‹ Tyrol TrenteChapitre 5 sur 16 · PARTIE I. - HISTOIRE · texte numérisé non relu

PARTIE I. - HISTOIRE

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CU8IOK D'iKSrBU:! ET OU TTBOL AU OI U 0‘ALT8tCnf .

Au contre du pays monüigncux , connu de nos jours sous le nom de Tyrol et dons rnniiquité sous celui de Rhctie, s'ouvre une lonj'ue et profonde déehirure. Là , sur le penchant de l’abîme , et le lonj; des torrents de la Sill ou de rEisacli, serpente la route la plus directe qui va de l'Italie en Allemaijne. Celte route traverse d’abord Trente, puis s’enfonce vers le nord , franchit brusquement le mont Brenner, qui lui a donne son nom , et redescend enfin dans la (jrande vallée de l'Inn. C'est à l’endroit où elle traverse ce fleuve qu’est placée la ville d’inspruch.

Les Romains avaientaenti l’importance de ce [Missagc. Drnsus et Tibère- Néron s’en emparèrent lors de leur {grande guerre contre les peuplades des Alpes. Calomniateurs politiques des peu|)lc$ qu’ils voulaient smimeUre, ils donnèrent pour prétexte à leurs oonquétes le brigandage de ces peuples. • Les montagnards de la Rhétie, » disent les historiens romains, « ne « permettaient plus aux voyageurs qui se rendaient de l'Italie dans la

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» ÎSorique ou la Vindélicie, de traverser les Alpes en sûreté. Iji misère » les |K>ussait à la rapitie , et il fallut qu’ Auguste envoyât son gendre dans • leur pays pour les dompter, et mettre fin an brigandage. » Les Romains trioin plièrent ; mais cette victoire leur coûta cher. Les Brennes, les Genaunes et les Hliètcs, ces redoutables habitants des Alpes, chassés de leurs chtUenux et des terres fertiles de leurs vallées, se réfugièrent dans les gorges les plus élevées des montagnes , où ils surent se maintenir indépendants ; et les chants de la muse romaine , tout en célébrant les vainqueurs , ont immortalisé la résistance des vaincus. Maîtres du passage du Brenner, les Romains rasèrent les châteaux qui le commandaient, et y tracèrent une voie militaire qui conduisait de 1a Gaule Cisalpine au cœur de la Germanie. Les colonies armées de Trcdente,Teriolis,VcpitenutncKVeldidfna protégeaient la voie romaine. C’est à la dernière de ces colonies, à LcWidfna,qu'lnspruck doit son origine.

Vcldidena était jetée un |ieu en avant de l’Inspruck d’aujourd’hui, sur la route de l’Italie. Les Romains, menacés par les fréquentes inondations du fleuve OEnus (l’inn) et jiar les attaques cnniinuclles des barbares, avaient placé leur colonie sur la pente d'un monticule, premier échelon du Brenner. Un |Kint de bois jeté sur le fleuve OEmi», et protégé par leur station , conduisait de la Rhétiedahs la Norique. Dans la suite, les alluvionsctune culture plus soignée relevèrent les deux rives de l’Inn. Dès lors. Veldidena tendit à se déplacer, et s’avança toujours vers ce jwnt do bois, princijie de la ville actuelle, qui lui doit son nom (Œni-pons, Inns-Bruck, pont sur • rinn). Depuis su fondation jusqu’à la fin du quatrième siècle, Veldidena sera pour nous une colonie romaine. On y vit comme dans le reste de l’empire; on y a les habi tuiles de Rome, et pour peu que la colonie soit florissante, on en a les plaisirs, c’est-à-dire le cirque, les gladiateurs et les orgies. ,

Vers le commencement de ce cinquième siècle, que le déplacement de toutes les nations de PEuropc et la chute de l’empire romain ont rendu ^ fameux, la colonie des Alpes psse comme le- reste de la Rhétie sous la domination des Goths. Théodorick suceèileà César; la ville romaine do- ..vient une ville barbare. Un petit tyran féodal y commande sous le titre de dux, et remplace le prœside impérial. Le duo:, ou général goth, est obligé , à son tour, de protéger l’Italie contre lu marée montante des peuples du Nord , dont le flot veut le pousser en avant. Il a sur les bras les mêmes

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pnnemis que l'empereur avait naguère à combattre , et il défend contre eux sa portion de proie romaine. En 568, les Longobords succèdent en Italie aux Goths de Théodorick ; mais le petit recoin montagneux de In Rbétic leur échappe. Les Uoïariciis ( Bajuvaret, Bavarois) s'en emparent ; le dtix fait place au comités boïarien; Veldidenn s’appelle B'i7Mn»;0Enipous, Inns-Bruck; car avec eux ces hommes du Nord ont apporté les dénominations tiidesques.

Il est certaines villes dont il est impossible do faire l'histoire sans toucher à celle du pays qui en dépend. La ville et le pays ne formant qu’un seul individu , dont le pays est le corps et la ville la tête, on ne peut séparer cette tète et ce corps sans détruire la vie. Telles sont les capitales uniques des petits états, des cantons suisses, par exemple; telle est Inspruck , la capitale d'un pays que sa position au sein des Alpes et les moeurs indépendantes de ses habitants font ressembler à un canton suisse , un canton rhétien resté fidèle h l'Autriche, fl serait aussi difticile de faire l'histoire d’Inspruck sans faire l’histoire du Tyrol en même temps , que do faire l'histoire de Bâle ou de Genève sans faire celle du canton qui en dépend. Inspruck et le Tyrol ne sont qu'un; ils combattent, ils succombent, ils se relèvent , ils s'alTranchissent ensemble; et puis , comme cette histoire est une , nationale et isolée, qu'elle ne rentre dans l'histoire d'aucun autre pays, ni l’histoire du pays, dont'elle est la tête , dans l'histoire d'aucune autre ville ; comme le sujet est neuf et inconnu , je ne crois pas m’écarter du plan de cet ouvrage en mêlant res deux histoires , dont aucune n’a encore été faite.

On voit encore dans la vallée de l’Adigc , aux endroits nommés Mezzo- Lombardo , Mezzo-Tedesco {Meta- Longobardontm , Meta-Trulonica) les pierres qui servirent de démarcation entre les états des Longobards et des Boïariens. Ces bornes furent placées lors de la première alliance des princes de ces deux nations, réunis contre les rois francks qui , â leur tour , menaçaient leurs états ; mais cette alliance des Longobards et de.s Boïariens, fortifiée par les liens de la famille, ne put rien contre le terrible Karl et ses Francks. I/CS Boïariens furent vaincus comme les Longobards ; Thassillon , le dernier de leurs princes , fut détrôné comme l’avait été, seize ans plus tôt, Didier son beau-père, et la ville Rbétienne de Veldidena ou d’inspmck, passa, comme le reste du pays, sous la domination du nouvel empereur d’Occident (788).

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Trop souvent, les liistoriens s'arrêtent aux faits sons remonter aux causes de res faits. Ainsi, les rlironiqueurs, on nous racontant les clian- {'eiiients que CharlemayHe et les princes de sa dynastie opérèrent dans la division du territoire et le mode de {jouvcrnenient des provinces de l'ancienne lUictie, se sont contentés de nous rapporter ces changements, sans chercher à en pénétrer les motifs. Ils ont attribué aux fantaisies du prince , ou aux caprices de scs lieutenants , des mesures qui ne furent que l'exécution d'un plan et d’un système politique déterminés. Ils ne virent pas que les monarques saliens avaient cherché, avant tout, à rompre l'unité de pouvoir chez leurs adversaires, pour mieux les dominer; le morcellement de l'autorité et la substitution de l’élection à l'hérédité dans les petites principautés tyroliennes, furent les moyens qu’ils employèrent de préférence. La terre des montagnes ( landri im gebirge, le Tyrol n’avait pas encore d'autre nom ) n’aurait pu , sans danger pour leur autorité, rester long-temps l’apanajje d'une seule famille. Ce pays était à la fois la clé de l'Allemagne cl de l’Ilalic; les roules qui conduisaient le plus directement de l'un dans l'autre de ecs pays, traversaient Inspruck , sa capitale. Un seul prince établi dans ces montagnes s’y fût aisément rendu indépendant et eût été maître des communications de l’empire : s’il se fût allié aux ducs bavarois, ces princes voisins de la haute Rhétic, qui commandaient la plus vaillante des tribus germaniques, celle que l'épée de Charlemague avait frappée le moins rudement , le danger eût été plus grand encore. Mais si le due de Bavière lui-même était redevenu maître des provinces tyroliennes, la réunion d'états aussi puissants et de populations aussi braves sous l'autorité d’un seul homme, eût peut-être causé la ruine de l'empire. Ces dangers, Charlemagne les avait bien sentis, et, pour les prévenir, il avait renversé la dynastie des monarques bavarois et changé la constitution intérieure de leurs états : la même politique, nous l’avons vu, lui avait fait remplacer les ducs de Trente par un évêque élu; la même [Kilitique régla la conduite des empereurs scs descendants et des princes leurs successeurs , lesquels , on peut le dire , se sont opposés , jusqu’à nos Jours, à la domination des Bavarois dans le Tyrol.

Une guerre continue, secrète ou déclarée , fut donc faite à la puissance ducale. Partout on s’attacha à substituer aux durs des évêques élus, comme à Brixen, à Salsbourg, à Trente et à Aquilée , ou des comtes et des baillis

DINSPRCCK.

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iinpérinui révocables à volonté, comme à Inspruck, qui, ainsi que tout le pays renfermé entre l'Inn, l’Adiee et l’Eisach , devient l'apanage du grand Humfroi , mojordomc de Charlemagne. Mais cette lutte de l'élection contre l’hérédité était contraire à l'esprit de ces temps féodaux , qui tendait éu contraire h remplacer l’élection par l’héréilité; aussi les liaillis révocables et les eomles amovibles ne tardèrent-ils |>as à prendre racine dans le sol qu'on leur avait confié, et é transmettre à leurs de.scendants leurs principautés viagères. C'est vers ce temps, qu’à côté des évéques de lirixen , de Trente cl de Salsliourg, resli-s électifs, leur état d’ecclésiastiques sans postérité les y obligeant , trois grandes familles commencèrent à dominer dans les .Alp<‘s tyroliennes : les % comtes d'Andeebs , les comtes de Goritz et les descendants du majordome Humfroi. (ies derniers, vers l’an 1158, avaient pris, |H>ur la première fois, le nom do comtes du ïyrol, du nom de rancien château romain Trriolit qui leur servait de résidence, l’endant plus d’un siècle , ces grands chefs se disputent avec acharnement lu possession de la Terre des Montagnes, et d’Inspruck, sa capitale; et, soumise aux vicissitudes de leur fortune, cette ville change plus d’une fois de maîtres. Pillée lour-à-tour par chacun d’eux , elle voit diminuer rapidement le nombre de ses habitants; ses maisons sont renversées, ses murailles détruites, et quelques chaumières groupées autour du pont de l'Iiint sont tout ce qui reste de la ville romaine impériale. Mais, si dans ces désastreuses époques , le Tyrol , comme la Suisse et une partie de rAllemagnc, ne présentait que des débris et des ruines <|uc se disputaient de rares habitants , esclaves de maîtres avides et turbulents, un seul pouvoir restait encore debout , grand et révéré , pouvoir pacifique et non contesté, pouvoir auquel les peuples obéissaient sans murmures, pareequ’ils trouvaient dans sa force un appui contre l’oppression, dans ses actes un secours contre la misère , et dans scs paroles des consolations dans leurs douleurs; ce pouvoir, c’était la religion. Inspruck, solitaire et dévastée, lui dut une sorte de résurrection.

Dans ces temps reculés , quelques, hommes pieux vivaient au milieu des ruines de Veldidena , et à I entrée de ces grands bois de sapins qui descendaient du sommet du mont Brenner jusqu’aux collines au pied desquelles la ville avait été bûtio. Ces hommes étaient en haute vénération dans U pays; on attribuait la fondation de leur communauté à de mer-

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veilleuses aventures, et même alors comme aujourd'hui, mais avec des résultats bien différents, on montrait au ])eu|jlc crédule l'image du héros de ces aventures. Cet homme, d'une vertu et d'une force surhumaines, racontaient les vénérables cénobites, n'avait pas moins de douze pieds de haut; il s'appelait Ilayiiiond. Liuyniond, comme tous les guerriers 'de CCS temps de troubles, s'était signalé dans bien des rencontres, et la force de son bras était en aussi haute renommée dans le pays que la sainteté de ses mœurs, liuymond, en véritable chevalier, était l'appui des faibles et le vengeur des opprimés.

Il arriva qu'a la suite d'une sécheresse extraordinaire qui désola le Tyrol , un animal d'un horrible aspect et d'une taille monstrueuse apparut tout-à-eoup dans la vallée de l'Inn. Il avait, ù ce que nous racontent les chroni<|ucurs , avec une bonne Toi qui fait sourire, le corps d’un serpent , des pattes de lion armées d’ongles acérés , des ailes d’aigle et une gueule énorme d'où sortait une vapeur infecte, et où s’agitait, au lieu de langue, un furieu.x aiguillon. On voit (|ue cet animal avait une grande analogie avec ces dragons qui occupèrent si vivement l'imagination des hommes pendant la première époque du moyen-âge. Toute la vallée de l'Inn et les montagnes omironnanlcs étaient dans l'épouvante. Un jour, le monstre avait apparu aux portes d’inspruck, non loin des chutes de la Sill ; une autre fois, on l'avait vu dans les gorges du Solsteiii ou dans les bois de la vallée de la Staubey. Toutes les nuits , ses sifOements retentissaient dans la montagne , et partout un rencontrait les ossements brisés ou les lambeaux de chair des victimes humaines qu'il avait dévorées. Cette fuis encore on eut recours ù ilaymond , comme au plus fort et au plus courageux. Le bon géant revêtit son armure, prit sa lance et son é[)ée, se fit arroser d’eau bénite, et s’avança bravement dans les endroits les plus sauvages et les plus reculés de la forêt , cherchant partout sou formidable ennemi.

Il le rencontra enfin dans les bois qui touchent à Inspruck. Le combat fut long et terrible; plus d'une fois, le dragon s’élança sur le chevalier, qui lut presque terrassé. Mais les ongles , les dents et l'aiguillon du mmistre ne purent entamer l'armure consacrée. A la fin, au moment où le dragon déroulait les replis écailleux de son corps pour envelopper sou ennemi et l’étouffer dans ses nœuds , Haymond le cloua à la terre d'un coup de lance , et , se jetant presque tout entier dans la gueule du

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inonslre, tenant aa grande épée en avant , il le frappa d un coup mortel, et trancha à sa racine son redoutable aiguillon, dont la longueur éUiit de plus de trois coudées. Après 1a victoire, Haymond rentra dans la ville, portant sur son épaule ce témoignage de son héroïsme. Il le déposa sur l’autel de l une des chapelles qui s’élevaient au milieu des ruines de la cité romaine, et là, eu accomplissement d'un vœu qu’il avait fait avant le combat, il fonda le monastère de Saint-Wilthcn (ft78).

Voilà ce que nous racontent les vieux chronûjueurs , et ce que nous répète le peuple , écho erédule des traditions des siècles passés. Uien plus, l'histoire de ce combat a été célébrée dans maintes légendes; un poète tyrolien en a laissé le récit dans un poème en vers élégiaques, et on voit eneorc , dans le couvent de Saint-\\ ilthen , une statue du géant Ilaymond , armé de pied en cap et portant sur l’épaule la langue du monstre vaincu, il est certainement téméraire de contredire un fuit soutenu par autant de témoignages authentiques ; néanmoins l’incrédulité a fait de grands progrès, et dans cette circonstance, pour être incrédule il suffit de voir. En effet, cette langue du dragon que [lorte la statue, n’est autre chose que l’arme du |xiisson-épée ; et il n’est guère probable que le géant Haymond ait tué le poisson-épée dans les forêts du voisinage.

Quoi qu’il en soit, l'évènement fit grand bruit dans le pays, et Inspruck dut à cette pieuse fraude un accroissement considérable. Denombreux cénobites peuplèrent le nouveau couvent; les maisons de.s fidèles se groupèrent à l’entour, et pendant long-temps, les populations du Tyi-ol affluèrent dans la nouvelle bourgade, attirées en pèlerinage |>ar le simulacre du saint géant. Dans le seizième siècle , cette image était en grande vénération , et les historiens racontent que Cbarles-Quint, déjà empereur, passant par Inspruck, voulut cuiqier un petit fragment de la langue du monstre que la statue portait toujours sur l'épaule. Que doit-on inférer de cette action de rcmjHireiir'ê De sa [wrt. était-ce doute ou crédulité? Je l’ignore ; mais je pencherais cependant pour la première de ces deux conjectures. Déjà les scandaleuses disputes du clergé avaient ouvert les yeux des puissants de la terre, et peut-être Charles ne vit-il, dans le récit du merveilleux combat, que ce que les prêtres éclairés y voient de nos jours : un symbole de la lutte de l'esprit saint contre le démon. Cette lutte, le moyeii-àge l'a célébrée dans

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Inus ses récits, et l'a reproduite sous toutes les formes, par la poésie, par la peiiituro, ou par la sculpture.

Le récit de ce combat , et peut-être la statue de ITaymond , avaient donné une {'rande célébrité au couvent de Saint-Wilthen. Dans chacun de leurs rétàls, les historiens du temps, et entre autres \N'i(juleus-Hund, dans sa Chronique de t’évéché de Btixm, nous parlent du grand monastère, et semblent avoir oublié Inspruck , la ville voisine dont le couvent dépendait. €.0 n’est que vers l'an 1250, à propos de la consécration d’une église dans le hameau d'.Amras, et en 1227, a propos delà naissance de Sigiamond , qui fut onq>ercur , que ces historiens entrent dans quelques détails au sujet de cette ville.

Cependant le commerce de transit, suite nécessaire des nouvelles communications que les croisjides venaient d’ouvrir avec l’Orient, et le fréquent séjour des empereurs alors en guerre avec les confédérés des villes lombardes, augmentaient journellement l’importance d'inspruck. Peu à peu celle ville redevient la capitale du Landes-im-Gebirge ; et, dansl’annce 1254, nous voyons Othon, dernier duc de Méran, qui l'avait alors en .son pouvoir, réunir dans ses murs, relvâtis par lui, les étals provinciaux du [Kiys , et rendre a la ville tyrolienne les privilèges et les droits qu elle avait perdus depuis la chute de rempire romain , et lui en conférer de nouveaux. Les poètes du temps ont célébré, dans leurs vers, l’airranchissement de la commune d'inspruck, fortiCée et embellie en même temps qu'affranchie par ce duc.

Ces états provinciaux du 'l'yrol jouissaient de privilèges étendus; ils volaient l'impôt commun {grmrin siruer), la taxe noble {adet tteuer); ils avaient droit de contrôle et de refus; ils percevaient les recettes en leur nom, discutaient les subsides nouveaux, faisaient les règlements pour la p)licedes foires et le tarif des douanes, et promultpiaient des ordonnances pour les escortes et lu péage des droits d'entrepôt et de chantier. Ces états décidaient aussi l’admission ou le renvoi des garnisons étrangères, déliliéraient de la paix et de la guerre, et, comme nous le voyons dans les chroniques du temps, faisaient même la guerre en leur nom. Les prélats, les seigneurs, les députés des villes et les représentants choisis |Hir les paysans, avaient voix délibérative dans ces assemblées. Dans le l'yrol , comme dans la Suisse et comme dans la Suède , les paysans formaient un quatrième ordre d’état; c’est que dans le Tyrol , comme dans

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ces pays essentiellement démocratiques, les hommes n'étaient pas atlacliés à la (jlèbe. Les pâtres et les laboureurs étaient libres comme la tcri'e qu’ils habitaient ; les paysans étaient fermiers ou métayers , et non vassaux et esclaves du sol, comme dans le reste de l’Europe; enfin ils votaient l'imjiéit qu’ils ]>aynient : et cet impôt était modéré.

Des trois grandes familles qui dominaient dans les .\lj)es de la Khétic, deux seulement avaient conservé leur ancienne prépondérance : les comtes du Tyrol, descendants du majordome Humfroi , et les comtes de Goritz. Othon, qui venait de conférer ces nouveaux privilèges à la ville d’Inspruck cl de relever scs murailles, et son bcau-j>ére, Albert, qui lui avait succédé, mais qui mourut cinq ans après lui, furent les deux derniers princes de la maison des comtes du Tyrol. .Après leur mort, 1nspruck et les |>ays qui en dépendaient passèrent dans les mains des comtes de Goritz. Nous allons voir à quelle occasion.

Peu d’années avant sa mort, Albert, se voyant sans enfant mâle, avait soiq'é à s’allier avec les comtes de Goritz scs rivaux ; il se résignait è leur laisser à titre d héritage des domaines dont ils n’auraient pas manqué de s’emparer comme ennemis. Lecomte Albert avait donc offert la main de scs deux filles, A<léla'ide et Elisabeth, aux deux princes de la maison do Goritz , Maynard III , comte de Goritz , et Gebhard , comte de Ilirschfcld , et cette offre avait été acceptée. Le premier de ces princes , Maynard III, était un de ces hommes entreprenants, énergiques et rusés, comme on en rencontre tant dans les annales du treizième et du quatorzième siècle. Maynard avait en outre un but politique, cequi était plus rare dans ces époques d'agitations, où l>sprit aventureux des hommes et l’instabilité des états ouvraient cependant une si large carrière aux ambitions. Maynard avait, dès les premières années de son règne, senti tout l'avantage que lui donnait sa haute position ù In tète de la noblesse du pavs ; profilant du grand interrègne de l’empire, de 1250 à 1273, il avait arrondi scs domaines, et s’efforçait, avec une persévérance opiniâtre, de réunir en un seul corps d’état toutes ces provinces que la politique de Charlemagne et de scs successeurs avait mis tant de soin à morceler.

Inspruck devait accroître les moyens d'influence et de succès de Maynard; aussi, en attendant que cette ville lui revînt par héritage, avait-il soumis l'un après l’autre tous les seigneurs tyroliens moins puissants que lui ; puis il s’était ligué avec le terrible Ezzelino de Roinano, « ce fils de

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Tenfer , » el , avec son aide , il avait forcé l'évéque de Trente , Engnomus ou ^no, à lui léjjuer les propriétés de sa famille et les domaines épiscopaux. .\prés l’évêque de Trente , il avait attaqué l’évéque de Bolsano , qui , voyant les digues du Leisach et du Talferbacli rompues et la ville inondée |>ar ces deux torrents, avait fini par se soumettre. X la mort d’Albert, .Mnvnard devint maître d Inspruck ; mais son ambition ne fut pas satisfaite. A l'aide d’intrigues et de séductions de toute espèce, il amena son frère à lui céder sa part du Tyrol [X)ur une somme de AOO marcs (Targent. C’étaient bien des terres et bien des hommes par marcl Alors Maynard était arrivé à ses fins ; il avait réuni sous son pouvoir unique tout le Landes-im-Gebirgc , et, en dSSi, apres une lutte de quarante années , il se trouvait maître des provinces qui confinent au midi avec l'Italie et au nord avec la Bavière et la Souabc , c est-à-dirc de I un des plus puissants étals de l’Allemagne. t

On vit alors combien les prévisions de Cliarlemagne étaient fondées. .Maître de ces provinces, Maynard fut maître de l’empire : de sa résidence «rinspruck , dont l'importance grandissait avec le pouvoir de son souverain , il dirigeait les affaires île toute l'Allemagne. C'est alors qu’après l’extinction de la maison de Hofienstauffen , refusant pour lui la couronne impériale, il la plaça sur la tête de Hodolpfie de Habsbourg, qui, reconnaissant et politique à la fois, augmenta les états de Maynard du duché de Carinlbic, et fit épouser à sou fils la fille du prince tyrolien.

Maynard acheva l’ouvrage d'ülhoii cl augmenta les franchises et les privilèges de la ville d'Inspruck. Cette ville s’acerut encore , sous son règne ; de nouveaux colons, attirés par la sage administration de ce prince, aC Huèrent dans ses murailles ; sur les ruines qui couvraient l’emplacement de l'ancienne cité s’élevèrent de nouveaux édifices. Vers 4540, ses fauiiourgs s'étendaient jusqu’il Veldidena, occupée alors par le couvent de Saint-\V iltben ; c’est du moins ce que nous apprend encore le chroniqueur Wigulcus-Uund, lorsqu'il nous |iarlc du grand incendie qui, dans cette année d 5<i0 , consuma la cité d'Inspruck. Cet incendie, nous dit-il, avait éclaté dans le bourg de Sainl-Wilüjen. Soixante personnes périrent dans les flammes.

Ces fils do Maynard héritèrent des domaines et du pouvoir de leur |>ère, mais ils n'héritèrent pas de son habileté ni de son énergie. Ils avaient sagement décidé qu’ils ne diviseraient pas les états de leur père;

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mais ils ne purent s’entendre pour les (jouverner, et les longues années de leur domination furent des années de troubles et de malheurs pour le Tyrol et de misère pour Inspruck. Henri, l’un de ces fils, resta enfin le seul maître du pays; mais au lieu de chercher à consolider l’ouvrage de son père , ce prince, toujours occupé de la politique du dehors , disputant tour il tour la couronne de Bohême et celle de Pologne, ne tarda pas à mécontenter ses nouveaux sujets. La politique de Maynard avait été de diminuer le pouvoir des seigneurs et d’accroître les franchises des villes et des habitants des campagnes ; son fils Henri , tout en laissant les nobles relever la tête , ne se fit aucun scrupule d'opprimer les paysans et les bourgeois. Les seigneurs retrouvèrent à la fois leur courage et leurs prétentions impérieuses ; les gens de la classe moyenne et du peuple , inquiets sur leur fortune et le maintien do leurs jirivilcges , prirent une attitude hostile; et, après quarante ans de régne, Henri sévit sérieusement menacé par tous ses sujets réunis : nobles , bourgeois et paysans.

Inspruck se montra plus jalouse qu’aucune autre ville du Tyrol du maintien de ses droits et de ses privilèges; et, dès l’an 1323 , ses citoyens s'associèrent pour conjurer le danger , mais seulement par des moyens légaux, comme on dirait aujourd’hui; l’association était alors un de CCS moyens. Ils dépêchèrent des députés aux états de Bolsano pour engager les délégués des villes , des bourgs et des judicatures du comté du Tyrol et des trois évéchés. Coire, Brixen et Trente, qui s’y trouvaient alors, à faire serment de ne laisser porter aucune atteinte aux droits , privilèges et franchises que leur avaient transmis leurs ancêtres. Ce serment fut prêté et tenu , et Inspruck conserva son indépendance pendant tout le reste du règne de Henri; mais la mort de ce prince ne mil pas fin à la lutte. Sa fille, qui déjà, même de son vivant, s’était exercée à l'autorité, lui succéda. C’était la fameuse Marguerite , surnommée Maulsiache à cause de la hideuse conformation de sa bouche. Cette femme, qui rappelle les Frédegonde et les Brunehilde de la vieille histoire de France , était aussi repoussante par la difformité de son corps que par la laideur de son âme; elle avait successivement épousé deux princes de la maison de Luxembourg et de Bavière; un fils de roi et un fils d'empereur, et les avait trompés tous deux. Avide et passionnée, elle avait caressé d’abord les citoyens les plus aisés de la ville dont elle convoitait les richesses; et, voyant que ceux-ci restaient sourds à ses insinuations et se refusaient à payer des

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subsides qui devaient servir à ses débauches, elle tenta de prendre de lorce ce qu’elle n’avait pn obtenir de gré. Inspruck tint bon. Plus d'une fois ses bourgeois , fatigués des exactions de cette princesse, dont les mœurs dissolues et l’avarice semblaient s’accroître avec l’âge, furent sur le point de se soulever contre la domination de cette Messaline à cheveux blancs. Toutefois, malgré cette lutte et la misère qu’elle devait amener à sa suite. Inspruck, qui n’était qu'une bourgade au commencement du treizième siècle , avait déjà acquis assez d’importance à la fin du quinzième pour que la possession de cette ville et do pays qui en dépendait fût convoitée par les princes les plus puissants de l’Allemagne : |)ar les dues d’Autriche, dont les domaines enclavaient cette ville et le territoire tyrolien , et par les ducs de Bavière , qui ont toujours regardé ce pays comme nécessaire à la force et à la sûreté de leurs états. Les ducs d’Autriche étaient oncles de Marguerite, et les ducs de Bavière ses beaux-frères. En •1561 , du vivant même du prince Louis , le second époux de cette princesse , les intrigues avaient commencé; elles avaient continué sous le règne bien court de son iils Maynaid, cinquième du nom. A la mort de ce prince, Rodolphe de Habsbourg , ce duc d'Autriche si renommé par les grâces de son corps et l’amabilité de son esprit, vint en personne à Inspruck trouver sa hideuse nièce ; et , connaissant les mœurs relâchées de cette femme , ce prince adroit, et, il faut l’avouer, vraiment intrépide dans cette circonstance, employa tous les charmes de son esprit et de ses manières à s’en faire aimer. Il n’eut pas de peine à tourner la tête de la vieille princesse. La repoussante Marguerite fut bientôt à ses pieds; le duc l'emmena d’Inspruck , et s’en f?t suivre à travers l’Allemagne comme d’une esclave. Il la conduisit d’abord à Gratz, puis à Vienne; et ce fut dans cette dernière ville qu’elle Dt, en faveur de son séducteur et de ses frères Albert et Léopold, on abandon complet de scs droits sur Inspruck et le Tyrol (1565). Les princes bavarois , rivaux des ducs d’Autriche et beaux-frères de Marguerite, durent naturellement s’opposer à cette donation. Les débats furent longs et vifs ; mais une somme de 116,000 florins d’or , que les ducs d'Autriche offrirent aux Bavarois en compensation dos droits qu’ils pouvaient avoir sur les pays cédés, terminèrent le différend. Cette transaction eut lieu en 1569. On voit que depuis le marché de iOO marcs d’argent, en 1 26i , ce pays avait augmenté de valeur. Les ducs d’Autriche en sentirent tout le prix : sous leur domination , Inspruck respira, et de

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nouveaux privilèges furent accordés à ses liabiUnts. Ces concessions, du reste, furent aussi proütables aux princes qu'aux sujets. Nous râlions voir tout-à-l'lieure.

CLBIftt D'ilAHUCt AVKC SUAKtS.

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Le quatorzième siècle vit s'accomplir, dans presque tout le centre de l'Lurope, une grande révolution sociale; je veux parler de I émancipation des classes intermédiaires de la société. Les ligues des villes et les soulèvements des paysans furent les moyens révolutionnaires de l'époque, et leur concours simultané frappa surtout sur la maison d'Autriche, qui, en moins d'un quart de siècle, perdit successivement les Waldstetten , Zurich , Berne , Lucerne et le Rbciutlial. Scs ducs se refusaient à toute transaction, et voulaient rliAtier avec le fer et avec le feu des sujets rebelles : la force brutale, à leur avis, pouvait seule faire rentrer dans le devoir des paysans révoltés : or il arriva ce qui arrive d'ordinaire è la force brutale quand elle s'attaque à une révolution qui vient à son heure ; elle se brisa contre les obstacles les moins sérieux en apparence ; quelques centaines de montagnards tinrent en échec toutes les forces de ces princes orgueilleux, et finirent par rester les maîtres.

L'exemple d'une révolution qui réussit est toujours contagieux. Une fuis les Suisses vainqueurs, leurs voisins voulurent les imiter; cinquante-une villes ini|)ériules de la Souabe, de la Franconiect du Rheinthal prirent lus armes , sollicitant auprès des cantons le droit de faire partie de la ligue helvétique; Soint-Gall et l'.ippenzell se révoltèrent contre leur abbé, allié des princes autrichiens , et le Tyrol commença à s'agiter. Les durs d'Autriche sentirent alors qu'il fallait pactiser avec l'esprit nouveau , ot, décidés à lutter énergiquement contre toute rébellion déclarée , ils tentèrent eu même temps de prévenir, à force de concessions, le soulèvement des pays encore soumis. Inspruck et les cantons cuvironnants étaient de

HISTOIRE

ce nombre. Sur la demande des états de cette ville , les princes autrichiens rétablirent les comices et les états proviiiciaui du pays , dont l’influence, dans les dernières années, avait toujours été en déclinant; et le duc Léopold, dit le Supei'be, accorda mémo de nouveaux privilèjjes aux habitants de la ville ( 1.104). "

Ces concessions politiques sauvèrent ce prince, obligé de soutenir son frère le duc Frédéric dans une guerre acharnée contre les ligues suisses et les Appeiizellois, leurs nouveaux alliés; Inspruek embrassa vivement sa cause ; et la milice de cette ville le rejoignit dans le Rheintlial , où il avait déjà rassemblé les seigneurs de la Turgovie et les volontaires de Schaffouse, encore fidèle. Celte milice d'Iuspruck se composait des contingents que les étals de cette ville accordaient au prince en échange de leurs privilèges. Aux bourgeois s’étaient joints les nobles. On voyait dans la petite armée les seigneurs de l’Inn-Thal et du Vor-Arlebcrg. Ces barons étalaient un grand luxe. Des armures richement ciselées les couvraient en entier; ils portaient des licaumes à visières grillées, que surmontaient d'énormes cimiers figurant des ailes d’aigles , des bois de bouquetin , ou des têtes de lion. Tous étaient armés de lances , et montaient des chevaux fougueux ^tièrement bardés de fer et richement caparaçonnés , et ils s’avançaient dans les vallées sauvages de l’Appenzell aux sons du fifre et des limballes.

La milice d'Inspruck , trop pauvre pour avoir des chevaux ou des armures, marchait à pied, combattant par familles comme les guerriers des temps homériques ; ses armes, c'étaient l’espadon ou l'épée à deux tranchants, de longues piques, et des hallebardes garnies au bout de pointes et de Crocs pour harponner les chevaliers ennemis et les jeter à terre. Des gens armés de haches de bûcheron, ou de fléoux en fer , pour frapper sur les cavaliers démontés et briser la coquille de fer qui les enveloppait , étaient mêlés aux hallebardiers. Ces braves fantassins étaient vêtus d’une jaquette décorée sur la poitrine de la croix rouge d’Autriche , remplacée depuis par les bretelles vertes ; leur tête était couverte de toques pareilles à celles des lansquenets, surmontées d'aigrettes ou de plumes de paon. Les couleurs de la plume du paon avaient été adoptées par les guerriers et les princes autrichiens ; et les paysans suisses avaient ces couleurs tellement en horreur que si , par hasard, au cabaret , un rayon de soleil tombait sur les tables et nuançait des teintes irisées du prisme leurs verres aux formes anguleuses , ees hommes grossiers, retrouvant dans ces cou-

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D’INSPRUCK

leurs celles de leurs ennemis , repoussaient avec horreur ces gobelets ensorcelés , ou même les jetaient à terre avec rage , cl cela bien qu iU fiu$e»t plein!, disent les chroniqueurs.

L'armée tyrolicune rejoignit le duc, qui se trouvait dans le llheinthal à la tête de la noblesse dê Turgovie. I-es paysans suisses , pieds nus , armés d’immenses piques de plus de seize pieds de long, s'étaient retranchés près de Gaiss , sur les pentes escarpées du Stosshei-g. Ils soutinrent bravement l'attaque des Tyroliens , et les repoussèrent à trois reprises ; mais ceux-ci ne se découragèrent pas ; ils gravirent les roches glissantes de la montagne et péiiéti'èrcnt euGn au-delà du premier retranchement. A cetto vue, les Suisses s’enfuirent en désordre ; un seul , le brave Lly-Uotaek , faisant face à rcunemi , arrête un moment les vainqueurs. .Attaqué par douze soldats tyroliens , il s’appuie contre un chalet , en tue cinq , et tient Ici^autres à distance en jouant de l'épée à deux tranchants. Les Tyroliens ne pouvant l’aborder de face, se glissent dans le chalet, derrière lui, y mettent le feu, et le brave Uly se laisse brûler vivant plutôt que de se rendre. Get c.xemple héroïque ranime le courage de ses compagnons, qui fout \oltc-face; et s'ils arrivent trop tard pour le secourir , ils veulent du moins le venger. Leur attaque furieuse fait reculer les .Autrichiens ; les femmes de l'Appeuzell , poussant de grands cris , et simulant un mouvement sur leurs flancs , achèvent de mettre le désordre dans leurs rangs ; cavaliers et miliciens se rejettent confusément les uns sur les autres, tous fuient ,*ct les paysans suisses en fiunl un gi-and carnage. *

I-éopold , poursuivi jusque dans les gorges du Vor-Aricberg par les Appenzellois vainqueurs , ramena à Inspruck les débris de son armée. Lorsque l'on vit rentrer dons celte ville le fier duc d’Autriche accompagné d'un si petit nombre d'armures et de fantassins , et qu’on sut que les confédérés de l'Appenzell et de Saint- Gall s'avançaient dans le Tyrol , la terreur s'empara de toutes les êmes. Pour Inspruck à demi civilisée, les paysans suisses étaient des barbares; et puis des rumeurs eiïrayantes arrivaient du dehors : on racontait que l’Inn-Thall supérieur et le Vor-Arleberg étaient envahis; on disait que les féroces vainqueurs brûlaient les fermes et renversaient les châteaux des nobles, et qu'ils faisaient périr au milieu des plus horribles supplices les femmes et les enfants de ceux qui osaient leur résister ; on ajoutait que les paysans de ces contrées , loin de songer à repousser l'invasion.

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