‹ Tyrol TrenteChapitre 4 sur 16 · PARTIE Il.-DESCRIPTIOIS · texte numérisé non relu

PARTIE Il.-DESCRIPTIOIS

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Li cat-mu. — iirriutiK oi u «lUt. — lu puiu.

LU tcuiu SAIST-PIEtU, SUKT'BiBC. aiXNTI'MllU-IUJtClB . UI5T-VK>JLtU U PUCI Dt M«K.

Dans les prcgiicres années de ce siècle, Trente, conquise par la France, cédée il la Bavière, est revenue à l’Autriche lors de la dernière paix. L'iie administration moins avide, des réglements plus sages, ont-ils enfin arrêté sa décadence? Je ne sais ; mais j'aurais peine à exprimer le sentiment de profonde tristesse qui me saisit en arrivant une première fois dans les murs de cette ville , où tout ce qui vous entoure , tout , excepté sa population, rare et mobile, parait vieux de plusieurs siècles. Ville perdue au fond de la vallée et qui semble découverte d'hier, sous l'éboulement d’une montagne ou les cendres d'un volcan.

Du haut des collines que franchit la route, on n’aperçoit d'abord, dans l'éloignement , que sa couronne de tours lombardes , de dômes vénitiens et de hauts clochers dentelés , seuls monuments qui rappellent rAllemagne. Puis ap|>arnisscntses murailles brunes, flanquées d’énormes tours; murailles de Théodorick, abattues et relevées bien des fois, et dans l’épaisseur desquelles, eti passant sous les voûtes de leurs portes, on peut retrouver l’architecture des divers Ages qui les ont vues tomber et se relever, gothiques, lombards, franks, tudesques et italiens. Et

DKSCR1PTI«\

quand on a franrhi ccs voûtes, on arrive ou pied d'un fjrand eh&teau , tout roux, eoui%nnâ d’une riche dentelure de créneaux blaucs et roses, de flèches noires à demi ronjjees, d'ai(piilles brisées et dominées pr une grosse tour ronde qui s’élève hautaine et sombre, eomme un des guerriers des am’iens âges où on l'a bâtie. Le temps lui a donné la couleur de la rouille et du fer bruni , mais n'y a point fait de ruines. Debout au l>ord du lleuve , non loin de la roule et à la gauche de la porte, e'est la sentinelle avancée de la vieille ville, trop solitaire pour se défendre, trop cassée pour rester sansa|>pui.

Ce château et ses hautes murailles forment une prtic de l’enceinte, au nord de la ville. Les fossés qui l'entourent ont été taillés dans le roc vif, avec le<iuel la base du vieil édifice ne semble faire qu’un même corps. Cair le temps a effacé la soudure et confondu I ouvrage de la nature et celui de l’homme’.

L'intérieur de ce monument est vénérable comme son extérieur. Beaiicoupde peintures décoreat ses escaliers et ses galeries. Ses salles sont pavées de mosaïques an tiques et renferment des meubles des formes les plus gothiqurs, et de grandes tables avec des incrustations en pierres précieuses. Les fresques et les tableaux dont leurs murailles sont revêtues portent les dates de IÎ3S0, 'tuôâ, -1540. Elles rappellent les unes lest^ledu Pérugin, les autres celui d’.Vndré del Sarto , du Titien cl des autres peintres de l'école vénitienne. Les unes répréseuteutdes batailles, des chasses à l’ours et au daim J d'autres les portraits de Maximilien P', de Ferdinand, roi des Uomains, desa femme et de ses enfants; d’autres, des sujets de l’ilistoirc sainte. Le cardinal de .Médicis, depuis Léon y est représenté plusieurs fois en habit de cardinal. Est-ce d'après ses ordres, ou l'artiste a-t-il voulu seulement témoi|pier de cette façdli sa reconnaissance envers un prélat déjà protecteur «les arts? Nous rignorons; nous ne connaissons pas non plus le nom de cet artiste; mais, quel qu'il soit, cet ouvrage li en est pas moins remarquable ; c'est de lion goût et du bon temps.

Si vous pénétrez dans la ville, votre œil est frappé d'uue foule desioipiliers contrastes. Ici des rues étroites serpentent entre un double rang de maisons de toutes les formes, de toutes les couleurs, de toutes les époques; les unes debout et solidement appuyées sur le sol, les autres portiVs pur de petits piliers noirs ou gris rouge, assurés mutuellement' par des barres de fer à demi ployées par le tenqis ; maisons vieilles de

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plusieurs siècles; mais les rides et les lézardes de leurs murailles sont dissimulées par la chaux dont ou les a blanchies récemment; les brisures de leurs toits sont cachées par la joubarbe, le lierre et l'hicble qui les couronnent; les carreaux détachés de leurs châssis, ou les bois vermoulus des fenêtres et des ]>ortcs sont masqués par la viipie qui les enveloppe de ses bras, par le mais que l'on y appeiid et qui court en guirlandes d'un angle à l'autre de leurs façades; maisons cassées et décrépites, inclinées sur toute une file, comme une procession de vieillards; dont la tête s'avance de plusieurs pieds sur la rue, ou se rejette en arriére de manière à former avec le pavé un angle ou fort aigu ou fort ouvert ; maisons inquiétantes pour le passant et qu'habite avec insouciance une fourmilière d'enfants criards et nus, d'hommes noirs et à peine vêtus, de femmes aux cheveux de jais , au cou et aux bras couleur de brique, aux yeux noirs et lançant dans l'ombre des étincelles aussi brillantes que celles de leur foyer.

Souvent ces files sont interrompues par quelque pavillon d'un travail élégant, orné de moulures en bois, rehaussées d'azur ou de vermillon; ou par quelque tour crénelée , gracieusement élancée , et qui semble placée là pour aligner toute la file et faire contraster la ligue droite avec les ligues capricieuses des façades voisines. De distance en distance, apparaît aussi quelque solide construction , soutenue par de robustes coloimes . ou de gros pilastres, percée de belles fenêtres , cintrées en ogive et décorées de balcons d'une puissante architecture qui font une énorme saillie sur la rue. Mais le vaste édifice s'est arrêté à la moitié de sa ‘croissance. Commencé pendant quelque guerre, ceux qui l’ont bâti auront été ruinés avant de l'avoir achevé. Le marbre brut de ses fortes murailles ne soutient plus là-haut qu'une charpente noire et rougeâtre, dont les (p'osses pièces sont jointes l'une à l'autre par des planches vermoulues , percées de petites fenêtres grillées que surmonte un grand toit sombre qui couvre la rue presque en entier.

Dans ces rues se presse une population toute méridionale, déjà italieime, peu civilisée, à la voix criarde, aux gestes brusques, aux manières rudes : citadins diversement vêtus ; en bas de soie et sans chemise, en habit de velours et sans bas; campagnards demi-nus , dont la taille élevée, les yeux bien fendus, l’ovale allongé du visage et les grands nez dantesques , décèlent l'origine gauloise, gauloise cisalpine; ils tro-

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vcrsuDt la ville poussant devant eux leurs troupeaux , ou ramenant des champs leurs pesants chariots traînés par de (p^nds boeufs jaunes ; abominables mendiants , aux jambes et aux bras nus et rouges , qui se démènent par toute la ville d'un air affairé , jurent par Diane , Bacchus et la Madone , ou qui , couchés à l'ombre des piliers les plus voisins , digèrent l'ail , la polenta ou les raisins verts dont ils se sont repus. Au milieu de cette foule cheminent gravement quelques montagnards de cette commune, vêtus d'un bel habit de velours noir ou vert, la tête couverte d'un feutre pointu, orné de ganses de soie à boucles d'argent, et quelquefois d'une gronde plume ; ce sont de véritables types de bandits, mais de bandits coquets. De temps à autre, ils s'arrêtent i un magasin de soieries , marchandent opiniâtrément quelque pièce d'étolTe , jasent avec la citadine qui passe en riant , et accompagnent à l'église ou aux promenades , dans leurs dévotions ou dans leurs jeux , leurs femmes et leurs tilles qu'ils ont amenées de leurs montagnes, paysannes au teint brun et fier, au cou marbré de rouge, et portant négligemment sur l’oreillo leurs bonnets d'ours ou leur immense chapeau de paille.

De ces ruelles populeuses qui dans leur mouvement et les divers groupes qu'elles nous présentent, nous rappellent les tableaux confus du Bas- San , ou les esijuisscs de Bonifacio , on passe tout-è-coup dans quelque rue large, régulière, bordée de chaque côté de palais sombres , maisadmiroblemcut construits en grosses dalles de marbre rouge brut; palais lombardo-vénitiens que décorent de grands balcons à jour, des frises dentelées, des moulures exquises, et de riches pilastres; palais des Galéas, des Castel-Alto, des Clés, desMadruce, des Hugo Candide, des Lichtenstein , des Firmian , des Spaur et des Bellasi ; nobles familles qui les habitèrent autrefois et qui , de nos jours , h en juger par le silence qui seul règne dans leurs murs, semblent n'y avoir pas laissé de descendants. C’est lè peut-être , dans le plus antique de ces palais de la ttrada longa ou de la contrada longa, que vécut ce Belleuzano qui souleva la ville , ce Sunnenberg qui la sauva.

Ce fut dans ces palais , où resplendissaient l'or et la soie , qu'habitèrent ces pères du concile, hommes rompus à l'intrigue, âpres à la discussion , faisant tête opiniâtrément à une révolution religieuse , et passionnés pour des idées que l’on ne comprend plus de nos jours, comme nous le sommes aujourd’hui pour des idées que dans trois siècles on ne

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comprendra pas davantage. Hommes plus complets , quoique plus rudes que les hommes des temps modernes; joignant à la passion du moment Tambition de l’avenir, et se reposant de leurs querelles, avec l'imagination et les arts, comme nos hommes politiques, avec le positif et l'argent. Hommes qui promulguaient un canon au son de l’orgue; qui justifiaient Marie et mettaient en scène l'Arioste; qui le matin fulminaient l'anathème et le soir se mêlaient aux divertissements d'un bal , et devant lesquels dansa un jour le terrible Philippe II I

Aujourd’hui ces palais semblent inhabités, l'herl>e croit dans leurs cours et entre les pavés de ces rues désertes. La vie y est comme dans le reste de l'Italie, sombre, découragée, oisive.

Le palais des Galéas, bêti à l'italienne et en pierres carrée» à saillies, est le plus remarquable de ces édifices ; vu de la rue, son vestibule , soutenu par une élégante colonnade, produit l’effet le plus pittoresque.

A l'entrée de la ville , près de la porte d'Aquila et non loin du château, s'élèvent les deux églises de Saint-Pierre et de Saint-Marc. C’est dans la première de ces églises que fut déposé le corps momifié du petit saint Si monin , son sang co^julé , et les aiguilles , les clous et les pinces qui servirent à le martyriser. Dans l’église de Saint-Marc on voit le tombeau du cardinal Séripand, un des légats du pape, qui mourut à Trente pendant le eoncile, et qui y fut enterré le 19 mars 1563. Les bas-reliefs en marbre blanc qui ornent chacune de ses faces sont d'un bon style.

Dans cette même église , sur l'un des bas-côtés , et à peu de distance du tombeau du cardinal Séripand , on voit la tombe d’une jeune femme, Dorothca Tonna, morte â la fleur de l'âge, le 10 octobre de l’an 1520. Sur la tablette de marbre qui recouvre le corps de cette personne d’une beauté peu ordinaire et d’une grande vertu, on lit une épitaphe simple et touchante, dont je ne traduirai que les deux derniers vers, remarquables par la concision de la forme et par la mélancolique résignation de la pensée ' .

' Voici oett« épitapbe « qu'aucun voyageor o'a reoocillie :

c Quid gémit beu lanto iclkia fuuera luctu ?

* TurtMntur lacrjmia gaodia noitra luis.

> Parce prvoor tristes qumius eflünâcrc, vUi.

B ^OD eral Id büi Innginr bon lueis ;

• îminatun péri ! acd tu diulumior, annos B Vhre meos , oocÿui opiiroe , vhe looa. >

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Dorolhoa Tonna s’adresse à son époux, André Borgio, chevalier crémonais , et s’écrie :

Immatura périt ted lu diuliiniior , onms Vive meus, eonjux o/ilime, vive luos.

Je meurs avant le temps mais loi qui me survis,

Vis pour moi , cher époui , ces ans qu’on m’a ravis.

C’est , je crois , près de ces tombeaux que se trouve le monument du Manluaii Pineio, le seul historien de la ville de Trente. Ses récits, fabuleux quelquefois , surtout dans les commencements de son histoire , ne manquent ni d’intérét dans les détails , ni de nerf dans la forme. Cependant on doit reprocher à Pineio une imitation trop servile des historiens romains, et sa singulière partialité pour le pouvoir, partialité que , du reste , il cherche peu à dissimuler , et qui nous étonnera moins si nous songeons que Pineio était protonotaire apostolique, chanoine de Trente, et que l’empereur Ferdinand et divers cardinaux trentais , Bernard Clés enjre autres , le comhlèrcnt d'honneurs et de bienfaits. Pineio écrivant dans le palais du prince-évêque , ne pouvait être l'historien du peuple ; les misères de ce peuple et les persécutions atroces que ses maîtres lui faisaient épmuver, devaient le trouver sans entrailles. La pierre de son tombeau nous apprend qu'il vécut soixante et dix ans, et que le troisième jour de janvier de l’an dSTi « il rendit a la terre » qui le couvre ce qu’il avait reçu de la terre , et à Dieu l’âme qu’il avait O reçue de Dieu. »

Maintenant que nous avons visité les tombeaux des citoyens trentais qui ont laissé quelque souvenir , arrêtons-nous un moment devant celui du fameux Ceorge Frunsperg, dont nous avons parlé dans le courant de notre histoire de Trente ; de cet .Allemand qui comprima si vigoureusement la révolte des paysans tyroliens et du peuple trentais, sous l’épiscopat de Bernard Clés. L’épitaphe qui revêt le devant de ce tombeau nous redit les diverses actions de ce guerrier, l’un des plus illustres généraux du Tyrol. Il commandait l’armée qui réprima la révolte des paysans tyroliens ; il soumit les villes rebelles et les peuples insurgés de la Ligurie et des provinces trans|>adancs ; vainqueur dans bien des rencontres, il poussa jusqu’aux marais de Venise, s'avança jusqu’à la

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tour de Marghera , au bord de la lagune ; et les éclaira de son glaive et les feux des inccndic>s qu'allumaient scs soldats terriiicrent Rome ellemême. Maintes fois il déli(Ta des villes assiégées ; maintes fois il sauva des armées entourées d'ennemis nombreux ; et il livra plus de vingt combats en rose campagne enseignes déployées. Il succomba enfin devant Pavie, le 20 août de l’an dSSS, égé de cinquante-quatre ans. a San vieux père, » Gaspard Frunsperg, se conformant aux antiques usages, lui a élevé » ce tombeau , ■> ajoute la pompeuse épitaphe.

Ën avançant vers le milieu de la ville, on arrive à l'église Sainte-Marie- Majeure, où se tint le concile. Il n'y a de remarquable dans cette église que l'orgue dont nous avons parlé plus liant , et un grand tableau du concile , fort sombre , et qui rappelle l'école vénitienne.

.4 peu de distance de cette i^lise , sur l'un des côtés de la place principale, s'élève l’église calliédrale de Trente. Cet édifice, d'une formeallongée et d’une moyenne hauteur , est surmonté d'un toit en iierceou, couvert en lames de plomb, que le temps a oxidées. Ce toit, blanc comme de l’argent, est soutenu par une rangée de petites colonnes, de quatre pieds de hauteur, qui forment une galerie en dehors, tout autour de la corniche. Cette église a un grand air de famille avec les constructions lombardes de Vicence et de Padouc et doit être de la même époque.

Soulevez le rideau vert qui , du côté de la place , la ferme en guise de porte (ici les usages sont déji italiens) , et vous pénétrez dans une église sombre, assez mal tenue, et décorée de quelques mauvaises copies de tableaux des maîtres des écoles lombarde et vénitienne. Tout-à-coup, à l’une des extrémités de la nef, le sol s'enfonce et vous descendez, par une rampe assez douce , dans une église souterraine , soutenue par un double çang de colonnes , et creusée aussi profondément sous la terre que les voûtes de l'église qui lui est superposée s’élèvent au-dessus du sol. Rien de plus mystérieux et de plus sombre que ces voûtes mélancoliques , où chaque pavé couvre un cercueil. C'est là que sont précieusement conservées, dans des châsses ornées de pierreries incrustées , des reliques de toutes les époques, et dont chacune a un degré de vertu différent ; on y voit une épine de la sainte couronne; une tête d’uii saint Innocent aux cheveux roux ; le pied de saint Jérôme, recouvert d'une cloche de cristal, et les os de saint Vigile , canonisé pour son martyre , quoi<|uc les rigoristes de son temps l’eussent accusé d'hérésie pour avoir cru aux antipodes. C'est

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dans la Cathédrale que se trouve aussi le tombeau du fameux Bernard Clés.

En sortant de la Cathédrale , on entre dans une grande place que traverse un ruisseau d'eau vive, lequel coule de l'orient à l'occident. .Sur ce ruisseau sont bâtis plusieurs moulins et des usines où l'on blanchit la soie. A son entrée Hans la ville, il se divise en un grand nombre de bras, qui arrosent les rues principales et y entretieunent une agréable fraîcheur. Un de ces bras alimente la plus belle fontaine de la ville, placée au milieu de la place du Dôme. Cette fontaine, nous en avons donné l'histoire. Aujourd'hui des tritons et des dauphins de bronze ont remplacé les lions d'autrefois, et se lancent, en grimaçant d'une façon plaisante , des jets abondants d'une eau claire comme le cristal , qui retombent en poussière dans une large coupe de marbre blanc. Autour de cette fontaine et sur les rives du ruisseau qui traverse la place, se pressent d'ordiuairc un grand nombre de femmes accroupies dans toutes les positions sur les dalles de marbre qui pavent la place ; elles lavent leur linge en chantant des cantiques ou des airs tyroliens.

Irrégulièrement plantée sur quelques-unes de ses faces, la place est bornée au midi par le bâtiment du üùtne, ù l'est par un grand édifice d'une architecture plus moderne , et des deux autres côtés par des constructions de toutes les époques : petites maisons italiennes percées d'étroites fenêtres que masquent des jalousies triangulaires , dont les barreaux laissent à peine arriver le jour ; palais lombards , décorés de balcons, de fenétresen ogives, soutenus par de vieux piliers, autour desquels courent capricieusement les bras d'une vigne , dont les feuilles jeunes et verdoyantes remplacent les feuilles de pierre de leurs chapiteaux rompus. La façade peinte do ces palais est couverte de figures d'une dimension colossale. Jusque dans ces fresques éteintes , aux contours secs , aux formes naïves, aux couleurs effacées, se retrouve l'accent simple et fort de la nature, mais de la nature sans relief. La vue de ces naïves ébauches nous reporte tout-à-coup dans ce quinzième et ce seizième siècle, époque merveilleuse de la seconde jeunesse des arts, où tout était grandiose, où tout était monumental , tout , depuis les mosaïques qui pavent les cours de ces palais jusqu'au badigeonnage de leurs murailles.

C'est sur cette place de la Cathédrale , la principale de la ville , que se font les grandes cérémonies religieuses et politiques , et qu'on célèbre

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les fêtes principales de la ville. C’est là que, le jour de la Saint-Vigile, se déploie , au sortir des voûtes du temple , la procession qui porte à travers les rues de la ville , la châsse magiiinque où sont renfermées les reliques du martyr patron de Trente. Quelques invalides autrieliiens , seule garnison de la ville et du diàteau , ouvrent la marche j vient ensuite un orchestre militaire formé de tous les instruments à ventdu canton, musique retentissante s’il en fut jamais, et de longues des de jeunes garçons et de jeunes filles , vêtus d’habits de fête , mêlent leurs chants aux sons de ces instruments. Le clergé les suit; le clergé, composé dus prêtres de la ville, des prêtres du canton tout entier, et des moines des divers couvents de la vallée, capucins, carmes, chartreux, bernardins, véritable armée qui double un moment la population de la ville, et qui déploie aux vents ses bannières d’azur ou de vermillon , ornées de franges d’or et d’argent, et d'images de saints, de vierges et de martyrs. Ces jours-là, toute la ville se fait religieuse; les rues se ta|>issent d'étoffes dans toute leur longueur, des branchages jonchent le pavé, l’encens fume, et partout , sur le passage du cortège sacré , la foule s’amasse , s'empresse, se prosterne, récitant ses prières à haute voix, et invoquant, avec des exclamations pénétrées et des gestes tout-à-fait passionnés , les saintes et les saints représentés sur les bannières que l’on porte. Mais quand vient à paraître la châsse vénérée ou l’image du Saint-Sacrement, tous les yeux s'abaissent, tous les corps s’inclinent, tous les fronts sont dans la poussière. C’est que, dans la petite ville tyrolienne, et déjà italienne , la foi est encore aussi vive aujourd’hui qu’au temps du concile ; les pompes de la magnifique assemblée , le luxe de ses cardinaux , l’orgueil de scs légats, les passions et le fanatisme de ses membres qui se disaient infaillibles; tout, jusqu’à leur souvenir, semble avoir disparu de ces lieux qu’ils remplirent autrefois, et de la mémoire des hommes; seule , la simple croyance du peuple a survécu !

Les Trentais, nous l’avons dit tuut-à-l'lieure, sont, por la position de leur ville, Tyroliens et Italiens à la fois; leur caractère participe do ces deux peuples , et si , comme les Tyroliens , ils aiment les spectacles et les solennités dramatiques, comme les Italiens, ils mêlent volontiers la religion à des divertissements d’une nature tout-à-fait profane. Du reste, ce goût des Trentais pour les fêtes et les représentations où ils peuvent être ou acteurs ou spectateurs, remonte aux premiers temps de leur

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histoire; les clirouiqueui's eu font foi. Ce t;oùl, ils l'ont conservé jusqu’à nos jours ; mois les occasions de le satisfaire sont bien rares. Il n’en fut pas toujours ainsi ; et nous voyons qu’au temps du concile , non contents des fêtes ofücielles que leur <lonnaieut les fastueux prélaU assemblés dans leur ville, les habitants de Trente improvisèrent des divertissements assez sinf;uliers pour attirer l'attention des pères du concile et pour leur causer une sérieuse inquiétude. L'esprit ombrageux de ces hommes habitués à la contradiction et au scandale , attribuait à de simples jeux une portée qu’ils n'avaient pas, et prenait pour des démonstrations séditieuses ces ébats d’un peuple enfant et les inventions naïves et grossières d’esprits candides et sn|>erstitieux. Dans ses lettres au cardinal Borroméc , son très-linnoré maître , lettres écrites de Trente , à l'occasion du concile , le nonce Visconti entre dans quelques détails au sujet de ces amusements des Trentais.

Le matin du SO juin Ioéi5 , avait eu lieu une grande procession du concile pour YOclave du corps du Seigneur, procession à laquelle assistaient les archevêques, les évêques, les cardinaux-légats, le cardinal Madrucc, prince-évêque de Trente, et le fameux cardinal de Lorraine, fort sombre ce jour-là et ruminant sans doute quelque vigoureuse réplique à un discours offensant prononcé la veille, dans une des congrégations , par le général des Jésuites , le vieux Laynez , son ennemi , que le concile écouUiit avec faveur. Après la cérémonie , quand les pères furent rentrés dans leurs palais , les habitants de Trente s’assemblèrent sur la place du Dôme, dressèrent un grand échafaudage chargé de légendes naïves et d'inscriptions allégori(|ues , et donnèrent à la foule ébahie la représentation de la victoire de David sur Goliath. Le géant philistin était figuré au naturel par un montagnard d'une taille et d'une force extraordinaires , habitant de la contrée voisine , et frère peut-être du géant dont on voit les ossements énormes dans l’une des collections de curiosités tyroliennes, à Inspruck.

Le spectacle commença par de longues évolutions des Hébreux et des Philistins. Les Philistins habillés en lansquenets suisses, car les Italiens n’ont jamais aimé les uniformes allemands, et les Hébreux, couverts d'armures de formes diverses ou portant l'uniforme de la milice du pays , uniforme assez semblable à celui de l’orifonMace florentine imaginée )>ar Machiavel ; c'est-à-dire le pourpoint blanc et les hauts-de-

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nhanssps mi-partis blancs cl roaj^s^ Le (;énnt Goliath arait endossé une armure complète de ehevalier , et il brandissait une lanre aussi liaute que les toits des .faisons voisines, un sapin tout entier, véritable lance de Ferragus et de Rodomoiitl Itavid représenté par un jeune garçon^qni n'avait pas encore de barbe, attendit de pied ferme le colosse qui venaH^ttr , lui la lance liasse, et, levisautau front avec son arbalète qu’il avait soignei^^sèment bandée , il te tua du preuiier coup. Les liïstoriens ne nous disent ^ (IBS si ce fut encore aMwiluref; ils nous laissent igiKiror si, (jour rendre la ressemblnœ plus parfaite, David vainqueur cou|in la tête de son ennemi terrassé, comme lu Bible le raconte ; Viseonti nous apfirend seulement que lc[ieu]iledeTrenlcavnit coutume île repréifcnler Iragit/itemenl de pareilles ckoscs tous les ans ; tragiquement! eomineiit fant-ll ontendrece mot?

Le bruit de cette représentation vuit jns(|ti'aux oreilles des pères du concile , et ne laissà pas que de causer une (grande rumeur dans leurs congrégations. Il y avait des dominîcaius parmi eux , l'inquisilion n'était ’ donc pas loiu. Le zèle soupçonneux de ces saints hommes vit dans de"* pareils tableaux une moralité satirique , uné allégorie coupable. Qu’étaitr ce que ce géant Goliath, sinon le saiuteoncile , la grandé.-hv^gantesqiiê assemblée I et eétte lance , que de loin il brandissait si fièrement , 'n’é^. tait-ee pas Fana thème , cette arme qui atteignait partout et dont le aftfi eile abusait si volontiers ( -quant II cf David , si jeune et si audacieux , im devait rivoiiuaitre en lui dé personnification de In eroyanee naissante, de la religion nouvelle, Luther, Cadvin ou Satan lui-niéme,. Les esprits s'échauffaient les accusations devenaient plue précises , et déjè l'assemblée murmurait des menaces : les' (lapistcs les plusardenls proposaient de eondamniT les malheureux acteursdeoetic scène impie, et, .après leur avoir fait subir les icusare^Tîeclésiaetiquesv d'envoyer à ^ potence ou au bûcher les Hébreux et les Philistins David et te. géant Goliath , quand , sur des reinoiitraiiei's du cardinal Madruee, prince de 1a ville, et sur des informalkma soigneusement recueillies de divers côtés , on reconnut que de . Iem|vs'immém6rial , des spectacles semblables avaient eu lieu dons la ville de Trente; ipiniit .au choix du sujet, en iiilerrogcaiil les actenrs, oa acquit bientôt 1a certitude de leur innoeeitee v leurs intentions n’étaieut nullement olTensantes , et si l’on avait trouvé dans leur drame grossier de malenconlrenses allégories^ et de (wcHiles alliisions, le liasard seul et les

dominicains en étaient coapnbles.''<?*- ,>^rq^-. ■ •

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Leg r«prég«iitation« dooesmyslèçtt, alere «n grande rogne dans ttnée' l’Europe , qui , peudaiit un quart de aièclc, sembla prendre un biairre plaisir à mettre en aetion le«roni|)(>.'.ilioiiK ilo Martin S<’linn)pu<T, de Lucas de Leyde, et d’Albert Durer, ne furent ]kis imêlé4‘S|>ar eé c oniineneemeût de procédure du concile; on seiiumtia «ans doute plus circons|)e<;l dens le choix du sujet, mais dans les aiimk-s ipti siiisirenl, des reprcscnialions ^ ^eurertt lieu, comme par le passé, sur la place de la IJalhcdiMle. De nos jours , c’est encore là que se donnent rciidcz-vous , jimir amuser la foule, « les joueurs de (pibeletg, les musieieus et Ira $jdliudiaiii)ues de passage; seulement, dans leurs moraliU» fort |x-u «lonUiii, .\rl*s|uiu vemplaee le roi David , cl Polichinelle , le géant tkiliath. - , ' , .

Peu d'années avant les sessions du concile de Trente , celte méoae > place avait été le ihàUre d'un spectacle d’un genre plus -élevé, d'une magnifique comédie jouée par des 'actsurs d'uue.bie'n autre imporlaiioe, '

Les détails en soûl inlércssaots et gi-andioses aussi ne quitterons-nous 'pas la place du Dôme sans rapporter ici le plus curieux des souvenir» -historiques qu’elle nous rappelle. , -

Dans l'année fol)8 , au commencement de février, Maximilien, te bixarre empereur que , plus tard ,’ nous aurons occasion de mieux ooniiailr», s’était rendu dans la ville de Trente, dont L’évéque régnant était son feu- * datairc. Maximilien , jusqu'alors , n’avait pprlé que le titre d'empereur . élu; iinpetient de recevoir , des mains du pontife Jules II , la q>ourpre^et la «ouronne des Césars, -il voüla'it se rendre à Rome, et avait dépêché des. ambassadeurs à toua les états de l’ItaKe .qui relevaient de l’empire.

Ces envoyés devaient annoncer aux peuples de ces étaU k proeliaine ar^ rivée de leur souverain , et réclamer d’avance les prestations d'usage pourle oapronnemenl des empereurs. Snr ces entrefaites, les Vénitiens, pousaés par le roi Loujs XII , alors IcuuHié et l’ennemi de MaxiipiKen , * .

( la ligue de Cambrai n’avait pas encore été résolue ) les V^iitieos , qui ' se trouvaient sur le chemin de l'empereur , firent mine dé vouloir lui ' disputer le passog». Ils fortifièrent k muraille 'qui ferme k vallée du ^iAdige, coke Caliano cl Pietra , à quelques milles de Trente et rqn^ forcècenl la ganiisoii de fiovei-edo , k clef de l’Italie. A cétle nouveUu, * hi colère de Maximilien fut extrême; mak ecpendaul, avant- d’avoir recours aux armes., il voulut effrayer ses ennem'* par quelque démonstration imposante, et, comme l'appareil et l’éckt eûtériwra étaient touUà-fait^

DE TRENTE. ^ S5-

(bn5 les goûts du chevaleres<|uo empereur , il résolut de frapper vivement' les yeux et les esprits par quelque eérémonie pompeuse et meituçaiile i la fois. Le troisième jour île février, il se rendit proet'ssiOnnellement'do cliéteaii à l'église cathédrale de Trente , Ugumiit , é travers la ville , iine; de ces marehes triomphales que, plus-tard, il IH rrtraeer par le piiteuaii d’Alliert Durer, ou par (e burin de Schaufellcin on de Hans Rnripnair. («Ite cêréraopie mérite d'étre rapportée avec quelques détails ; sa magni- Heenee, sa singularité, et surtout l'Intérét qu’elle donne aux lieux que nous déerivons , nous engageut à lu raconter , 'èn ik)us aidant des travaux des peintres et des récits des historiens. ‘ ;

Le clergé de Trente, bannières déployées, ouvrait la marche, mêlant ses chants aux sons de la musique de la cha|>elle qui aecom|>agnait partout l’empereur , et que dirigeait messire George Sultkonia , évêque ' devienne, maître de la chapelle impériale, et Paul Hofnisier, chef des orgnes du régale et dn positif. Venait ensuite une troupe de lansquenets allemands, choisis parmi les plus beaux soldats de l'armée, holnnies à la phyaionomie rude et martiale, é rceil dur, à la barbe épaisse , taillée carrément et se mêlent à d'énormes moustaches ; le plus grand nombre portait des liauts-dc-ehausscs é taillades et deé pnur|)oints tailladés aussi; qoelqacs-uns étaient couverts de cuirasses et do ciiissanls, et Ions avaient la télé enveloppée de loques charj'ées d’énormes plumes de diverses couleurs tombant jus<pi'au milieu du dos. Ces hommes porlaieafcsur l’épaule , les uns de gro.s fnsils à mèches , les antres des lances, desMIebardes et des pertuisanes de formes et dé dimensions effrayante».

' Derri^ eox, et à peü de distance , deux rangées de fifres bourguignons sur cinq hommes de front , s'avançaienr sur de grands ‘chevaux , jouant de la bombarde , du cor appelé cromorne et de la flûte bruyante. Les sons des instruments alternaient avec les fattfarcé des trompettes et les roulements des tiniballiers à cheval qui les suivaient en graiid nombre.' Les armes de l'empire étaient figurées sur le tablier des tiniballes et sur les bundcrollcs flottantes des autres instruments , bombardes , trompettes ou flûtes bruyantes. Après ies musiciens) s'avançaieiit les hérauts-d'arims de l'empire , tenant chacun & la main un cudiioée jaune , et marqués , sur leurs manteaux d« drap d’or , d'irrmoirics diverses ; leurs chevaux , couverts de caparaçons maguifiques . étaient retenus par des brides d« velours on de soie. ^

DESCRIPTION

Chi'isloplie Schcnk , le |H)rle-é(eiidar(t de i'einph-e ^ aruté de toutes piée«-s , uiuiilé sur uii éiioriiie cheval entièrement bardé de fer è l’e»eeption de lu queue et des jambes qui restaient libres, venait apres les liérauts-sl arnies et portait le (piiduii im{>érial , aux armes de l'aigle à double tète. Derrière lui s'avançait l’empereur en personne.

Maximilien montait un cheval superbeinenl harnaché ; une armure à canelm'es et à ciselures d'or le couvrait de la tête aux pieds; le manteau impérial tlottait sui' ses épaules et retombait sur la croupe de son ehe* ' val. Il avait au cou Tordre de la Toisou-d'Or , et un riche tablier en mailles d'or enveloppait su ceinture et tonibait jusqu’à ses genoux. A sa gauche, se tenaient le prince-évéque de Trente , et Mathieu Langen , évêque de Gurk , son chancelier ; a sa droite , le maréchal de l'empire ' portant le glaive de l'empire; et derrière lui, vêtus d'armures resplendissantes et montés sur de superbes chevaux, se pressaient la ibule des princes , des comtes , des barons et des chevaliers qui se préparaient à le suivre dans son ex[)édition d’Italie.

Lu marche était fermée pur un cavalier d'mie taille élevée, d’une ligure étrange, grotesquement vêtu d’un pour|>oint de masque d'or, a toil- ' lades rouges, bleues ou vertes, et coiflé d'une petite toque a longues dents de couleurs diverses qui retombaient sur ses yeux. Gnq ou six porsonuages de la même es|)ècc , mais habillés moins richement que le' premier, caracolaient ù ses côtés, montés sur de petits chevaux hmguenx ou sur des ânes farouches ; ils poussaient des cris perçants , s'a*; dressaient des discours sans suite , faisaient toutes aortes de contorsions bizarres , et saluaient avec d'effroyables grimaces la foule des gens de 'J'rente , qui applaudissait à leurs prouesses et les accompagnait avec toutes les démonstrations d'une gaieté bruyante et ironique. Ces bommés, c'étaient sans doute Courad Van der Kosen , le bouffon de l’empereur , et ses compagnons , messires Gylyme ,-Meterschy, Caspu* , DywenyndI , Gulicliisch , Hans >V inter et Gurggeryllis , les fous et les bouffons de la cour.

.Maximilien étant arrivé au pie<l d'une espèce de tribunal couvertderiebes tentures, que l'on avait élevé sur la place en avant du Dôme , "mit pied a terre, et monta sur le haut-dais, accompagné de Tévéque de Trente, de son eliancelicr et du maréchal de l'empire ; là , il prit des mains de ce dernier le glaive à deux tranchants , et tondis qu’il le tenait liant et qu'il

DE TRENTE

RS

uiODlrail aux assistants la lame une , Mathieu Laiigeu , le chancelier , prit lu parole et annonça au peuple , d'une voix ferme , (|ue l'empereur Maximillieu entrait en Italie et qu'il allait à Rome prendre la couronne impériale.

Cette manière d'annoncer une expédition ne manquait ni de grandeur ni de solennité; mais ce n'était là qu’une pompe inutile, qu'une vaine menace , et les effets furent loin de répondre aux |Mtroles. Roveredo tint ses |K>rtes obstinément fermées nu magnifique empereur ; il fallut guerroyer avec les Vénitiens sur la frontière , et , après une guerre sans résultat, Maximilien, abandonné par les contingents de l'empire au moment de triompher de ses ennemis , 'rentra piteusement en Allemagne, et se renferiuo dans Cologne; son dépit fut tel que, laissant là cette fois et le glaive de l’empire , et scs hérauts d'armes , et ses bouffons et sa cour entière , il se cacha à tous les yeux. Pendant plusieurs semaines on ignora ce que l’empereur était devenu.

Ce ne fut que l'année suivante , et avec les secours des princes lignés à Cambray, que Maximilien put tenir ces engagenieiits de victoire qu'il avait si solennellement pris sur le parvis de l'église do Traite. Cette fois le glaive de reiupire Dt réellemait trembler l'Italie, et Venise fut aux pieds de l’empereur. {Gvicfiardini, L. VIII . — Lettere di Francesco Vellori, (h ï'i rnto , i ot)8 , etc. i ,, ...

1 ÎMUIDWS ni TKKNTI. . ^ *

. * piàiiA otiu Piuu. — pàiAut» ni gtftvoii cotuNH-i. ~ pofm.AiTO- ■ - \

tl'f CIMliLf la PATti ALt IXVIRONb DI TU.NTB.

* Le CdlTm- m «A.^ tCINlRMNO.

Mais'quittons l'enceinte des ninradles de Trente , et parcourons les environs de cette ville. En suivant la route d’Italie , et en sortant par la porte Saiïla-Croce , on se trouve sur une grande place appelée Piazza délia Fiera. C’est là que se tiennent les marchés ordinaires de la ville et les grandes foires {lériodiques. Dans ces occasions , des deux cAtés de lu place, sur sa plus grande longueur,'' s’établissent de petites échoppes abritées du soleil par des morceaux de toile grossière et par des lambeaux

DESCRIPTION

lie coutil bariolés de couleurs diverses , bien , rose ou carmin ; ces toiles sont étendues sur de grands bfttuns altaeliés en croix et étayés par des fourches de bois. A l'ombre de ces espèces de tentes , sont dressées de petites tables où sont entassés, sur des lits de feuilles de vigne et de sycomore ) des ligues mûres et parfumées , récoltées dans les jardins du voisinage, des amandes fraîches, encore enveloppées de leur écorce, et des pastèques amoncelées en pyramides comme des boulets de raiion auprès d’une batterie; au sommet de ces pyramides d'un vert noir , sont étalées des tranches de cas iruits, dont la chair ronge, et toute ruisselante d'uiijus}>ourpré, oontrasteagréablemeulavecle vert de l'écorec et semble inviter le jiassaut. Eiilin, aux extrémités tle ces tables, dans de'grandoa corlxùllcs en jonc ou en osier, sont entassés des cédrats, des oranges 'et des citrons frais, arrivés à Trente le malin et recueillis la veille sur les I bords du lac de Garda , sur les collines de Mndenio , dé Oargnano ou de Liinoiitc. Kntco ces deux rangs d'écbop|x>s, et sur le milieu de la place, se tiennent les marcliands de volailles, de bestianx et de denrées de tonteespèce. Les uns venus de Rovorwio avec un cliargemenl de foulards indigènes, de velours , ou de chapeaux de soie <|u’ils vendent deux ou trois florins la pièce ; les autres , descendus des parties supérieures de la vallée de l’Adigc , de Bolsano , de Lavis , ou des bords du lac de Kakiern , du val de Sol et de Non. Des tonneaux remplis d’un vin noir et généreux , des sacs de seijfle ou de mûïs , des écbevaux de chanvre ou de lîii, ou de* feuilles de tabac roult’cs , productions de c<w cantons , encombrent leurs ‘ vastes elmrriots. Ces chevaux de trait que leur maître promène de ce côté du marché, sont venus des environs de Méran et ont été élevés dans les pétiirages du confluent de l’Adige et de rEisach ; leur taillé esl forte' et ramassée , et ils ont quelque analogie avec nos ehevaux de Norniandie. ,Ces moutons qui se pressent en longues ü'mipos sur la place et qui encombrent toutes les nveunes des environs, descendent des ravins de Primolano , ou des hautes valléos sèches renfermées entre Ira pics élevés qui dominent la vallée de l’Adige. Dans cel autre coin do la place, de grands bu'ufs , presque tous d’un jaune pâle ou d'un blanc gri8élre,'soOt accroupis dans des positions diverses; leur'maitre est obligé de les toucher de raiguillon pour les obliger h se relever et à montrer les fortes dimensions de leurs eorps au passant qui les ninrcliande :1a fatigue les accable et leurs forces semblent épuisées : c’est qu’ils ont fait une longue route ausoleil.

^ DK TRENTE. , . 87

pDur venir des baüliages du Piuterthal , de Brixen , de Pruoeken ou de Lient , riehet cantons liont les beaux pâturages nourrissent quarante k ' cinquante mille de res robustes animaux. Enfin, dans ce coin du man^hé,

• vous voyes des hommes d'une taille éfevée , aux larges chapeaux plats,

•. au bretelles tyroliennes , aux oeintnres à incrustations de phtnib , et aux ^ redingotes brunes ou bleues à revers de couleur verte, la plupart; ces

hommes, qui parlent un langage barbare, une espèce «le roman composé de latin corrompu, d'ilniien et d'allemand, eés hommes ont accompagné ces troupeaux et viennent aussi du Pnslerthal , ce sont des montagnards de-Thumani-Ood et des environs de Prunecken ; eux , ce sont leurs bras

■ , qu'ils vous vendent. L’Italie- les connaît sons le nom de éadiots , et les

emploie comme maçons. * ' ,

Après avoir traverse la Piazza tUHti Fiera et suivi un moment la route de Roveredo , on arrive-au iniKeu de In rue principale du faubourg ' de Sania-Croct, en face de l’église de.^nla-Chiara , on trouve un chemin qui se dirige au couchant de la viHe , et qui conduit , entre de longs mars et des jardins, A nue espèce de grand édifice d'une aiohilccture qui date ' déjà de phisiours siècles. bâtiment considérable est connu sous le nom de Palazzo de' ligaori Madmeci on del Veseovo. (Test là qu'habita aulrefuia celte famille desModrooetpii régna à Trcnte de tb.% à tfioD, pendant pins d’un siècle , et dont nous avons souvent parlé dans la partir historique de cet ouvrage. Aujourd’hui, c'est la demeure de l’évéqne-. , ' Ce palais est liInsonDé , sur. plusieurs de scs faces , des amies des princes èvèqiics (le Treille; ses formes sont peu élégantes', et en voit, à ses dehors , qu'il lut bàli dans des temps de troubles. En effet , if est entonré d'un fo.ssé profond et d'une double muraille crénelée et flanquée de tours à ses angles , et on y orrîvo por une porto fortifiée. Lue grande place appelée Pratn del Palazzo, s'étend tout autour du palais entre la première cl la seconde encciiili^ de murailles; c'est là que se tenaient hm équipages iH que niaiin<uvrait la garde du prélat, üaiis répoissear de la seconde

• muraille, et du cdté qui sert de revêtement an tbssé, on a placé une suite de débris-de mwiuments et d'inschpiinms antiques , trouvés dans les euvirons de Tyante ; ces inscriptions, tronquées la phipaiT, dénaontreitt

* : toutes cependant Ja grande antiquité de cétte vüte. , .

La décoration intérieure du palais n'a rien dé remarquable ni do

■ curieo». La plupart des tableaux MDt des. copies deamaitrM vénitiens;

SH DKSCRIPTION ,

quelques portraits ri deux ou trois taldeaux deGiocomoda Ponte, dit le Bassan , méritent seuls d'attirer un mouieut les ref^rds du ronnaiaseur. Du eAlé du couchant, et au midi, le palais est entouré de vi|p]esqui courent d'arbre en arbre et qui couvrent tonte la vallée d'un é|)aig berceau. An nui'd , s’étendent des jpizons et des jardins bien plantés et arrosés de lontaineg.

Eu sortant du (talais do Madruce et en revenant sur ses (Ms, on longe la muraille do Trente et on arrive à lu porte dfU’ Aquila, que surmonte une forte tour eouronnée d'un toit pointu. Otto construction semble faire partie du cliàloau que nous avons décrit plus haut, et. comme ceux des mursdc ce cliAtenu, ses fondements s’appuient sur le roc vif dcsmotitagnes dont li“S dernières racines viennent imnirir ici. Le rbemin qui, do In porU' deti AquiUi , conduit dons cos montagnes, b'unchit, à une porUv' ib* fusil de la ville, leurs premiers contreforts. Dés petites murailles cn^ pierres sèches le bordent des deux côtés; ces murailles, qui entourent (dioque héritage, et qui, dans ce pays, partent des villes comme des ravons partent d'un foyer, s'allongent indélinlrneiit dans la campagne, et font le désespoir du promeneur, obligé de suivre, sous un soleil brûlant , les iunombrables détours des labyrinthes qu elles forment , avant de trouver un peu d'ombre^et un coin de |)aysagc vraiment libre et ouvert. A|H'és une demi-heure de marche entre ces murailles, on arrive à une terrasse naturelle formée j»r un plateau de roetiers , premier repos de la moutée, et, en se retournaul, on voit sous se$ pieds, la ville, le diâteau et la vallée tout entière. Celte vue de Trente et de la vallée de l’Adige est axlrémeinent pittoresque ; malheureusement, le lieu de plaisanee d'où l'on peut en jouir est un gros rocher tout blanc j sans un bout de muraille ou une broussaille chétive pour s'abriter, et pour |>eu que le ciel soit pur et que le soleil darde ses rayons , l'éblouissement que cause cette nature blafarde et ardente est tel que l’on a peine h tenir les yeux ouverts. Audelà de celle terrasse , le chemin traverse des champs de vignes, où l'vil . du moins se repose sur un peu de verdure ; et après moins d’une 4eure de marche , on amve eiiün au village de Cognola. Les env irons dô ce village , qui , par lui-méme n’a rien do remarquable , sont a^éablement plantés de vignes, d'ormes et de mûriers dépouillés en ce moment. De beaux rochers le dominent. On y trouve de la l'raicheur; mais nous ne devons pas nous y arrêter : ce n'est pas là le but de notre promeoadiv.

Digi'i’'

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Tournons sur la droite , suivons cct étroit sentier qui serpente sur les flancs de la montagne, et au sortir de ce petit rhamp couvert de broussailles et de roches, qui s'étend à un quart d'heure du village de Cognola , nous nous trouvons tout-à-coup sur l’arche périlleuse de Ponte- Alto. C’est là que je voulais vous conduire.

Le spectacle dont on jouit du milieu de cette arche unique jetée avec hardiesse d'un bord à l'autre de l'abîme creusé par la Fersine, est des plus extraordinaires. Un approchant de ses garde-fous , on aperçoit sous ses pieds, à une profondeur effrayante, la vapeur bleuâtre des eaux du torrent, et l’on écoute avec terreur les mugissements de ses cascades qui se croisent et tombent dans des gouffres tortueux dont on n’entrevoit qu'avec peine la bouche noire et béante.

Le torrent a sans doute mis bien des siècles à se creuser, à travers les roches friables de la montagne , ce lit profond et resserré ; mais chaque jour , cette œuvre de lente destruction continue , et l’excavation devient de plus en plus profonde. L’ébranlement causé par le bruit de la masse d'eau qui se précipite en tournoyant est tel , que le pont tremble sous les pieds du voyageur; on dirait qu’il est vivant et qu’il frémit. L'humide poussière que le vent souterrain élève du fond de l’abîme entretient lu fraîcheur des bois qui , des deux côtés, pendent sur le torrent : là , du moins , j’ai pu trouver de l'ombre et un refuge contre l’extrême chaleur du jour.

Si l’on traverse ce pont et que l'on monte sur la cime de ces grands rochei's qui dominent la rive gauche du torrent delà Fersine, ou peut facilement, d'un seul coup d’œil, étudier la conformation extérieure des montagnes du Treutiu et la nature du pays qui environne la ville. Des roches nues couvrent les terraii^ les plus élevés; elles percent des gazons brûlés et s’allongent, comme les ossements décharnés de la montagne,, jusqu’aux pentes voisines du sommet, où commence cependant à se montrer une maiip-e culture. Au-dessous de ces pentes , des champs plus fertiles sont étagés les uns sur les autres. Ces petits retranchements en p'ierres sèches dont nous avons parlé tout-à-l’heure , les entourent , retiennent les terres , et forment une suite de gradins qui descendent jusqu’au bord de la vallée.

La vallée do l’Adige, aux environs de Trente, est fertile. Les grains, le mais et les arbres fruitiers abondent dans scs parties les moins maréca-

9 » DESCRIPTION

f>eu^. hivars y sont fort ri(^ureu(, iDait de pen de durée; atnsi le même chomp produit-il plusieurs moissons. Quand la réeolte du mais est achevée, la campa^pie prend une nouvelle couleur, et des plantes oléagineuses y étalent leur pamre bigarrée. An pied des montagnes et le long des rochers qui les abritent do vent du nord, croissent le figuier et l'amandier. Dans les endroits où l'exposition est plus favorable , l'olivier et le citronnier commencent & se montrer , mais avec timidité , et comme si la vue des Alpes neigeuses qui s'élèvent à l'horizon du cùté de Méraii les effrayait encore. Resserrés entre des marais qui occupent le fond de la vallée et d'énormes montagnes , ces terrains fertiles sont de peu d'étendue. Les neiges cependant ne couvrent d^è plus la cime des monts, mais des rochers immenses les remplacent , leurs profils bruns et dentelés se dessinent ficremont sur le bleu étincelant du ciel. De leurs pieds se précipitent vers les vallées des pentes abruptes et stériles qui , çà et lè , se relèvent, s'arrondissent et forment des plateaux étroits et de petites collines occupées par de rares villages. Les champs rocailleux qui entourent ces villages sont plantés de vignes rampantes, entre lesquelles les épis du blé qu'on a semé à tout hasard ont peine à croitre et à mûrir. Des amandiers , des figuiers et autres arbres à fruit s'élèvent , (le distance en distance, au-dessus des vignes et des blés. Ces collines de Trente m’ont rappelé ces campagnes des Philistins décrites dans la Bible, que Samson fit dévaster par cinquante chacals traînant i leurs queues des torches onllammées.

La vallée de l’Adige, dans sa partie la plus fertile, pr exemple entre Trente et Roveredo , offre une suite de pysages aussi gracieux que variés; ce sont de riches plantations de mais ou de magnifiques pâturages couverts de troupeaux et ombragés par des ormeaux, des noyers et toutes sortes d'arbres à fruit; la vigne grimpe le long de ces arbres, jette de l’un à l'autre scs bras flexibles et vigoureux , et laisse pendre de leurs branches , qu’elle enveloppe , de magnifiques masses de feuillage et des grappes déjà pleines. De grosses bourgades d'une architecture qui rap , pelle l'Italie appraissent de distance en distance, et, dans l’espcc qui les sépre , des fermes, de jolies habitations , ou quelque grande filature de soie qu on prendrait de loin pur un palais , tant la constriiction est d’un goût noble et majestueux, dessinent sur le noir feuillage des arbres leur masse blanche et pittoresque. Les guirlandes du maïs que l'on fait

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fM

sécher ornent les iaçades <le ces maisous; l'Iiyèble, le lierre et la joubarbe courooueiit leurs toits et leur donnent quek|ue chose d'antique et de pastoral. Mais ce qui dépare ces charmants paysoges, c’est la nudité absolue des mûriers qui bordent les chemins ; déponillés périodiquement de leurs feuilles qui nourrissent les vers à soie, principale richesse du pays , iis ne peuvent offrir d'ombrage au voyageur, exposé sur ces routes poudreuses aux rayons d'un soleil presque vertical. Ces cliamps de mais, ces mûriers, ces vignes, et toute cette culture de la vallée de l'Adige aux environs de Trente, rappellent les plaines de la Lombardie; l'architecture des maisons et la voix aigre et criarde de la cigale, qui, dans ce pays, chante tout l'ilé, complètent encore le ressemblance. La partie de la vallée la plus rapprochée de l'Adige est loin d'étre aussi riche et aussi fertile que celle que nous venons de décrire. Des inondations la dévastent fréquemment , et , à la suite de ces inondations, les eaux, qui ne se retirent jamais complètement , forment de grands marécages qui s'étendent le long des deux rives du fleuve sur un fort grand espace. Ce sont là les inconvénients du voisinage d'un fleuve ou plutôt d'un torrent aussi fougueux que l’Adige , qui sert d’écoulement à tant de glaciers. 11 y a peu d'années, on songea sérieusement à canaliser scs canx, et, par ce moyen, à dessécher et è rendre à la culture les terrains marécageux qui s'étendent de Trente à Bolsano, et qui i-endent fort malsaine cette partie de la vallée. L'état , par ces travaux, eût reconquis plus de vingt mille arpents de terres excellentes, comme toutes les terres d’alluvion , et |veu d années eussent suffi pour exécuter ce grand projet. Mais l'argent a manqué , et cette entreprise , utile sous les rapports agricoles et sanitaires , ayant été abandonnée, on continue à importer dans ces cantonales blés du Véronais et du Bergamasque, et à vivre avec la lièvre 1

Le ebemin que l'on suit jusqu'aux environs de Cognola pour se rendre au précipice du Ponte-Alto, conduit aux bourgades de Pergine, de Levicoel de Valsugana , et au joli lac de Caldonazzo, source de la Brenta; c’est une des courses les plus pittoresques que l'on puitsc faire aux environs de Trente. Quand on a long-temps admiré le n)agniiique spectacle que présentent le Ponte-.\lto et les paysages environnants, on jveut revenir à Trente par un autre chemin quecelui qui nous y a conduit. Ce chemin longe la rive droite de la Fersine, et court parallèlement au torrent sur

DESCRIPTION

le flanc des abîmes qu’il a creusés. Un peu avant de renlrer dans Trente , par la |iorte de Sanla-Croce , on arrive à un vaste bütimenl entoure de longues galeries voûtées , auxquelles on parvient par de larges degrés ombragés pardo grands arbres et de beaux cyprès, c’est le couvent de Son- Bernardino. Quand je passais sous les murailles de ce couvent, trois ou quatre figures de moines, largement drapées, se promenaient en silence sur les terrasses, et par moments leurs si Ibouettes sombres se détachaient sur un ciel enflammé par les derniers rayonsdu soleil. Je m'étais arrêté sous d'épaisses masses de verdure que les ombres du soir commençaient à' envelopper, et de là je contemplais ce tableau plein d’éclat, de vigueur et de majesté, quand deux de ces religieux descendirent et vinrent rôder autour de moi ; le capuchon qui couvrait leurs tètes ne me laissait entrevoir que d'une manière confuse les traits pâles de leurs visages , leurs yeux seuls semblaient luire dans l’ombre. Ce$ moines à la démarche grave et mélancolique , leur pâleur , leurs regards ardents , cette soirée si douce , et les bouffées chaudes d’un air suave et parfumé qui nous caressaient par instants, portaient l'âme à la poésie. Le retour des champs , ces grands charriots traînés par d’énormes bœufs qui suivaient le chemin , le costume pittoresque des campagnards demi-nus , le teint brun et fier des femmes , tout dans le paysage avait quelque chose de simple, d’antique; et la lumière vague et dorée du crépuscule , qui , s’échappant de derrière un long rideau de montagnes brunes et violâtres , se répandait jusque sur les plans les plus rapprochés do tableau , l'enveloppait d’un cliorme et d’un mystère inexprimable. C’est là un de ces moments où , le paysage (]ui nous entoure , les hommes qui l'animent , le ciel qui Téclaire, tout en un mot, jusqu’à Tair que nous respirons, semble se réunir pour nous prouver que, malgré les prétentions de ses maîtres de par-delà le Brenner , Trente n'est pas une ville allemande , mais une cité méridionale, une ville italienne!

DE TRENTE

«OnJU DU TKNTtU.

ITITISTIQCK DI U TILU IT Dt OIHCLI DI TII^TI. , j

Que l’on me pernieUc d’extraire de mon Voyage dum le Tyrot, qiielques pages relatives aux mœurs et au caractère des Trentais.

« Quand on orrive à Trente par la route de l’Allemagne, on s’ajierçoit aussitôt que les modillcatiuns app<irtées par le climat ne s'arrêtent pas aux paysages et aux habitudes extérieures , mais que les passions et le désordonné de l'homme du Midi ont dqà remplacé ce flegme .sublime et ce bon sang-froid germanique (un peu tempéré cependant par In gaieté) que l’on avait rencontré de l’autre côté du Brenner.

• Nous mettions pie<l à terre et entrions dans un grand hôtel qui , à son air de propreté, se ressentait encore du voisinage de l’ Allemagne, lorsque nous fûmes assaillis par un essaim d’enfants criards et à demi-nus auxquels nous jetâmes quelques petites piéees de monnaie ; au moment du partage, un combat violent s’engagea entre eox; bientôt leurs cris furieux attirèrent les pères et les mères, qui mirent fin à la lutte en distribuant à tout hasard de grands coups de fouet. Cette justice turque produisit le meilleur effet, et chacun des coml>ntlant$ se relira aussitôt sans le moindre murmure.

• A cette scène en succéda une autre qui , de plaisante d'abord , devint , bientôt sinon tragique, du moins très-sérieuse. line femme avait surpris sarivaleayant,àcequ'il parait, une conversation trop vive avec son mari, et elle la poursuivait en l'accablant (Tinjures. Au moment où j’arrivai la bataille était engagée... Cramponnées l'une à l’autre avec les mains , avec les dents , avec les ongles , ces deux femmes mettaient tant de fureur dans leurs étreintes , que la foule , s’efforçont de les séparer, chacune d'elles laissa dans les mains de sa rivale des lambeaux de chair et plusieurs poignées de cheveux. Par moments, malgré la prudente neutralité de la foule , elles se retrouvèrent face à face, furieuses , hurlantes , et dix fois le combat fut sur le point de recommencer.

D A la fin, les passions de la femme offentée étaient si singulièrement exaltées que , renversant et foulant aux pieds un vieux prêtre qui prenait

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nsscz mal son temps pour la sermonner, elle courut du côté de rAdi(jc pour se précipiter dans les flots. La foule l’atteignit près du rivage, et l'on fut obligé de la garrotter pour la ramener é sa maison. Elle crachait, frappait, mordait , déchirait! Jamais je n’ai rien vu de plus magnifiquement féroce que cette superbe tête brune rejetée en arrière par la fureur. Ses cheveux noirs, répandus en désordre sur son visage, voilaient scs yeux sombres, hafjards, pleins d'étincelles; l'écume elle sang se mêlaient sur scs lèvres , que la passion faisait trembler. Son visage brun , que la colère enflammait, et ses bras couleur de cuivre faisaient paraîtra blancs comme la neige son sein nu et soulevé. C'était l’image vivante de la vengeance aveugle et déçue. Au moment où le peuple la jeta diex elle avec des huées, sa douleur était atroce. Une chose assez plaisante, c'est que tout le monde, hommes et femmes, plaignaient beaucoup /r pauemiuirt.

n On le voit; ici comme dans les environs de Brixen et de Bolsano et comme dans le> reste de la vallée de l'Adige, le caractère italien rommence à prendre le dessus ; cl cependant , m’assurait un des hommes les plus recommandables du pays, malgré cette fougue , ces passions vives et ces mœurs faciles , il y a au moins autant de probité à Trente qu’à Inspruck et à Saisbourg, et cette probité est d’autant plus méritoire que la population étant proportionnellement plus considérable de ce côté des Alpes que dans la partie allemande du Tyrol , chaque individu est naturellement plus b^ogneux. On compte, en effet, 7,540 âmes par mille carré d’Allemagne dans le cercle de Trente, tandis que dans le cercle d’inspruck on n'en compte que i ,615 dans la même étendue de terrain. La différence, on le voit, est grande : aussi |>as une pente de la montagna n'est oubliée, pas un pied de terrain n’est perdu, pour peu qu’on espéro en tirer un peu plus que les frais de culture. Les mœurs des femmes sont sans doute plus relâchées ici que dans les vallées septentrionales du Tyrol. C'est là une des influences du climat ; et néanmoins on cite peu d'exemples d'épouses infidèles. La peur du diable et du mari, sinon la vertu , les retient , et le sigisbéisiue n’est pas plus commun à Trente qu’à Brixen ou à Bolsano. ^

» Le prêtre, cet autre besoin moitié physique et moitié moral des pays méridionaux, a aussi une grande influence sur le peuple, influence d’autant plus puissante , qne l'on sent encore aujourd’hui que Trente a eu long-temps un prêtre pour souverain. Presque tous les curés sont indi-

gènes ot sortent des séminaires du pays, a Au premier abord , me disait un religieux attaelic à un de res établissements, « nos jeunes mon- > tagnards paraissent indisoiplinables; mais quelques mois d'un régime » sévère et continu Unissent par plier les caractères les plus indomp- » tables. .Après six mois de séminaire, le père qui revoit son enfant a » peine à reconnaître dans la créature douce et soumise qu'on lui préa sente, l'étre inquiet et sauvage dont les habitudes vagabondes l'avaient a tant de fois désolé. Intérieur et extérieur tout est cbangé , et au groftd « avantage de t'enfaul, « ajoutait le prêtre. « Au reste , l’aptitude de nos O jeunes Tyroliens pour le travail est extrême; lorsque je dirigeais un a établissement du même genre dans le Bergamasque, je ne pouvais rien • tirer de l'esprit pesant et rebelle des jeunes gens que l'.^un meconUait. a Ici le jeune homme apprend vite, ses [>erceptions étant plus vives, a Mais en revanche il a plus de passions à amortir, et cependant d'insa pruck à Trente vous n’entendrez jamais de plaintes sur la conduite de a nos curés, a

a Cependant si le caractère italien commence à prendre le dessus , il n’a pas toutefois effacé le caractère tyrolien. C'est une sorte de fusion heureuse qui cumjMise un ensemble où la verve et l’emportement du midi se trouvent tempérés par un reste de flegme et de gravité germaniques. Le caractère de ce peuple a beaucoup d'analogie avec celui des Bresciaus, des Bergamasques, des Valtclins, et de la plupart des habitants du versant méridional des Alpes Rhétiennes, et ferait presque croire à une commune origine. Mais ici la nuance allemande , ou plutôt septentrionale, est plus prononcée que dans ces derniers pays, et donne à l'esprit de ces montagnards un tour piquant et original.

> J’ai quelquefois écouté la conversation du peuple, et, quoique comprenant mal l'italien , et surtout ce mauvais italien , je l'ai trouvée pleine de saillies è demi plaisantes et à demi sérieuses. Le peuple aime le sarcasme modéré, et en met jusque dans sa façon d’écouter, grave et ironique à la fuis. Je crois voir encore appuyé sur sou béton recourbé du bout, un de ces beaux hommes bruns et demi -nus, aux yeux vifs et un |>cu sournois , aux cheveux plats et d'un noir de jais magnifique : il écoute avec une sorte d'attention comique et, solennelle les remontrances d'un maître ou les conseils d’un ami; il les laisse parler longuement, et quand ceux-ci sont à court de raisons et d'éloquence , notre grave au-

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diteur fait un {>este plaisant, pousse un grand éclat de rire, débite un pro\erbe ou parle d'autre chose.

• Ce caractère s'étend du [)eiiple aux classes plus élevées. Ici commencent h se luanifesler ce dégoût pour toute occupation sérieuse et celte horreur de la lecture , maladie morale des Italiens. Tout cède à la douce habitude du fur m'ente, c'est-à-dire de laisser travailler Tâme , habitude plus favorable aux liassions qu'aux mœurs. Aussi entendons-nous raconter lieaucoup de ces histoires passablement scandaleuses, auxquelles jusqu'alors la pureté des mœurs allenoandes nous avait peu accoutumés.

» On m’assurait ce soir-là qu'ici le théâtre était le miroir de la tociélé. Je ne sais si ce miroir est fidèle, du moins est-il peu flatteur. Quoique In salle fût pleine, il n'y avait pas quinze femmes mises avec une véritable élégance. Trois ou quatre d'entre elles, au plus, portaient cette espèce d'uniforme féminin que la mode règle chaque année, et qui , dans certaine classe de la société, est le même à Vienne, à Naples, à Saint-Pétersbourg et à Paris. La parure des autres était fort négligée, mais plus locale. Kn général , le costume des femmes conserve toujours queb|ue chose de plus original , nu plutôt de plus national , que celui des hommes. Ces derniers remplissaient le parterre, presque tous eu habit noir; leur masse sombre me parut fort agitée , fort bruyante. Le nombre des cavalieri parfaili est peut-être encore plus restreint que celui des

femmes élégantes Leurs manières et leurs conversations paraitraienl

grossières, s’ils ne rachetaient le manque d'élégance par un naturel partait et beaucoup de verve.

• On jouait une imitation du Faïut de Goélhc, et j'ai pu voir combien ce peuple était suseeplible encore d’élre vivement secoué par les impressions du lliéAtre. Chez lui rétincclle sympathique n’a pus jierdu de sa puissance. A deux ou trois reprises , des voix se sont élevées du milieu de la foule; elles donneient des conseils à Faust, et prenaient parti pour Marguerite contre Mépliistophélès. »

La ville de Trente est baignée au nord par l’Adige, qui l’enceint de ce côté comme un rempart. Un quai garni de pra|>els de granit s’étend parallélemeiil à la Sirada Loiiga sur les deux tiers environ de la rive sud du fleuve, c’est-à-dire du côté de la ville, et forme une jolie proraeiiaile ombragée de plusieurs rangs d’arbres plantés depuis [leu d’années ; le reste du rivage est occupé par des jardins ou (lar des maisons dont la base

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plonge dans le fleuve. A l’extrémité ouest de ce quai , et au-delà de ecs jardins et de ces maisons, un pont de bois de doux cents ps environ joint les dci« rives de l’Adige. Ce pont, qui n’a rien de remarquable, est défendu du côté de Trente pr une porte fortifiée, sous laquelle il faut passer pour entrer dans la ville. Une haute tour preille à celles que nous avons déjà déeriles, s’élève au-dessus de cette porte et domine le pont et le cours du fleuve. L’Adige à Trente a la même largeur que la Seine à Paris ; mais ses eaux fougueuses et bleuâtres lui donnent l’asp-ct d’un véritable torrent. Comme toutes les rivières de mnnta(pie, l’Adige est sujet à des crues subites et eiïravaiiles : plus d’une fois scs débordements ont détruit en tout ou en prtie le pnt dont nous venons de prier, et plus d'une fois les eaux du fleuve se sont répndues dans la ville, ont renversé di>s maisons et des moulins placés sur ses bords et ont menacé tout le quartier du nord d’une complète destruction.

Après les grandes pluies, ou au moment delà fonte de neiges, quand les eaux du fleuve se sont élevées au-dessus de leur niveau ordinaire et que , traversant la ville avec, la rii|>idilé de la fl«'’rlie , elles apprtent ave<' elles des débris de tonte esjièce, les rivages de l'Adige présentent un s|>cctacle des plus vivants. Une foule d'hommes et d'enfants garnissent les prapets des quais ou les terrasses des jardins. Tous portent à la main une espèce de crochet en bois ou en- fer attaché au bout d'une longue corde. Us lancent ce grappin avec beaucoup d’adresse sur les débris et les morceaux de bois qui flottent à la surface des eaux du fleuve, et quand ils les ont atteints, ils les attirent à eux et les saisissent avec la main. L’intérêt que mettent à leur pèche ces barponneurs d'un nouveau genre donne lieu à des scènes aussi animées que plaisantes. Qu’une putre, une bûche, ou un morceau de planche d’une dimension un peu forte, appraisse dans le voisinage et soit prté pr le courant du lleme vers les groups qui occupent scs rives, aussitôt tous les yeux sont tournés de ce côté-là; tous les bras sont étendus; que le fragment arrive à prtée, toutes les cordes se déploient, tous les grappins sont lancés à la fois, et tombent tous ensemble sur leur proie flottante , qu’ils enlacent , qu’ils accrochent et qu’ils attirent dans vingt directions différentes. A la longue un selil l'emporte, et ce n’est pas toujours le plus adroit ; triomphant il ramène sur le rivage la [)outre on la bûche sî vivement disputée ; mais tout n’est pas Qui, et quelquefois l'heureux détenteur est obligé de soutenir avec

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ses coucurrents désappointés une foule de petits procès qui se rident sur place à l’aide d’épithètes énei'giqucs et souvent même à grands coups de poing. Les montagnes des environs étant entièrement dépouillées des forêts qui les couvraient autrefois , le bois dans cette partie de la vallée de l’Adige est beaucoup plus rare que dans le reste du Tyrol. C'est ce qui donne un si grand intérêt à cette chasse ou à cette pêche, qui procure à la classe la plus pauvre de la ville un peu de bois de chauffage pour les hivers toujours rigoureux.

f..e cercle de Trente, borné, au nord, par le cercle de Bassano, au sud , par celui de Roveredo , et à l’est et à l’ouest , par le royaumelombard-vénitien, se divise en huit bailliages. Sa supcrlicie, exprimée en • qûl|cs carrés de quinze au degré, est de 7,oâo; sa population, de 136,800 habitants, répartis dans 2 villes, A bourgs, 580 villages; en tout 21 ,623 maisons. Trente est la capitale du cercle et la principale de ^ CCS villes. De 20,000 habitants et plus , sa population s’est réduite, de nos jours , à moins de 1 5,000. Cette ville est élevée de cent quinze toises audessus du niveau de la Méditerranée. L'c sol sur lequel Trente est bâtie esl une espèce do marbre rouge veiné de blanc, dont quelques-uns de ses édifice! sont construits. Aujourd'hui , comme du temps de Léonard Arétin, cette ville est encore divisée en deux quartiers princijMUx, dont les habitants parlent des langues différentes. Le quartier le plus considérable est^habité par des Italiens; dans l'autre, les Allemands sont plus nombreux. La plupart des églises sont vastes; mais, grâce ù la mauvaise disposition des ouvertures, on y respire un air infect et suffocant. Les maisons des particuliers sont mieux aérées; leurs toits, ouverts en plusieurs endroits, et leurs escaliers à jour sur l’un des côtés, y laissent pénétrer l’air; mais ces larges ventilateurs, excellents durant l’été, doivent glacer les maisons en hiver.

Trente n’est pas une ville industrielle, et néanmoins ses routes, qui sont magnifiques, et l’Adige, déjà navigable et que sillonnent de grosses barques arrondies , assez semblables aux barques du lac de Garda , devraient donner quelque importance au commerce de cette ville, en facilitant les communications ; mais ces avantages sont rendus presque nuis par sa |)osition défavorable entre Bolsano et Roveredo. La première de ces villes, étant plus septentrionale, s’est emparée du commerce de l’Allemagne, et Roveredo, plus méridionale, du commerce de l'Italie. Cette

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double concurrence a porté un coup fatal à l'industrie et à la prospérité de Trente , qui a vu rapidement diminuer scs revenus , et qui a perdu en riclicsse et en population ce que gagnaient scs voisines. Cependant,

. depuis la dernière paix , le nombre des manufactures, surtout des manufactures de soieries, s'y est aecru. On y fabrique des chapeaux, des rubans, des velours et autres étoffes, qui se vendent en Allemagne, et sont fort recherchées dans quelques cantons du TvtoI , où elles forment l'habillement de luxe des montagnards.

Le ccrelo de Trente importe pour 40,000 florins de grains, et exporte pour 50,000 florins de soies, de mais, de vins et de fruits secs , et principalement de soieries. La culture de la soie, à Trente et dans la vallée de l’Adige, remonte au quatorzième siècle. Aldrighctto du Castel-Berco , contemporain de Pétrarque et son ami , ayant fait un voyage en Italie pour visiter ce grand poète, rapporta dans scs montagnes les vers à soie, qu’il essaya d’y naturaliser; la ville deRoveredo, dont scs ancêtres, sous l'épiscopat d’Albert, avaient plus d’une fois dévasté le territoire, fut le , lieu qu'il choisit pour faire scs expériences. Des proscrits italiens, au nombre desquels on compte Vanetti de Bassano , et Savoli de Vérone , l'aidèrent de leurs conseils et de leur expérience , et , en peu d’années , cette nouvelle industrie prit un développement considérable dans toute la vallée de l’Adige, dont elle a fait, depuis, la principale richesse. Nous devons porter au nombre de ces richesses les revenus annuels que lire le gouvernement des mines de calamine, de cuivre , de vitriol et de fer , et des différentes exploitations du val de Passa , l'un des pays minéralogiques les plus riches de l’Europe.

Il y a un établissement d’eaux minérales à Piazzola.

Fia DE THEXTE.

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