LVIII INTRODUCTION
Vraiment tu montres bien Que ta mère naquit Dans les flots de la mer, Et qu'on te doit nommer Avi lieu d'Amour Amer, Amer vraiment Amour.
Il serait cependant injuste de finir sur ces puérilités l'analyse de la rhétorique de Schelandre dont le style ne manque point de traits sublimes. « C'est attaquer le ciel ! » répond Tiribaze quand on vient de lui raconter que la défaite de son armée fut causée par le soleil qui donnait dans les yeux des soldats (cf. le récit de la bataille de Crécy chez Froissart). Il est vrai que Pharnabaze s'exprimera plus éloquemment en 1628 : « Vous combattiez le ciel ! » Mais les paroles de Tiribaze n'en rappellent pas moins les paroles célèbres dont Philippe II avait reçu en 1588 le chef de l'Invincible Armada : « Ce n'est pas contre les éléments que je t'avais envoyé combattre. » Phulter dit qu'Alexandre le Grand craignait que
...son glaive Faute de résistants se donnast quelque trêve.
N'est-ce pas presque une première esquisse du fameux vers un peu matamoresque de Rodrigue : « Et le combat cessa. Jante de combattants » ? Le vers de Schelandre pourra être cité par les commenteurs du Cid.
Il y a plus de vigueur encore dans les disputes à la Sénèque où s'entrecroisent les vers lapidaires que personne ne maniait alors plus magistralement ni plus souvent. Il y en a dans tous les actes : chacun des deux premiers en contient deux ; le plus long passage se trouve dans l'acte III.
Ces vers expriment plusieurs fois des maximes marquées de guillemets, car Schelandre, comme ses contemporains, a hérité de la tendance moralisatrice du xvie siècle. Les réflexions plus développées ont aussi une part considérable dans les tirades et sont exprimées parfois avec une remarquable éloquence. Elles s'élèvent à un lyrisme qui rapproche Schelandre de Montchrétien et le montre bien supérieur à Hardy.
Comme Montchrétien, Schelandre trouve des accents d'une