XXXIV INTRODUCTION
actes. On sait du reste que le chœur, tout en ne changeant pas de nature, ne rendra pas impossible la représentation des pièces de Hardy,
Le deuxième argument est tiré du manque d'indications scéniques. Cependant même si ce manque était absolu, cela ne prouverait pas grand' chose. Mais il ne l'est pas. Les indications scéniques, comme le plus souvent encore chez Hardy ou même chez Corneille, se trouvent dans les répliques des personnages ou dans les chants du chœur. Le texte souligne le jeu non seulement pour le lecteur, mais aussi et surtout à l'usage des acteurs. Il indique même quelquefois les mouvements de foule derrière le théâtre ' .
Le troisième argument enfin repose sur le manque de liaison entre les scènes. Cependant, tandis que l'auteur de la SuivanU protestera contre les partisans intransigeants de cette liaison « qui n'est qu'un embellissement et non pas un précepte », Jean de la Taille la tenait en effet pour un précepte et s'en faisaii l'apôtre. D'ailleurs les scènes seront souvent aussi peu liées même chez Hardy. En effet, ce manque de liaison devait être singulièrement favorisé par un théâtre à compartiments, de sorte que, loin d'exclure la mise en scène simultanée, il semble plutôt la rendre nécessaire ou même en être la conséquence.
Une fois le décor complexe admis, toutes les « impossibilités évidentes », toutes les « absurdités et bizarreries notables » que l'on serait disposé à trouver dans les tragédies au point de vue scénique, cessent d'être à nos yeux si évidentes ou notables ^.
De toute façon ces pièces étaient destinées au théâtre et c'est ce qui importe.
Nous avons les aveux formels des auteurs sur lesquels on ne peut trop insister. Grévin avertit les acteurs que ses chœurs ne doivent pas être chantés; il affirme avoir souvent observé que les spectateurs « ne se plaisent pas beaucoup à ces chantres mal exercés ». Jean de la Taille avertit à son tour que les vers de ses
1. « Oyez le bruit confus qui tonne par la rue », dit Hécube chez Montchrétien. Cf. César chez Corneille : « Que ces longs cris de joie étouffent vos douleurs. »
2. C'est aussi l'avis de M. Vianey, reproduit dans l'étude très consciencieuse de M. Rigal,