‹ Tyr et SidonChapitre 161 sur 166 · ACTE ClNaUIESME · texte numérisé non relu

ACTE ClNaUIESME

Sans forme de procès on a fait aprocher Le char muni d'escorte au préparé buscher, Char dont le mouvement et le morne attelage Monstroient aux regardans un tragique visage, Tout pleuroit à l'entour, les juges angoissés Derrière l'attirail sembloient estre forcés Comme Princes vaincus qu'un triomphe captive, L'air sonnoit de rumeur confusément plaintive, La belle patiente, et au front et à l'œil Portoit la gravité beaucoup plus que le dueil.

Apres qu'au lieu fatal la tourbe fut venue, La flamme esprise à peine, et la sentence leûe, (Sentence ou le seul mot de mandement royal Ostoit au jugement ce qu'il avoit de mal) Elle se tinst debout, et, n'estant point liée. Harangua l'assistance au silence priée :

O peuple désastre qui tiens de mon esmoy, Et souffres plus de peine en ma peine que moy, (Car moy qui ay perdu, ce que j'aymoy sur terre ^fe reçoy comme gain la perte qui m'atterre) :5cachez, dit-elle, tous, que si en me taisant f'ay voulu condescendre au supplice présent, iVie laissant condamner par seule contumace,

La seule patiente (patience J), en son geste, en son œil 2992-3 Du jugement succinct un mandement royal Seul excuse la haste et ce qu'il a de mal - Sauf 2<)SS-^ et 2992-5^ les paroles du messager (2^yo-pj), mises dans la mcbe de V archer, ont été entièrement refondues, — 2996-3008

Peuple qui, me perdant, perdez plus que moy mesme,

Et qui m'aymez tous mieux qu'aujourd'huy je ne m'ayme,

J'ay cessé de m'aymer quand j'ay perdu l'amour

Qiii me faisoit aymer et moy-mesme et le jour,

Apprenez, assistans, que c'est mon seul silence

Qui m'a de ce trespas causé la violence.

Je pouvois éviter, au sein d'un autre port

Qu'en celuy de Charon, la tempeste du sort.

C'est que je veux mourir, je cerche la bonnace Au port Plutonien, qui me couvre à tousjours

3005 Des tourbillons du Sort qui tempestent mes jours, Or nul impunément peut accabler mon estre Que le Prince honoré qui jadis me fit naistre. Si mon trespas luy plaist, ne le prendroy-je à gré ? De vray je fus rebelle à son trosne sacré,

5010 Par moy Belcar est hors, et par moy ma germaine A receu de sa fuite une piteuse peine. Mais las ! non par mes mains, n'imputez mes amis A ma future cendre un tel acte commis, Celuy qui la ravit, luy a l'ame ravie

3015 Ou elle s'est tranché à soy-mesme la vie. J'estoy' sur le rivage, et de loin contemploy' Leur nef soubs l'air tranquille et sur Neptune coy, Voicy venir à bord au cours de la marée Je ne scay quoy flottant sur la plaine azurée,

3020 C'estoy son pauvre corps qu'aprochant je cogneu La dague dans le sein, là le Roy survenu Me surprist en clameurs, en larmes, en reproches : Or sus j'en ay prou dit, c'est trop faire d'approches A Dieu pour tout jamais. Disant ce mot dernier

3025 Se lança brusquement dans le fort du brasier,

Mais, désirant périr, quelle juste puissance Doit précéder en moy l'autheur de ma naissance Puis que ma fin lui plaist, l'auroy-je point à gré,

3009 Veu que je suis rebelle — 3010-11

Car j'ay sauve Belcar, et suis ca,use qu'en suitte Ma misérable sœur à la tombe est réduite

3012 N'imputez point, amis, — 3013 A mon renom futur — 3014-5 Il faut ou qu'elle mesmc ait retranché sa vie, Ou peut-estre celuy qui nous l'avoit ravie.

3016-22 remplacés par deux aiities vers.

3023-4 Ce que j'en dis suffit pour n'estre diffamée ;

Mais pour fuir la mort, je l'ay trop réclamée. - Suivent six vers ajoutés. — Le reste est entièrement refondu.

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