LIV INTRODUCTION
C'est aussi parmi les scènes à effet que l'on comptait en ces temps les tirades qui surabondent dans les Funestes Amours.
Sans parler des chœurs Ml y a une quinzaine de monologues et plus d'une demi-douzaine de récits, dont quatre au dernier acte seul : l'un des plus longs récits se trouve à la fin du premier acte et l'autre au commencement du second. Les spectateurs devaient être fortement impressionnés par toutes ces tirades — le^ acteurs y tiendront encore beaucoup même au temps de Corneille — et surtout par les récits qui, à la manière du xvp siècle, sont ici remplis des monologues de tel ou tel personnage rapportés in extenso, quelquefois avec une fidélité de texte absurde (Belcar, III, 8 ; Marmodon, V, 2 ; Messager, V, 4 ; la mise en scène de ces récits en 1628 sera par là très facilitée). Relevons-en du moins le plus remarquable, celui d'Eurydice (V, 4). Ce récit arrête, il est vrai, la marche de l'action, mais il contient la plus importante scène à faire de toute la pièce, la rencontre de Cassandre et de Belcar. Il est intéressant de voir que Schelandre n'osera pas } toucher en 1628, et le laissera à l'état de récit, peut-être parce qu'il le jugeait lui-même, et avec raison, composé avec un an dramatique achevé dans les parties les plus essentielles : de sorte que, dans la tragi-comédie, les deux principales figures se rencontreront sur le théâtre aussi peu que dans la tragédie, l'auteur
I, Il y en a ici trois : les soldats, les jeunes filles et les serviteurs de Belcar ; les derniers ne paraissent qu'une seule fois. Puis il y a des troupes : archers, gardes. Les chœurs devaient chanter ou psalmodier le^ vers, les troupes parlaient seulement et elles s'exprimaient par la boucha d'un coryphée.
Le chœur finit les actes, sauf les actes II et V. Il devient plusieurs fois entreparleur. Les jeunes filles chantent (III, 3) des thrénodes alternativement avec Cassandre ; elles prennent (IV, 5) le parti du roi contre Belcar, ce qui surprend un peu de leur part. C'est au chœur des soldats qu'incombe le devoir d'écouter les récits (II, 1 ; V, 2, 5). Ce sont les gardes (IV, 3) qui apprennent à Méliane la fuite de Belcar et nous apprennent ensuite l'effet de cette nouvelle sur la princesse : elle s'éloigne sans mot dire (comme elle restera muette dans V, i ; cf. le silence du père, V, 4). Car Schelandre met dans la bouche des entreparleurs les indications scéniques, et, comme le fera l'auteur de Rodogune, il confie au jeu de l'acteur la tâche de traduire aux yeux des spectateurs les sentiments qui agitent l'âme,
A propos des personnages muets rappelons II, 6, où Tiribaze s'adresse à Moribant dont il n'est plus fait mention par la suite.