LXVIII INTRODUCTION
Sans doute Schelandre gardera cette place, mais on devra désormais lui en réserver une autre non moins importante.
La tragédie que nous publions met en évidence que Schelandre a fait ses premières armes sous le drapeau classique. Il réservait pour l'âge mûr les audaces juvéniles et il a rangé son ouvrage de jeunesse sous la discipline des règles.
Notre auteur débuta au temps de Henri IV et de Malherbe comme continuateur de Garnier, un peu après Hardy qui suivait alors la même voie au théâtre, et qu'il a devancé de plus de quinze ans dans la littérature par la publication de son ouvrage. Il est donc le précurseur et le maître de Théophile qui reprendra dans Pyrame et Thishê un sujet analogue à celui des Funestes Amours et qui apprendra beaucoup de Schelandre à tous les égards. Car d'Anchères, tout en s'attachant au moule classique, y introduit tant d'éléments romanesques et tant de mouvement, avec un entrecroisement des scènes d'une complication jusqu'alors sans pareille, que la tragi-comédie de 1628 se trouve déjà entièrement condensée dans la tragédie de 1608. En même temps il nous fait assister à la lutte entre la passion et le devoir ou même entre deux devoirs ; il sait le premier peindre d'une manière vraie et saisissante l'amour-passion fatal et tragique avant Racine, avant même que VAstrée, dont la première partie paraît en 1607, ait remis à la mode le culte de l'amour dans la littérature. Notons surtout que, tout en s'abandonnant souvent aux jeux factices de la préciosité du xvie siècle qui seront chers à Théophile aussi bien qu'à Corneille, Schelandre, par une éloquence d'une vigueur un peu fruste, par ses élans lyriques, par un sens du pittoresque qui prouve une imagination assez vive et colorée, rappelle à un plus haut degré que ses contemporains les meilleures qualités du xvie siècle, dont quelques-unes disparaîtront avec Théophile après avoir jeté chez celui-ci un dernier éclat.
Nous avons réimprimé le texte de la tragédie d'après l'exemplaire de la bibliothèque de l'Arsenal, mais sans reproduire les