INTRODUCTION XXXVII
La gloire des disciples de Jodelle ne s'est point obscurcie au commencement du xviic siècle. Les éditions collectives de Garnier deviennent de plus en plus nombreuses et nous connaissons une représentation des Juives vers 1600 par une confrérie de province. Des collégiens jouent en 1601 en province les Gahéonites de Jean de la Taille : il est très probable que c'est le Saûl du même auteur qui fut représenté deux ans auparavant à Pont-à- Mousson, ville voisine du lieu de naissance de Schelandre et où l'on cultivait beaucoup la tragédie. Les « tragédiens de S. M. le roi de France » que l'on rencontre en 1604 à Bâle devaient bien avoir dans leur répertoire les pièces célèbres de la Renaissance, de même que les auteurs de la fin du xvie siècle dont quelquesuns sont encore aujourd'hui mentionnés par les historiens de la littérature à cause de leurs sujets. Ainsi Pierre Matthieu, auteur des tragédies sur Esther, Vasthi, Aman, Clytemmstre et d'une cinquième sur le meurtre du duc de Guise (1585-9), — de l'Audun d'Aigaliers, l'auteur des Horaces (1596), — Heudon, auteur de Pyrrhe (1598), c'est-à-dire d'une Andromaque sans Andromaque, — Nicolas de Montreux, qui entre autres a refait en 1594 la Clcopdtre de Jodelle, auteur trop fertile dont plusieurs tragédies (Annibal, Cyrus, Camma)nQ sont pas encore retrouvées et dont les ouvrages très grossiers, très oratoires, ont été représentés dans les châteaux, même sur des théâtres « en plein air » ; — Montchrétien^ qui débute avant 1596 3.vqc sâ Sophonisbe représentée à Caen... Tous ces auteurs, toutes ces pièces devaient avoir leur part dans les « plus de mille tragédies » que Trotterel prétendra en 161 5 avoir vu représenter « en divers lieux ».
La tragédie continue d'être le genre préféré par les auteurs du xviie siècle commençant, sans compter ceux qui se servent abusivement du nom de ce genre alors en faveur. Il est vrai que plus tard on affirmera par une sorte d'hyperbole facile à expliquer que Hardy a été l'unique soutien du théâtre de son époque, mais Sorel lui-même admet qu'il y en avait d'autres, et si Sarrasin prétend que Hardy a tiré la tragédie « du milieu des rues et des échafauds des carrefours », c'est donc qu'il y avait eu assez d'acteurs et d'auteurs pour qu'on l'y rencontrât. Daronnière, auteur