‹ Tyr et SidonChapitre 32 sur 166 · INTRODUCTION XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXV

chœurs sont propres à être chantés. — Tous deux'protestent également contre l'habitude de « faire un massacre sur l'échafaud », d'« ensanglanter la scène », à la manière des bateleurs, c'est-àdire des comédiens de profession qui jouaient le vieux répertoire ou les pièces telles que la Soîtane dont le héros est étranglé sur la scène. « On verroit que ce n'est que feintise », objecte Jean de la Taille qui cependant ne désirait rien si vivement que d'empêcher les écoutants d'ouïr froidement. — Lui-même, en prêchant la liaison des scènes, engage ses confrères à « faire de la sorte que, la scène étant vide de joueurs, un acte soit fini ». — Tout le monde a cité la préface de la Bradamante de Garnier, l'auteur regardé jadis cependant comme le plus livresque et chez qui on vient de découvrir aujourd'hui « quelque préoccupation et quelque entente de la scène », même une « imagination visuelle ». Rappelons la préface de Porcie où Garnier se vante en dépit des Grévin d'avoir « ensanglanté la catastrophe ». Il l'ensanglantera bien davantage dans la Troade, sa tragédie la plus scénique avec les Juives, et qui contient une série de vengeances cruelles dont la dernière ne pouvait être exécutée que derrière les custodes. Et rappelons surtout la préface de Marc-Antoine où il remercie Pibrac de lui « avoir fait animer le théâtre au bord de sa Garonne ^ ».

Outre ces quelques aveux épars, nous trouvons pour toutes ces tragédies une preuve non moins péremptoire dans la règle des unités. Cette règle nouvelle aurait été pur contresens, si les

I. M. Rigal, en reprochant à M. Lanson de ne pas avoir relevé ce passage que j'avais déjà relevé, affirme qu'il pourrait « à la rigueur faire allusion ou à des représentations des pièces de Garnier ou(?) à des représentations quelconques dont G, aurait été acteur ». Disons plutôt : ou signifier simplement que Pibrac avait encouragé Garnier à faire des pièces quand celui-ci n'était encore qu'étudiant en droit à Toulouse et lauréat des Jeux Floraux. Mais faut-il prendre au sens figuré l'expression animer le théâtre ou l'expression animer rèchafaud si souvent répétée dans les vers écrits en l'honneur de Garnier ? Nous ne le croyons pas. Cf. les vers latins sur Hardy : « Ex Te nunc Gallis aniinata theatra resurgunt », et le vers de Théophile parlant du temps où il était poète aux gages des comédiens : « Quand mes vers ont animé ta scène. » — Le passage en question n'est pas devenu plus clair après le livre de M. Chardon, du reste si plein de renseignements et où il est même cité deux fois avec cette variante : fait aimer {Robert Garnier, Paris-Le Mans, 1905, pp. 43 et 107).

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