Le style
Conformément à la tradition, la rhétorique est cultivée par Schelandre comme l'un des principaux ornements de la poésie dramatique. Si quelques tirades de Montreux ont 300, celles de Hardy (Ariadné) 250 vers, les personnages des Funestes Amours débitent d'un seul coup 100, 150, ou même 180 vers. Ces proportions excessives ne pouvaient être atteintes que par les amplifications habituelles.
L'étalage de l'érudition classique va jusqu'au pédantisme chez ces Sidoniens ou ces Tyrienssi imbus de culture gréco-latine que, pour les comprendre, comme pour entendre les poètes de la Pléiade ou A. Chénier, une connaissance des légendes antiques est indispensable, d'autant plus que Schelandre se sert de périphrases qui nous proposent de véritables énigmes érudites. Ainsi Eurydice (III, 2) parle de celle qui déroba
la perruque fatale
Pour faire triompher de sa ville natale Son amant ennemi,
et prit ensuite « un corps plumeux » ; il faut connaître les Métaviorphoses pour savoir qu'il s'agit ici de Scylla, fille de Naxos, Tiribaze appelle celui qui a tué les fils de Priam, c'est-à-dire Achille, le «brave Olénien ». Cela veut dire : cet autre Mars. Il faut savoir que le père de Mars était... une fleur sentie par Junon dans un champ près d'Olenus : de là le surnom dont se sert Schelandre ^
L'énumération joue un grand rôle : Méliane (III, 2) adresse à Mercure une invocation qui contient le résumé encyclopédique de tout ce que l'on savait sur ce dieu. Le choeur des soldats (acte II) prouve la toute-puissance désastreuse de l'amour par
I. Cf. la tragi-comédie {Première Journée, I, 6) où il est parlé du vi fort Olénien, Dieu fumant de courroux », lié par Ephialte,