X INTRODUCTION
Il lui avait dédié ses « fruits verdelets ou plutôt fleurs de son printemps », ou, comme il les nomme ailleurs, les « enfants de son enfance ». La dédicace en prose est suivie d'un sonnet, de stances et d'un sizain tous adressés au roi, puis d'un sonnet à la reine de la Grande-Bretagne et de stances au prince de Galles. Ce sont des adulations banales. Schelandre offre ses vers « nés de la Paix » au Père de la Paix qui a rétabli le repos de son pays après Diane-Élisabeth : néanmoins il reste l'homme de la guerre en exhortant le jeune prince héritier à une véritable croisade contre les Turcs. Il fut assez heureux pour obtenir la faveur du souverain, grâce à ce petit volume publié sous le pseudonymeanagramme de Daniel d'Anchéres. Les anagrammes étaient alors à la mode : Nicolas de Montreux faisait imprimer ses pièces sous le nom d'Olénix de Montsacré, gentilhomme du Maine. Mais pourquoi Schelandre a-t-il eu recours à ce déguisement, pourquoi se l'est-il permis vis-à-vis de son protecteur royal ? « C'est qu'il appréhendait, dit Colletet, le jugement sinistre des petits poètes de son siècle, qui n'estimoient rien, s'il n'étoit tout à fait dans la pointe ou dans la délicatesse » ; tandis que Robiou (1858) expliquera ce pseudonyme par « la séparation qui existait entre la classe des gentilshommes et des écrivains ». Il est curieux qu'au xviiie siècle personne ne se soit avisé de l'identité des deux noms et qu'au xix^ ce soit le nom de Schelandre que l'on ait longtemps tenu pour supposé '.
Schelandre savait-il l'anglais ? Avait-il fait déjà connaissance avec la littérature dramatique anglaise à Paris où étaient venus plusieurs fois des acteurs de Londres à partir de la fin du xvie siècle, en dernier lieu en 1604 ? Ou est-ce seulement au
I. Duputel (183 1) qui le premier découvre l'identité des deux auteurs essaye de démontrer que le vrai nom de l'écrivain est d'Anchéres : « C'est Daniel d'Anchéres qui a signé l'épître dédicatoire à Jacques I*"", c'est à lui que Hodey et Paul-Antoine d'Agart ont adressé des vers apologétiques... D'ailleurs il ne pouvait avoir aucune raison de déguiser son nom en publiant pour la première fois sa tragédie, en 1608, au lieu qu'il n'en était pas de même lorsqu'il la fit réimprimer vingt ans après, avec l'addition d'une première partie pleine de détails si obscènes, de vers si grossiers qu'il n'était vraiment pas possible à un honnête homme de les avouer, ni de les publier sans le secours d'un masque... »