ACTE PREMIER
^o Or ses mains, or son sein, d'un musequin vermeil Puis va, tourne, revient, sautelle d'alegresse Comme un chien dameret qui chérit sa maistresse, Eir le mignote aussi de mille accents flatteurs, Orne ses andouillers des plus exquises fleurs ;
45 J'en vouloy faire autant, il recule farouche La seule Meliane en privante le touche. Mon oflre ny ma voix sa rigueur ne fleschit, Plus je marche après luy, luy plus viste gauchit ; Je conçeu lors despite une humeur envieuse
50 Qui me rendoit des-ja ma germaine odieuse. Quand je voy l'animal après ces jeux mignards, Luy accrocher sa robe à l'or de ses braiicards, La lever eminente aux pointes de sa teste. Puis retourner au bois heureux de sa conqueste :
5) Je le suys, il me fuit ; mais talonné de près. Peureux il lasche prize, et me quitte son faix, Je poursuy nonobstant après telle recousse : Le désir de vengeance et l'ire qui me pousse Me rend les pieds dispots et les membres légers :
•0 Apres avoir long temps sans crainte des dangers Brossé parmy les forts et les ronces poingnantes Par vallons raboteux, par cavernes sonnantes, (Chose efl'royable à voir) son chef devint tout rond, Il perdit à l'instant les armes de son front, ) Son poitrail s'espaissit de longue chevelure, La jambe s'acoursist, l'oreille, et l'encolleure,
140 Baisant ses mains, ses yeux, sa bouche et son tetin 142 Comme un chien qui se joue au pied de sa maistresse. — 143 Elle aussi le mignarde avec des ris flatteurs, — 144 Ornant... de joyaux et de fleurs — 147 A mes plus doux appas sa rigueur — me fleschit 1608 — 148 Quand je veux l'approcher, il s'esquive et gauchit
152 L'accrocher par le bust à l'or — 154 recourir aux bois joyeux — 155 J'y cours et luy s'enfuit; — 158 et d'honneur
Son poil devint tout roux et ses deux yeux ardants, Sa gueule se couvrit de grands rochers de dents, De son dos s'estendit une noueuse queue
170 Qui luy battoit les flancs en la cholere esmeue, Ses pieds vindrent griffus larges à l'avenant, Bref ce fut un lion, qui vers moy se tournant, Ja d'un agile saut me tenoit attrapée : De si soudaine peur ma poictrine frappée
175 Fit bondir un sursaut éveillant quand et moy Le cours désespéré de mon pleurant esmoy.
Dieu, si c'est mon trespas que Morphé me présage. C'est ma félicité plustost que mon dommage, » Le choix du moindre mal est heur au malheureux,
180 » Il vaut mieux n'estre point que d'estre langoureux.
[I, 2.] Belcar.
Si jamais un amant tout content en son ame, Eust subjet de chérir et l'Amour et sa flamme, Je suis celuy qui doy, selon mes premiers vœus, Honorer son autel du meurtre de cent bœufs,
18) Ce digne fils de Mars qui n'est jamais severe
A ceux qui leurs beaux ans consacrent à son père, Ame de l'univers, esprit qui rend épris D'un sublime désir, des hommes les esprits, Si favorable aux siens que l'inconstante roue
190 Ne peust estre importune aux amants qu'il avoue :
168 Sa maschoire s'arma — 169-70
Un tissu d'os nerveux, qui lui sort de l'eschine En luy battant les flancs, l'eschaufi'e et le mutine ; 173 Desjà d'un sault agil — 174 ma pauvre âme — 175 en sursaut uit inutil réveil — 176 Qui n'osta point le songe en ostant le sommeil. — 179 c'est l'heur
[S. /., I, 2.] 181 content de sa dame, — 182 de bénir — 184 du trespas — 185 enfant de Mars — 188 céleste désir — 190 N'est jamais