fin de sa tragi-comédie. Oubliant entièrement ses péchés de jeunesse, il y laisse déborder toute son ironie contre les beaux esprits à la mode qui ravissent les cœurs « par des pointes en l'air, des subtiles pensées », et qui croient lui être supérieurs par leurs « paroles de prose en bon ordre agencées ». « Moi, dit-il avec quelque amertume, je ne suis plus courtisan des neuf sœurs; des faveurs que j'en ai, les modes sont passées. » Néanmoins il connaît sa valeur et il espère que malgré « quelques mots grossiers, quelques rimes peu riches », les « âmes bien sensées » estimeront que sa rudesse à lui vaut bien ces « modernes douceurs ».

Colletet donne donc un portrait fidèle de son ami dans le passage cité plus haut et surtout quand il dit que « ses vers n'ont pas véritablement toute la délicatesse de son siècle, mais ils ont en récompense toute la force du siècle précédent, et comme il n'aimait que les choses mâles et vigoureuses, ses pensées l'étaient aussi ». Schelandre est en effet l'homme d'une période de transition. Il est encore le disciple de la Pléiade. « Après les plus excellents poètes grecs et latins », Ronsard et du Bartas sont ses maîtres et ses auteurs préférés : « J'aime du Bartas et Ronsard ^ », nous dit-il. Et si c'est à cause de la rime qu'il met cette fois Ronsard à la seconde place, qui sait s'il ne préférait pas en effet dans son for intérieur au chef de la Pléiade le poète calviniste qui, après avoir compté parmi ses fidèles et imitateurs un Jacques 1er, exercera une influence notable sur Milton, et qui probablement n'a pas été non plus sans influence sur

I. Chez M. Lachèvre : « J'estime Ronsard et du Bartas » ; chez Rochambeau : « J'estime Bartas et Ronsard. »

C'est ce premier vers du sonnet qui avait attiré l'attention d'Asselineàu feuilletant « les notes des rédacteurs de l'édition projetée (de Colletet) de 1750 «, et qui lui a donné l'envie d'en découvrir l'auteur. « Il est impossible de méconnaître en lui, dit aussi Asselineau, le poète du xvr siècle, à la plénitude de son vers, dur et corsé parfois jusqu'à la rudesse et à l'obscurité, comme à la recherche du pittoresque dans l'image et du frappant dans la pensée. »

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