‹ Tyr et SidonChapitre 36 sur 166 · INTRODUCTION XXXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXIX

et mi-irréguliers ; évidemment leur modèle ne fut pas VEscossoise qui retarde sur son temps, mais plutôt la Troade.

Cependant c'est chez Claude Billard et Alexandre Hardy que l'on peut le mieux observer à la fois cette persistance et ces transformations du moule classique.

Billard, poète-soldat comme Schelandre, et, comme celui-ci, dévoué à Ronsard et ennemi de Malherbe, publie en 1610 sept tragédies et une tragi-comédie écrites avant ou vers 1608. Le recueil est dédié à Henri IV sur la mort duquel Billard s'est hâté la même année de bâcler une huitième tragédie ^ Les pièces liminaires le déclarent un émule digne de Jodelle et de Garnier. En effet c'est leur moule qu'il imite, y compris les ombres et les furies, les messagers, les chœurs et les « troupes », ces entreparleurs collectifs, et surtout la tendance oratoire. Quoique Montchrétien lui-même ait tâché vers 1604 d'abréger ses tirades, celles de Billard sont toujours trop longues et il les justifie au nom de cet esprit réaliste qui s'était montré autrefois chez Grévin aussi bien que chez Jean de la Taille : dans la vie réelle, dit-il, nos pensées « bien souvent nous entretiennent plus longtemps » que ces cent ou deux cents vers. Plus d'un acte ne consiste qu'en un seul monologue, où est intercalé le récit des antécédents, ou en discours interminables. Nous sommes régalés du récit de la catastrophe survenue d'ordinaire entre les actes IV et V, de disputes à la Sénèque où les répliques s'entrecroisent vers par vers. Partout se retrouvent les amplifications et les ornements traditionnels : étalage de l'érudition classique, réflexions mises entre guillemets, périphrases, antithèses, pointes, etc.

Mais s'il reproduit ainsi les pires défauts de ses maîtres, il les rachète par des scènes très dramatiques, surtout au cinquième acte, comme on l'a souvent remarqué. Lui aussi, il préfère les sujets sanglants, il ne fait même la plupart du temps que remettre à la scène des sujets bien connus, Saûl, Polyxène, Panthee, Alhoin. u Où il y a effusion de sang, mort et marque de grandeur, c'est vraie

I. Elle paraîtra dans la seconde édition du recueil en 1612. — M. Lachèvre cite pour cette pièce et pour les autres des dates de représentations, mais ces renseignements ne sont point des faits prouvés.

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