LXIV INTRODUCTION
réminiscence purement littéraire : tels le char au mouvement et à Vatlclage tragique, l'air sonnant « de rumeur confusément plaintive », le bûcher dont la flamme
en craquetant se mesle de fumée Qjai monte à noirs rouleaux vers la voûte gemmée.
Dans la bouche de Tiribaze se trouve la personnification d'une chose inanimée d'un avant-goût presque romantique :
Du costé de la porte où l'antique chasteau D'un regard sourcilleux se dilate vers l'eau (V, i).
Le sentiment de la nature, qui peut être observé dans ces derniers passages, vaut bien que nous y insistions, car cet héritage de la Renaissance va bientôt disparaître de la scène française.
Le songe de Cassandre (I, i) rappelle par son décor les pastorales, tout n'y est pas cependant conventionnel. Que de fraîcheur et de vivacité, malgré les ornements mythologiques, dans la description de l'hiver finissant (c'est plutôt un hiver de France que de Phénicie) et du renouveau faite par Tiribaze (I, 5) ! Les saisons fournissent matière surtout à des comparaisons comme chez Garnier et chez son maître Sénèque : ainsi le printemps avec ses « vives couleurs » et ses torrents soudains \ leté avec ses chaleurs torrides et ses orages, etc. — Les parties du jour ne sont pas toujours des prétextes à des périphrases érudites traditionnelles et empruntées au zodiaque ou à la mythologie; il
I. Schelandre parle du « torrent printanier du forestier L/ia;/ ». Une autre fois il écrit : « Jusqu'au cédreux (en 1628 : plus haut) sommet du Palestin Liban >). Ajoutons le mont Antiliban et le Jourdain mentionnes en passant. Voilà à quoi se réduit toute la couleur orientale. Aucun détail n'indique non plus que nous sommes à Tyr, cette Venise de l'antiquité^ sinon le pourpre mentionné une fois par le choeur (III, 3). On n'y trouve pas môme une description comparable à celle de Sidon dans la tragi-comédie {Pr. J., Ul, i) où d'ailleurs on rencontre peu de vers decette sorte :
De vray, ceste cité son renom ne dément.
due de monde assemblé ! Qiiel riche bastiment 1
Quelle place marchande, et que de grandes rues !
Que les toicts y sont hauts et les boutiques drues ! vers qui pourraient convenir aussi à Paris et qui rappellent en effet Icicomédies de jeunesse ou même le Menteur de Corneille.