‹ Tyr et SidonChapitre 91 sur 166 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Donte mon cher amy ce dereiglé désir, » Qui s'est par trop hasté se repent à loisir, 5 Par tes yeux et les miens, clairs miroirs de nos âmes, Par ta bouche et la mienne oracles de nos flammes, Jure moy mon mignon de plus ne demander Ce que je voudroy bien mais je n'ose accorder.

Belcar.

Plustost que ne tenir vaut mieux ne point promettre

0 Je ne suis pas ainsi de moy mesme le maistre. Le nocher comme il veut sa barque fait mouvoir L'escuyer son genest, Cupidon mon vouloir : Or comme de nature au ciel le feu s'envole, Le pesant tend à terre, et l'aimant vers le pôle,

5 L'amoureux ne fait rien qui ne tire a ce point.

Meliane.

» Souvent oii nous tirons nous n'y parvenons point.

Belcar.

Au moins qu'en attendant, mille fois ma Déesse Le corail emmiellé de ces lèvres je presse, Pourquoy reculez-vous ?

Meliane.

Cela m'est deffendu.

i Belcar.

!• Ouy par une Alecton j'ay le tout entendu.

345-6 âmes et fiâmes sont intervertis. — 347 ne plus — 349-51

Il ne faut rien promettre où l'on est sans puissance. Je ne sais pas moy-mesme en mon obéissance. Le pilote à son gré fait sa barque mouvoir, 353-6 Or comme vers le ciel le feu prend sa volée, Et tous les corps pesants tirent à la valée, Les mouvements d'amour mirent tous à ce but. Mais les mauvais tireurs sont sujets au rebut. — 356 ny 1608

Ha ! vieille sovien-toy !

Meliane.

Son zèle est excusable.

Belcar.

Il n'est rien tant menteur, tant faux, tant détestable. Tant traistre, tant puant, tant ord, tant envieux, Tant rempli d'avarice et tant ambitieux

36) d'une si vieille femme, et pour donner sa forme Au vice, il faut dépeindre une vieille difforme : (Le présage en soit faux) mais j'ay crainte qu'un jour Ce masque décharné nous fera quelque tour. On se pourroit servir d'une femme en tel aage

370 Non pour un sacré lit, mais pour maquerelage.

Meliane.

Tenez, rendez le moy, mon cœur apaisez vous.

Belcar.

O baisers savoureux vainqueurs de mon couroux ! Mars si vous l'assailliez au milieu de sa guerre Jetteroit son courage et ses armes à terre, 375 Vous pourriez arracher au grand Dodonean Au plus fort de son ire un trait Cyclopean.

[A partir de 363, de nouveau Sec. /., I, 4.] 368 Ce squelette vivant - nous face un mauvais tour. — 369 devroit servir — 370 un chaste hymen — Suivent quatre vers, les deux premiers correspondent à ^6'^-6, les autres à 363-4 :

Car si le vice mesnie avoit forme de chair En ceste afïreuse vieille on le pourroit chercher Aussi (comme on le dict) le tissu de sa vie Est tout d'ambition, d'avarice et d'envie 371-2 Or bien, je me soubmets selon vostre demande ; Faites la mienne aussi, mon cœur, apaisez-vous. — O baisers ravissans, non moins puissans que doux ! — 373 au plus chaud de la guerre — 374 Jetteroit sa colère — 575-6 Vos charmes sont si forts qu'ils pourroient arrester Un trait demy lasché du bras de Jupiter.

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