INTRODUCTION LVII
Mais ce sont peut-être l'antithèse ^ et la pointe qui prédominent : ornements factices d'une rhétorique raffinée, hérités de la Pléiade et qui seront transmis même au grand Corneille. Elles se présentent à chaque pas, les unes spirituelles et élégantes, les autres puériles et d'une affectation prétentieuse insupportable. « Je souffre plus de mal que jamais n'en ai fait », s'écrie Cassandre auparavant insensible aux souffrances de ses adorateurs. Pyrrhus dira encore :
Je souffre tous les maux que j'ai faits devant Troye.,. Brûlé de plus de feux que je n'en allumai *.
C'est surtout Méliane qui aime les jeux de mots dont certains rappellent le sonnet d'Oronte 3 et le surpassent : la fortune
N'a rien plus inconstant que la même inconstance...
Car bien que dans mon coeur soit né par cet effort De la mort des désirs le désir de la mort...
Elle a même des traits plus détestables, que Schelandre n'aura garde de rayer en 1628 tant ils lui semblaient exquis : « O mer amère, mère à la mère d'amours ! » soupire-t-elle au milieu de son plus grand désespoir. Des jeux de mots plus ou moins analogues se trouvent chez les Espagnols et les Italiens. M. Rigal a relevé dans la pastorale de d'Urfé (1627) le passage suivant :
1. L'antithèse se fait voir chez Schelandre même dans les caractères et les situations. Léonte est le galant d'une femme adultère, Belcar l'amant de Méliane; Tiribaze est belliqueux, Aristarque pacifique. (L'antithèse des pères sera en 1628 maladroitement affaiblie.) I, i, Cassandre exècre l'amour ; I, 2, Belcar l'exalte. Tiribaze, Phulter, les soldats vantent la guerre, Aristarque et Balorte en exposent les horreurs et vantent la paix. Belcar dans la prison analyse sa situation à l'aide d'une série d'antithèses. Voyez aussi les discours alternatifs d'Argond et des jeunes filles (IV. 5), etc.
2. A propos de cette antithèse de Racine bien plus factice et plus froide que celle de Schelandre, les commentaires citent Héliodore et Sallebrey. On pourra citer aussi Schelandre, d'autant plus qu'Héliodore ne parle pas d'amour et que chez Sallebrey il n'y a pas d'antithèse.
3. La chute de ce sonnet, lieu commun si cher à la préciosité européenne et qui se retrouve même chez Ronsard, a été relevée par M. Faguet dans Billard : « Je ne vois point d'espoir où l'on désespère. » Cf. encore Hardy : « L'homme n'a de certain parmi l'incertitude que l'horreur du tombeau. » — « Hélas, hélas, je meurs de ne pouvoir mourir » (Didon) ; etc.