‹ Tyr et SidonChapitre 5 sur 166 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

Tyr et Sidon, qu'il acheva avant sa vingt-troisième année, puisqu'elle parut en 1608, suivie de poésies lyriques, comme c'était alors l'usage et comme ce le sera encore au temps de Clitandre. La même année, Maurice de Nassau allait conclure avec les Espagnols une trêve équivalente à la paix, et Schelandre partit pour l'Angleterre emportant son petit volume dont il attendait beaucoup. L'origine et les circonstances de ce voyage nous sont inconnues. Une pièce liminaire écrite par un ami et intitulée Ode sur le voyage de M. Daniel d'Anchères en Angleterre, dit ens'adressant au livre de Schelandre : Allez, traversez la mer,

Allez, et recevez pour guide

Ce vent mal sain qui vers le nord

Soufle de la pleine terride,

La fièvre, la peste et la mort.

Serait-ce l'état de l'Europe qui a fait entreprendre ce voyage à Schelandre ? Nous savons seulement qu'il espérait en sa qualité de poète trouver un puissant protecteur dans le fils de Marie Stuart, Jacques I^r, lui-même poète et surtout théologien. Ce Mécène des poètes français protestants qui venaient à sa cour, estimait beaucoup du Bartas , il accorda à l'auteur de VEscossoise sa protection auprès de Henri IV ; un auteur que l'on croit être Théophile se plaindra plus tard dans une épigramme de ne pas avoir été reçu par « Jacques, le roi du savoir » . C'est de ce souverain que Schelandre est allé rechercher la faveur ^

1. Dans un article récent (Samuel Sorhière, i6io-i6yo et son « Voyage en Angleterre », 1664, Revue d'bist. litt., avril-juin 1907), M. André Morize écrit : « Parmi les voyageurs passés en Angleterre durant cette première moitié du xvii" siècle, il faut faire une place particulière au groupe des aventuriers littéraires, des Schelandre, d'Assoucy, Boisrobert, Le Pays, Pavillon, surtout Saint-Amant. Leurs observations prenaient si volontiers des allures de satire.., que leurs récits et correspondances ne peuvent guère passer pour de sérieux documents sur l'appréciation française du caractère anglais aux entours de i6$o. » Je ne connais pas l'ouvrage cité par M. Morize (Mary Berry, Comparative vieiv of tbe social life of England and France from tbe Restoration to tbe frencb Révolution, London, 1828-34, 2 vol.), mais, aventurier littéraire ou non, il s'entend bien que Schelandre n'a rien à faire avec les dAssoucy, ni avec la satire de l'Angleterre, surtout vers 1650.

Page 1