‹ Tyr et SidonChapitre 54 sur 166 · LVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LVI INTRODUCTION

les exemples d'Hercule et d'Achille dont les exploits sont longuement énumérés, tout à fait comme dans la Didon de Hardy où le chœur des soldats troyens répète la même chose : les deux auteurs semblent imiter ici le choeur de VHippoîyte de Garnier.

Les comparaisons sont aussi très fréquentes et souvent artificielles, même mal placées. Tiribaze, qui vient de perdre ses enfants, a cette exclamation caractéristique :

A qui, malencontreux, me doy-je comparer?

Et il se compare à Priam en faisant des distinctions subtiles. Méliane dit à son amant : je serai à toi, même malgré mon père, mais, attendons d'abord ! Et elle lui rappelle le médecin qui « du premier coup n'emploie la scie et le rasoir ». En protestant devant Eurydice qu'elle ne veut pas abandonner Belcar dans son malheur, elle amplifie ainsi : je ne ressemblerai pas à Progné (lisez : l'hirondelle) qui nous quitte à l'approche de l'hiver, mais plutôt à la colonne « qui tant plus elle se roidit, tant plus elle sent » de poids.

L'énumération associée à la répétition sert à construire ces longues périodes qu'aimait tant le xvie siècle. Méliane excelle singulièrement à délayer ainsi les idées les plus simples. Les exclamations et les invocations sont très fréquentes dans ces sortes de discours. La tirade d'Aristarque (IV, i) mérite surtout d'être citée comme contenant une demi-douzaine d'invocations adressées à la Paix, personnification d'une idée abstraite. L'apostrophe adressée par un personnage à lui-même ne manque pas non plus : « Où es-tu maintenant, d'où viens-tu, qui es-tu ? » (Belcar). Cassandre s'écrie désespérée : « Que ferai-je ? Où courrai-je? Où suis-je ? » Cette exclamation si souvent entendue depuis Jodelle sur le théâtre français restera une tournure constante dans le style tragique jusqu'à Racine pour exprimer la suprême irrésolution d'une âme bouleversée '.

I. Cf. « Que suis-je? Où suis-je ? Où vais-je?» (Jodelle, Didon). « due ferai-je ? Où irai-je? Où aurai-je recours ?» — « Qui suis-je ? Où suis-je ? Où vais-je? O dures destinées! » (Garnier, Cornèlic et Marc- Antoine). « Q.ue ferai-je ? Où irai-je? » (Jean de la Taille, Gahéonites). Et l'Hermione de Racine : « Où suis-je ? Q.u'ai-je fait? Que dois-je faire encore ? »

Page 1