II
( 12 IlUinO F.T IRÈNE.
Campnr.i, vers le duché de Milan. Us y passent depuis plus de deux cents ans, en vertu des anciens traités entre Venise et l'empire, et ce beau jacobin voudrait que les Allemands, pour se rendre du Tyrol à Monza, volassent dans les airs comme les grues. Qu'il nous envoie alors son Mongolfier avec ses aérostats, et nous expédierons les Autrichiens sur l'aile des vents.
— Mon ami, vous m'attristez avec toutes ces nouvelles et ma douleur augmente, parce que vos raisonnements sont justes et que je ne vois nul remède à tout ceci : prions Dieu qu'il daigne éclairer ceux qui nous gouvernent!
Lesior Zanelto se plaignait encore lorsqu'on vit des torches briller au fond de ce quartier solitaire et l'on entendit le murmure d'une assez grande foule. Nos deux amis quittèrent leur banc et s'abritèrent derrière un pilastre sous un petit porche où ils se tinrent en observation. Dès que les torches furent à leur portée, ils reconnurent l'escouade du Barigel, emmenant deux prisonniers qui avaient le visage, couvert d'un masque noir. Deux sbires portaient les torches; le caporal les suivait : chacun des deux prisonniers était escorté par deux sbires qui tenaient la chaînette de ses menottes. Six autres familiers fermaient la marche, leur tromblon sous le bras et la giberne remplie, par-dessus l'écharpe de soie bigarrée : le manche bruni du coutelas sortait de l'une des poches de la ventrière et la crosse d'un long pistolet paraissait par l'ouverture de l'autre poche. Le peuple qui se tenait aux portes des boutiques, voyant passer ces prisonniers encapuchonnés, disait tout bas :
— Ce sontde gros morceaux! Les voleurs et les assassins, on les voit à visage découvert; mais ceux-là psitt !
dis donc : des escarpins à pointe et des boucles d'or! des
bas de soie hum! de petites mains blanches et propres qui
ont porté plus de gants que de poucettes! C'est de la marchandise des trois inquisiteurs... chut, chut ! MazetleH...
— Gare là-dessous ! —
LE SPECTRE ULANC. 143