‹ Tyr et SidonChapitre 159 sur 166 · ACTE CINaUIESME I · texte numérisé non relu

ACTE CINaUIESME I

En fin je la suppose, et en lieu de sa sœur L'embarque, et la sépare en un coin de noirceur.

L'Amiral.

Traistresse conscience, énorme tromperie !

Eurydice.

29O) De Glaucque au teint d'azur, l'eschine qui nous prie Rit propice à nos vœux, mais le vent énervé Dérobe lentement le rivage eslevé :

Nous n'avions pas d'un mil' mesuré la distance Quand le Prince amoureux, porté d'impatience,

Î910 Secoua ses haillons, et parust tout nouveau

(Comme un bourgeois de l'air qui se levé plus beau Quittant sa vieille robe au sortir de la mue) Il vole ayant pour aisle une espérance esmeue. Entre dans la chambrette ou seulette attendoit

.91 ) La timide Princesse autre qu'il ne cuidoit, Qui jette à son abord le voile du visage, Se prosterne à ses pieds, et luy tient ce langage

2902-3 Si bien qu'à l'heure mesme, afin de l'appaiser, Je l'allay pour sa sœur dans la nef supposer.

— 2905-7 II semble qu'au partir chaque élément nous rie.

Nous avions levé l'anchre, et nos voiles tendus Sont d'un vent à souhait ronds et fermes rendus. La terre, au branslement dont l'onde nous balance, Semble nous dire adieu, faisant la révérence. L'eau se fend sous la proue, et d'azur et de blanc Fait des rideaux plissez à l'un et l'autre flanc. Mais le malheur bien tost vint à jouer son roolle, Arrestant nostre cours par le deffaut d'Eole.

— 2907 l'entment 1608- — 2908-13

Nous n'estions guères loing, quand le prince amoureux D'accoster sa maistresse ardemment désireux, Quittant le faulx habit à tous se fit cognoistre, Armé de tous costez pour se rendre le maistre. 2914 II entre en un lieu sombre où — 2916 Qui, tremblante, met bas son voile — 2917-20

Et tombant à ses pieds, bégaye ce langage

l60 TYR ET SIDON

Tremblant et bégayant : Me voicy, me voicy, Beau Roy de mes désirs, qui tousjours endurcy

2920 Plus qu'un rocher de Pare^ avois mis en arrière De mes regards mourants la muette prière, Me voicy devant toy, qui désire à ce jour Gaigner, d'un coup de sort, ou la mort ou l'amour, Prens l'offre d'une fille à toy seul destinée,

292s » Il n'est rien mieux acquis qu'une chose donnée : Las ! ne m'esconduy point, si ma simple beauté, Ou tout ce qu'en mon nom tant d'autres ont vanté Est foible à t'esmouvoir, du moins la cognoissance D'estre sauvé par moy t'oblige à bien vueillance.

2950 Comme on voit quelquesfois un jeune pastoureau Cerchant dans la forest son esgaré toreau Destourner son chemin d'un lion qu'il avise. Et perdre pallissant sa première entreprise, Ainsi frappé d'effroy le Prince recula,

2935 Puis levant une dague en ces termes parla : O toy, Cassandre non, mais impudique Hélène Indigne du beau jour, qui me garde vilaine De chastier ta fraude et ta lasciveté ? Atant il sort en fougue et plein d'agilité

A ta discrétion, grand Belcar, me voicy ; Belcar, qui jusques Là^ plus qu'un marbre endurcy, As toujours mesprisé, tousjours mis en arrière 2921 De mes faibles attraits la — 2924 Prends ma virginité, je te l'ay destinée : — 2925 Rien n'est de mieux — 2926 mesconduy 1608 —

— 2926-9 Helas 1 si ma beauté n'est digne d'amitié.

Pour le moins ma constance est digne de pitié. Qjuoy 1 l'obligation que tu m'as de la vie D'un simple accueil riant ne sera pas suivie ? » 2931 Le soir dans la forest recherchant un taureau, — 2933 dtffroy 1608 — 2934 recula : 1608 — 2935 tirant le poignard, — parla, 1608

— 2936 « O Cassandre de nom, de moeurs pire qu'Heleine I — 2937 M'ayant ainsi trompé, qui — 2938 ta faute J — Suivent ^ vers ajoutes.

— 2939-44 Lors me pensant trouver; il sort de la chambrette

Mais en un lieu secret j'avoy fait la retraitte.

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