‹ Tyr et SidonChapitre 4 sur 166 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

tiche, mesostiche, croix de Saint-André et lozenge, conté par syllabes ». Ces jeux et ces mignardises conviennent mal à son talent robuste et un peu lourd. Il est plus vrai quand il nous laisse voir la sensualité assez grossière qui est au fond de toute cette poésie amoureuse, comme on pouvait l'attendre d'un poètesoldat contemporain de Henri IV. Les pointes aussi bien que la grossièreté, voire l'obscénité, se retrouvent dans le théâtre de Schelandre.

Il avoue du reste que la part de la vérité est bien mince dans ces vers galants, et on peut l'en croire, car ils sont pour la plupart fort ennuyeux. « J'écris, dit-il,

J'escri, pour le devoir à la Majesté saincte,

Aux grands pour la vertu qui sur eux est emprainte;

Aux dames pour l'amour, ou pour la feinte au moins,

Pour mordre aux envieux, pour rire à la commune, Aux amis pour leur plaire, et les prendre à tesmoins. Tout pour tromper Vennuy du temps ou de Fortune. »

Ainsi il n'était poète qu'à ses heures perdues, pendant les loisirs d'une retraite probablement involontaire. Peu à peu il devint un poète de salon et de circonstance. Il pleure la mort de la princesse Catherine de Rohan ^; il se réjouit à propos de la « naissance du fils de M. le comte de Saint-Agnan, né le jour des Estrenes » ; il envoie des vers à Morel, son médecin, « à M. de Chaumarets pour un rousseau », « à une belle dame qui demandoit des vers bien courts et bien troussez », « à une belle demoiselle sur sa robe d'honneur » (satire), une « chanson (obscène) à un cognefestu », etc. Il chante « une bague donnée en discrétion », k une alliance », ou même « une barbe de haute fustaye », après avoir improvisé des « stances en faveur d'une barbe blanche ».

Schelandre imita donc dans sa jeunesse et de la façon la plus banale, les poètes lyriques de son temps avant de se faire auteur dramatique. Il ne tarda pas à composer une tragédie en 5 actes,

I. Cf. Lachèvre, vol. IV ; « Tombeau de Catherine de Rohan, 1609. Quatrain. Ce quatrain est signé à la main dans l'exemplaire de la Bibliothèque de l'Arsenal. »

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