LXII INTRODUCTION
personnifications : l'Envie au teint plombé, la sombre Frénésie, la pâle Vieillesse, etc., expressions héritées de la Renaissance et qui seront léguées au xviie siècle.
Schelandre fait volontiers les portraits de ses belles princesses : il y était amené d'ailleurs par le procédé habituel des indications scéniques dans le texte, de même que Hardy qui lui reste aussi à cet égard assez inférieur. Méliane nous est peinte toujours avec les couleurs mièvres qu'employait déjà Garnier aussi bien dans la peinture de sa Cléopâtre que dans celle de ses Juives. Il y a plus de nouveauté et d'originalité dans les portraits de Cassandre. « Avouez-moi votre amour, lui dit Eurydice, dans un passage supprimé en 1628, le silence l'avoue (paradoxe spirituel, hardi et neuf alors),
Et le beau vermillon qui monte à vostre joue Et ces deux clairs surgeons perle à perle poussés, Tesmoins d'un cœur serré... »
La nourrice signale ainsi son évanouissement : « Elle n'oit rien, ses beaux yeux sont bandés d'un voile ténébreux. » Et le chœur répond : « Elle revient, la lèvre se remue. » Observation minutieuse accusant un poète analyste et peintre à la fois. Il est dommage qu'au contraire, en racontant que Cassandre après s'être poignardée s'est jetée dans la mer, Eurydice se contente d'une périphrase pédantesque : elle « se lance dans le sel néréan pour fin de sa souffrance » ! Schelandre n'a guère sur sa palette les couleurs chatoyantes de Montchrétien qui écrit à propos d'une situation analogue :
Et de sang empourpra l'a:{iir de la marine ^
Il nous dédommage par un trait emprunté à Properce et bien déplacé dans la bouche d'Eurydice qui se sait attendue par les supplices les plus affreux : « Les nymphes aux yeux pers levaient son corps flottant sur la mer. » Ce tableau de la jeune fille