XLVIII INTRODUCTION
Belcar, ce jeune capitaine, n'est qu'un amoureux tantôt brutal, tantôt sentimental, surtout quand il exhale ses plaintes au pied de l'échafaud comme une sorte de jeune captif. Méliane, précieuse sentimentale ou déclamatoire, est plusieurs fois on ne peut plus grossière dans ses paroles et ses pensées. Tiribaze, tyran redoutable, fait souvent l'effet d'un croquemitaine à l'approche de qui tout le monde se sauve ; au lieu de la douleur paternelle c'est la rage de l'orgueil outragé par les dieux qu'il nous fait entendre dans son délire trop pathologique, d'ailleurs conforme au goût de l'époque. Tous ces personnages ne sont pas des figures de grand relief, ils laissent pourtant voir parfois une vie intérieure plus intense qu'on ne le supposerait. Méliane, partagée entre son frère et son amant, exprime ses sentiments en des vers où il faut voir plus que le jeu d'antithèses si cher d'ailleurs à Schelandre :
Le sang m'est un remords, la pudeur me tourmente. Tant pour mettre en oubly le malheur fraternel, Que pour couver en lame un amour criminel : Il faut, ô désespoir ! que je sois déclarée Ou desloyale amante ou soeur desnaturee : Et bien que les deux points de ma calamité Soyent d'une mesme source et mesme qualité. Le premier des mescbefs fait que ma plainte n'ose Eventer le second dont il est seule cause, etc. (tll, i.)
Ceci fut écrit sans doute après les monologues de Bradamante % mais avant ceux des premières comédies de Corneille et ceux du Cid. Signalons encore la tirade de Tiribaze doutant et repentant (V, 3), les monologues d'Eurydice et de Thamys dont chacun occupe toute une scène, tant ils sont importants aux yeux de Schelandre (II, 4 ; III, 7) : celui de la nourrice, le plus intéres-
I. Ou, si l'on veut, après ceux de la Diâon de Jodelle. Énée disait :
Je ne puis....
Faire que ton parler ne me puisse émouvoir,
Ni faire ne que je n'aie égard à mon devoir ;
Ces deux efforts en moi l'un contre l'autre battent.
Et chacun à son tour coup dessus coup abattent...
Cf. Andromache chez Garnier : « Mon esprit chancelle balancé sans savoir que résoudre... Las, auquel dois-je entendre ?... »