‹ Ubaldo et IrèneChapitre 19 sur 94 · LES POZZI DU PALAIS DOGAL · texte numérisé non relu

LES POZZI DU PALAIS DOGAL

Les sociétés secrètes jouaient ce jeu-là, mais d'une manière bien plus grave et beaucoup plus funeste. La maçonnerie de Venise trompait ainsi le doge et le sénat, en leur donnant traîtreusement d'excellentes nouvelles sur l'heureuse situation de la république. On promenait ces personnages abusés au indien des riantes apparences de tranquillité et de sécurité, en leur démontrant que le sage gouvernement de la seigneurie de Venise avait trouvé le moyen, par sa neutralité désarmée, de conserver la paix et le repos de ses villes, au sein des tempêtes qui grondaient sur les Alpes, que ses peuples heureux n'entendaient même pas et dont l'écho n'arrivait pas encore jusqu'à eux. « Cette population est toujours, disaient les sociétés, fidèle au gouvernement paternel de Vos Excellences ; elle dort confiante en la vigilance des inquisiteurs d'État; elle vit dans l'abondance; elle nage dans les délices; elle jouit des fruits de vos sages lois; elle ne désire pas des changements qu'elle abhorre, et si quelqu'un était assez perfide ou assez fin pour remuer un doigt et tenter de soulever une conspiration, des milliers de bras se lèveraient armés et des milliers de poitrines s'opposeraient à ce sacrilège attentat. Les villes de la frontière sont bien munies. Les provisions sont abondantes, les armes sont prêtes ; l'artillerie est chargée; les mèches sont allumées. Mais pourquoi l'œil majestueux de l'auguste seigneurie s'abaisserait-il sur de semblables bagatelles? Qui osera jamais violer les limites de la plus puissante des républiques, du plus sage des gouvernements, de l'institution la plus magnanime qui ait jamaisexisté parmi le? hommes? un seul regard du lion de Saint-Marc est tellement formidable, que la nation la plus audacieuse, la plus téméraire, s'humilie et s'incline devant lui! Que le sérénissime doge, et l'excellentissime sénat jouissent donc en paix de l'iufluence heureuse d'un ciel favorable qui depuis quatorze cents ans inonde les possessions de la république, du bonheur le plus fécond et qui a donné à ses peuples tant d'esprit, tant de civilisation, tant de richesse, une âme si pacifique, un caractère si calme et si gai, un génie si éveillé, des arts si parfaits, des manières si brillantes et si courtoises que c'est, sans contredit, le premier peuple de l'Italie ! ! »

Mais si la république de Venise, tout en se promenant sans

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