‹ Tyr et SidonChapitre 42 sur 166 · XLIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLIV INTRODUCTION

nourrice chez Ronsard, au lieu de chercher à dissuader la princesse de sa passion fatale, « reboute l'espoir » dans son cœur en lui donnant des conseils dignes de l'entremetteuse la plus éhontée. Elle porte à Francus une lettre où Clymène oflfre son amour de la façon la plus impudique. N'ayant obtenu que refus et menaces, elle court réveiller sa maîtresse « encore au lit de sommeil assommée » et lui dit que Francus « d'un autre amour piqué » s'est moqué d'elles deux. A ces mots Clymène perd la raison, s'arrache les cheveux, court « par les champs hurlante », se jette au milieu de la « bande des folles Evantes » (la fureur des « bacchantes Ménades » est décrite chez Schelandre par le chœur, II, i), et en poursuivant un sanglier qui « figure Francus « à ses yeux (comme le cerf poursuivi par Cassandre dans son songe figure Belcar), elle tombe du haut d'un rocher dans la mer. — Hyante, plus « honnête », est plus précieuse, plus rusée. Elle est pleine de « fraude » ; elle cache ses sentiments à sa sœur « afin de la tromper «, lorsque celle-ci lui découvre son amour. Elle prêche la morale à Clytie avec une indignation hypocrite. Dans les moments les plus critiques d'un tête-à-tête avec son amant, tout en raisonnant avec le plus froid bon sens, elle se sent « d'amour toute affolée )>. Puis l'amante disparaît devant la prêtresse d'Hécate tombée en extase prophétique.

On ne peut donc pas parler en toute sûreté d'une source précise des Funestes Amours ; mais les analogies du moins abondent chez les prédécesseurs de Schelandre aussi bien que chez ses contemporains. Cassandre tourmentée par l'amour fatal fait penser quelquefois à Didon, quoique ce soit Méliane qui soit comparée par Marmodon à l'héroïne de Jodelle quand elle regarde le vaisseau emportant son bien-aimé. Elle fait penser surtout à Phèdre, quoique la scène où la Phèdre d'Euripide avoue comme Cassandre son amour à la nourrice, cette scène exquise imitée plus tard par Gilbert et Racine, manque encore chez Garnier, comme elle manquait chez Sénèque. La nourrice de Schelandre ressemble à celle de Garnier qui veut aussi d'abord dissuader la reine, puis lui offre son aide quand elle la voit, au suprême degré de l'exaspération, s'évanouir. Belcar, quand il lève

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