‹ Tyr et SidonChapitre 158 sur 166 · ACTE CINOUIESME I · texte numérisé non relu

ACTE CINOUIESME I

De VOS tragiques maux et la source et l'histoire : Belcar ne gisoit plus, son ulcère fermé

Luy faisoit l'œil plus vif, et le teint ranimé, 2860 Ja depuis quelque temps, deux sagettes dorées

S'estoient, à l'impourveu, de la trousse tirées

De l'oiseau Paphien, qui blessoient de deux parts

La jeune Meliane et ce mignon de Mars,

Des-ja de ce beau pair la braise mutuelle 2865 Allumoit leurs regards en guerre assiduelle,

Des-ja l'offre craintif d'un service loyal

Avoit esté receu par un désir égal,

Ce n'estoit plus qu'une ame en deux corps séparée.

Ils estoient ja liés de promesse jurée : 2870 Moy qui les surveilloy, d'un esprit cler-voyant,

J'aperceu quelque esclat d'un amour flamboyant,

» Rien n'est plus soupçonneux que la palle vieillesse,

Le maintien songe-creux, l'humeur de la Princesse

Ses soupirs dérobés, sa perte d'embonpoint, 2875 Me firent deviner l'aiguillon qui la poind.

Je l'accoste, et en fin non sans art et sans peine

Tire confession du désir qui la meine.

Lors, avec un augure (helas ! trop mensonger)

Qu'un convenable Hymen pourroit un jour ranger

2858-9 Belcar se guarissoit. Ses ulcères fermez '

Avoieiit repeint sa joue et ses yeux rallumez. — 2859 raminé 1608 — 2860 Or depuis

2861-5 (Outils de sympathie) avoient esté tirées

Pour joindre les deux parts au joug de Cupidon, La Cyprine de Tyr et le Mars de Sidon. Desjà de leurs regards la guerre mutuelle Attaquoit l'escarmouche aspre et continuelle — 2866-7 supprimés. — 2868-71

Moy, qui les surs^eillois d'un esprit clair-voyant,

Je descouvris bien-tost cest amour flamboyant,

Et fis tant que j'appris leur promesse jurée,

Et qu'ils n'avoient qu'une ame en deux corps séparée.

2872-7 supprimés. — 2878 prenant un augure — 2879 bien sortable hymen

2880 Deux peuples ennemis en heureuse concorde, Libre mon entremise à leur ayde j'accorde Attendant vostre aveu qui nous sembloit aisé, Mais ô dur changement, dont le tout fut brisé. Quand le frère tant cher fut privé de son ame,

288) Et le Sidonien séparé de sa dame !

(Malencontre second qui Tautre surmonta!) Dieux combien de clameurs la pauvrette enfanta ! Rien ne peut consoler la misérable amante Qui fleschiroit Charon tant elle se lamente :

2890 En fin par mon instinct, et la main de Thamys Vaincu par les appasts du salaire promis, Le Prince desguisé secrètement évade.

Et sans estre cognu se transporte à la rade : Or venoy-je à dessein d'enlever promptement

2895 La plus jeune Princesse en voilé vestement,

Quand je vay rencontrer ma plus chère l'aisnée. Mi-morte de regret, tellement atournee Que le cœur m'en fendit, et scachant que son mal Estoit pour mesme objectun amour corrival,

2900 Je senty réveiller, en faveur de Cassandre, Mon devoir obligé dez son enfance tendre.

2883-91 Quand le décès du frère estonna nostre oreille, Vous faisant destiner Belcar à la pareille, Seconde affliction qui l'autre surpassa, Et qui presques à mort la princesse blessa I Comme rien ne pouvoit consoler ceste amante. Je pratique un remède au dueil qui la tourmente : C'est que par mon addresse, au moyen de Thamis Amorcé des appas d'un grand loyer promis,

2892 s'évade, — 2894-8

Meliane, voulant mesme risque encourir, S'attendait qu'en secret je la vinsse quérir ! Mais las ! je rencontray ma fille, son aisnée, Laschée au desespoir, à se perdre obstinée ; Et comme depuis peu je sçavois que son mal

2901 son âge plus tendre,

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