‹ Tyr et SidonChapitre 49 sur 166 · INTRODUCTION LI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LI

S'il y a un rôle d'héroïne dans cette pièce, c'est plutôt celui de Cassandre (I, i ; II, 2-3 ; III, 3-6), quoiqu'elle disparaisse avec le troisième acte comme Belcar, et la tragédie aurait pu être intitulée presque aussi bien Funeste Amour de Cassandre. Cette princesse occupe la moitié ou au moins le tiers des trois premiers actes, de plus son souvenir domine une bonne partie du cinquième. Après nous avoir saisis dès la première scène, elle ne cesse de nous inspirer un intérêt continu et bien plus profond que celui que l'on peut ressentir pour sa sœur. Il est très probable que dans la première conception de l'auteur elle ne devait être que l'un des « divers empêchements » du bonheur des amants, un incident destiné à compliquer le malheur de Méliane ; mais Schelandre, se sentant de plus en plus attiré vers elle, ne put s'empêcher de lui donner un rôle plus grand aux dépens de l'unité de l'intérêt.

Le titre principal, Tyr et Sidon, semble cependant indiquer qu'il ne s'agit pas ici seulement d'un roman d'amour, d'une affaire de famille, mais de l'affaire de deux États. Néanmoins la part de la politique, si importante chez Corneille, est ici trop mince encore. Le roi de Sidon n'a qu'une scène épisodique. Si Tiribaze est celui des personnages qui est le plus souvent sur le théâtre (I, 5 ; II, 5-6 ; IV, 4 ; V, I, 3-4, 6-7), et si son autorité redoutée plane au-dessus de toute la pièce, il n'est à tout prendre jusqu'au cinquième acte qu'un autre evipêchement « sans le savoir » au bonheur du couple amoureux, dont il ne soupçonne pas le moins du monde l'amour. Au dernier acte il passe tout à coup au premier plan : l'attention du spectateur est forcée de se concentrer sur ce personnage jusqu'ici peu sympathique et désormais repoussant, puisqu'il fait périr son unique enfant en lui imputant par erreur le crime d'avoir tué sa sœur. C'est sur son âme que nous voyons agir les répercussions des catastrophes survenues en cet acte ; c'est pour lui que l'on voit s'écrouler l'univers « en un chn d'œil », comme cela a été prédit par Balorte (IV, i). Si la tragédie doit finir sur la chute du héros, la fin de cette pièce semble bien élever Tiribaze au rang de personnage principal, d'autant plus que sa mort est seule mise en scène : celle de Phulter qui

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