‹ Tyr et SidonChapitre 41 sur 166 · INTRODUCTION XLIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLIII

suffiront à peine en 1628, cette tragédie semble être tirée d'un roman. Le sujet principal en est en effet un roman d'amour ; c'est une variante de l'histoire de Pyrame et Thisbé parue sur le théâtre français déjà en 1598 à Lille, ou de Roméo et Juliette, un de ces sujets shakespeariens si nombreux que l'on retrouve en France avant Shakespeare ^ Quant à la rivalité de Méhane et de Cassandre, elle rappelle la Franciade que Schelandre aimait beaucoup, qu'il imitera dans la Stuartide, et dont on tirait des drames déjà vers la fin du xvi^ siècle.

« Francus, dit M. Rigal, qui doit à M. Edouard Droz la découverte de ces ressemblances, est aimé des deux filles du roi Dicée comme Belcar des deux filles du roi tyrien Tiribaze. Hyante et Clymène ont à peu près le même caractère que Méliane et Cassandre ; Clymène comme Cassandre est poussée au suicide par la jalousie ; enfin la nourrice de Clymène, si elle est moins délurée, joue cependant un rôle tout semblable ^. » A la rigueur on pourrait encore augmenter le nombre de ces ressemblances. Ces princesses ont un frère fait prisonnier par l'ennemi. Clymène, comme Cassandre, était autrefois une beauté insensible ; elle ne voit à son désespoir exhalé dans de longs monologues aucun autre remède que la mort ; elle est tourmentée par des songes dont le décor est semblable à celui du songe de Cassandre, le lion même n'y manque pas. Elle s'évanouit dans sa douleur, est rappelée à elle par la nourrice, la confidente de son amour, et finit par se jeter dans la mer.

Mais, en admettant que ces ressemblances ne soient pas fortuites, Schelandre a dû bien changer les caractères et les rôles ! La

1. Celui-ci notamment a été traité par Châteauvieux, acteur-directeur d'origine italienne, dont nous savons la pièce jouée par la confrérie de Neufchâtel (Normandie) en 1581.

2. « Cette imitation de Ronsard par Jean de Schelandre, ajoute M. Rigal^ achève de donner à la tragédie de 1608 son caractère d'œuvre attardée de la Renaissance. » — Dans le Nouveau Larousse Illustré où Schelandre fait campagne sous Turenne en 164^ et où ses amants s'appellent Béliar et Mclie, notre tragédie est déjà déclarée « une assez banale imitation de la Franciade ». C'est à titre de curiosité que nous rappelons ici ce dictionnaire, le seul qui semble connaître notre tragédie tandis que la Grande Encyclopédie ne fait aucune mention de Schelandre.

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