XLVI INTRODUCTION
de Hérode comme celui de Tiribaze est provoqué par le repentir après un acte de cruauté précipité.
2. Éléments romanesques, éléinents comiques; éléments de tragédie psychologique.
Même si cette tragédie n'est pas tirée de quelque roman, on doit trouver tout naturel, étant donnée l'étape à laquelle nous avons vu arriver le genre tragique, que le hasard y ait une plus grande influence sur les événements que la nécessité de la logique et surtout que la responsabilité morale des hommes ou la vraisemblance psychologique.
La mort de Léonte qui amène le funeste dénouement du roman d'amour est un incident dont Belcar et Méliane sont absolument irresponsables. La catastrophe finale est due à une série de malentendus. Méliane est accusée de meurtre parce qu'elle a été surprise auprès du corps de Cassandre prononçant « certaines paroles ambiguës qui sembloient confirmer la créance » (Argument). Et elle ne se défend point croyant avoir été trahie par son amant parti sans elle. — La précipitation du père à faire condamner et mettre à mort l'unique enfant qui lui est resté, n'a pas tant sa raison dans l'impétuosité de Tiribaze que dans l'effort de l'auteur pour empêcher la révélation de la vérité en temps utile : ce sera la manière générale des mélodrames qui finissent mal.
Le quiproquo dont se servira encore Corneille dans ses tragédies, est un élément essentiellement comique, même quand il sert d'introduction à une scène aussi pathétique que celle où. Belcar se précipite à la rencontre de Méliane dans le vaisseau et y trouve Cassandre.
Il y a dans cette tragédie des éléments comiques encore plus franchement prononcés. La tragédie française s'était déjà chez Jodelle rapprochée de la comédie par son intrigue, Cléopâtre et Octavien ne cherchant qu'à se jouer mutuellement : ici c'est vraiment une intrigue de comédie qui est ourdie par la nourrice, elle-même personnage de comédie dont le rôle est d'une étendue disproportionnée. Sans doute elle s'élève souvent au
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rang des nourrices de tragédie et, sa ruse ayant tourné au tragique, elle en est affreusement punie quoiqu'elle ait agi par compassion pour Cassandre ^ : mais par ailleurs elle abaisse la pièce à la comédie, même à la farce. Belcar se cache pour écouter les discours de la nourrice à sa maîtresse, situation qui sera répétée encore dans la Veuve, et ces discours grossièrement cyniques sont d'un comique bien bas. A la nouvelle de la mort de Léonte, Eurydice se félicite d'être tirée d'une situation difficile, croyant que cet événement a dû « déloger Cupidon du cœur de nos princesses », mais elle est aussitôt détrompée à son grand ébahissement. Dans la scène si curieuse de l'évasion, elle habille Belcar en vieille femme, avec l'aide de Thamys qui a apporté un rasoir, puis elle avertit le prince que sa façon de marcher ne convient pas à son travestissement. Au sortir de la prison elle se permet la dangereuse plaisanterie de prévenir les jeunes filles rencontrées en chemin que sa compagne est un loup déguisé... Tout cela sent déjà la manière des tragi-comédies, sauf de celles de Hardy qui n'aime guère à mêler la farce au pathétique.
Néanmoins la tragédie prédomine, une tragédie au fond psychologique dans quelques parties. Sans vouloir faire de Schelandre le créateur de la tragédie psychologique en France, il ne faut pas hésiter à lui attribuer plutôt qu'à Hardy un peu de cet honneur.
En tête de la pièce se trouve un sonnet intitulé Abrégé des personnages. Il consiste — sous forme d'aphorismes concentrés en vers lapidaires — en confessions mises dans la bouche des « entreparleurs » : si ces confessions ne conviennent pas toujours parfaitement au personnage dont elles suivent le nom, elles n'en attestent pas moins l'importance que Schelandre attribuait à la peinture des caractères. Malheureusement il savait aussi peu créer des hommes vivants que ses contemporains, y compris Hardy.
I. Si elle se reconnaît digne de tous les supplices, elle se calomnie. C'est ce que fait aussi Phulter pour son propre compte à la fin de la pièce.
Jean de Schelandre. IV