‹ Ubaldo et IrèneChapitre 25 sur 94 · XXXVI. — LE SPECTRE BLANC · texte numérisé non relu

XXXVI. — LE SPECTRE BLANC

Après les victoires des républicains français à Loano, à Roccabarbena et à Finale, arrivées au mois de novembre 1795. sous le commandement des généraux Chérer, Masséna, Augereau et Victor, tout le Piémont était consterné et terrilié, il s'attendait à chaque instant à être envahi par ces dragons furieux qui avaient commis tant de vols, d'incendies, de violences et de cruautés dans la rivière de Ponent. Au milieu de celte crainte universelle, les Jacobins italiens, abattus d'à bord par les désastres des Français à Vado et à Melogno, relevèrent la tête et rendus audacieux par le succès, ils comp taient, non pas surune honnêteliberté,mais surune licence de voleurs et sur la ruine de la pairie. Toutes les villes italiennes étaient le théâtre de leurs intelligences secrètes et les conspirateurs allumaient partout les torches de la discoïde, semant les mauvais sentiments, les désirs avides des secles ennemies de la paix des citoyens, enviant les riches, haïssant b-s prêtres du Christ et les poursuivant à mort.

Les gouverneurs etles intendants royaux veillaient pour paralyserles mauvaises intentions des Jacobins; mais leurs efforts étaient inutiles, car partout, dans les administrations et ailleurs, il y avait des traîtres cachés qui, sous le masque de serviteurs zélés du roi, tenaient les sectaires au fait de toutes les opérations du gouvernement : partout il y avait des limideset des lâches qui n'osaient pas comprimer par la force ou parle conseil, la témérité des séditieux. Un des moyens principaux employés par eux, c'était la crainte dans laquelle ils savaient maintenir les populations, et la teneur qu'ils inspiraient au vulgaire sur les calamités qui menaçaient le pays. La peur annihile les forces et le courage, et laisse la place libre aux ruses des conspirateurs et à l'invasion étrangère. Les épou-.

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vanteurs de sociétés secrètes ne se contentaient pas de paicourir les tavernes, les mauvais lieux, les boutiques, les théâtres et les officines de Turin pour y répandre des pronostics de malheurs inouïs; mais s'éparpillaient sur tout le territoire piémontais, tantôt sous l'habit de pèlerins revenant de la Terre-Sainte, de Rome ou de Lorclte; tantôt sous le froc des moines, qui s'étaient sauvés, à cause de la guerre, de Savone, d'Albengaet de Port-Maurice : ils se faisaient passer aussi pour des voyageurs venant de France et parlaient de malheurs imminents, de la vengeance d'un Dieu irrité, des trahisons de laCourqui voulait, disaient-ils, vendre les villes aux Jacobins pour en tirer de quoi payer les Allemands.

D'autres disaient que les prêtres avaient fait un marché avec Devins, avec Wallis et les autres chefs autrichiens, auxquels ils cédaient les meilleurs châteaux des Langhe et les plus riches campagnes, pour les remplir de Croates, de Banats, d'Esclavons et de Pusters qui viendraient y demeurer : que les Piémontais seraient envoyés aux frontières de la Servie, de la Bosnie et de la Transylvanie, changeant les champs italiens contre les landes stériles et sauvages de ces contrées toujours menacées par les Turcs, qui les feraient esclaves du pacha et qui les empaleraient. Les malheureux paysans du Piémont, effrayés, étaient furieux contre leurs curés et leurs doyens qu'ils accusaient de trahison, et ils juraient qu'ils ne se laisseraient pas conduire à la boucherie comme des moutons ou des chèvres : que Devins, Wallis et le diable en personne n'avaient qu'à venir s'y frotter; ils sauraient bien leur casser les cornes.

— Comment! vendre des chrétiens pour quelques florins? Les envoyer au bout du monde? Qu'ils y viennent; qu'ils essayent de nous toucher! Contagg"1 de la contaggera !

Et les Jacobins avaient beau jeu.

Le mois de décembre ayant été, cette année-là, plus doux et plus beau qu'il ne l'est d'ordinaire en Piémont, Ubaldo avait été, avec l'abbé Leardi, à Fossano où sa mère l'avait envoyé rendre visite à un vieux marquis, qui avait désiré connaître ce jeune parent, lequel devait hériter après sa mort de plusieurs fiefs qui tombaient à la maison d'Almavilla par li- ^ne directe de consanguinité. Un soir qu'Ubaldo s'était entre-

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