‹ Tyr et SidonChapitre 46 sur 166 · INTRODUCTION XLIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLIX

sant, sera encore mieux développé en 1628, La tragédie de Schelandre fournit donc une nouvelle preuve pour montrer que le théâtre français avait su, avant l'influence du théâtre espagnol % peindre les luttes intérieures, les luttes entre la passion et le devoir, même entre deux devoirs.

On y trouve même un caractère bien vivant et d'un assez grand intérêt psychologique. C'est celui de Cassandre. Dans ce rôle le hasard des événements n'est qu'une quantité négligeable ; même sans aucun incident extérieur (mort de Léonte et tout ce qui s'ensuit), sa passion aurait toujours pu déborder et arriver au terme inéluctable dont elle est menacée dés la première scène. La peinture de cette passion cachée et vainement refoulée est d'une hardiesse et d'une vérité sans pareilles jusqu'alors, et qui font paraître d'autant plus froid l'amour précieux et coquet de Méliane.

L'amour de Cassandre est un amour coup de foudre, mais non pas à la manière des pastorales d'alors, car c'est une passion fatale. C'est bien « Vénus tout entière à sa proie attachée » et cet amour est peint avec moins d'art ^, mais avec une hardiesse non moins troublante que chez Racine. Cassandre est en proie à des crises nerveuses qui la remplissent de honte dans les intervalles lucides. Les luttes cruelles de son âme se trahissent tantôt par une résignation amère, tantôt par des cris de désespoir laissant entrevoir des profondeurs effrayantes. Elle sait qu'elle doit mourir ; aussi, après avoir tout osé et tout perdu, se perce-t-elle le sein avec une joie féroce en lançant vers les cieux des cris de reproche, de défi et de délivrance.

Ce n'est pas un médiocre mérite que d'avoir su le premier

1. Ou même avant celle de VAstrèe. Cf. Marsan, La pastorale dramatique en France, p. 284.

2. « Le jouir seulement peut m'être un remède ! » s'écrie-t-elle. — Dans la tragédie Adamantine ou le désespoir qui date aussi de 1608 el où il s'agit aussi d'un couple amoureux rendu malheureux par le père de la jeune fille, celle-ci demande à son amant : « Qui peut à vos douleurs donner de l'allégeance ? » Et le héros de répondre : « Je ne puis espérer que par la jouissance. » — En 1628 Cassandre deviendra encore moins pudique. /o«îV ç^X. jouissance (1628) dans ce sens (cf. l'espagnol go^a qui sera si souvent répété dans le Burlador de Sevilla) resteront chers aux précieux du temps de Molière.

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